Le bébé prématuré

Le bébé prématuré

Une naissance est considérée comme prématurée quand elle survient avant la 37e semaine de grossesse. Les naissances prématurées représentent 7,7 % des naissances au Québec, soit plus de 6 000 enfants chaque année. Environ 1 000 de ces bébés verront le jour avant 32 semaines.

Plusieurs facteurs peuvent influencer le risque d’accoucher avant terme : l’âge maternel, avoir déjà accouché prématurément, les infections maternelles, les problèmes de pression artérielle et de diabète liés à la grossesse, certains problèmes liés au bébé (retard de croissance, malformation), le nombre de bébés attendus, une dilatation prématurée du col et certaines habitudes de vie chez la femme enceinte (tabagisme, alcool, drogues).

Il existe 2 sortes de naissances prématurées : celles qui sont spontanées et celles qui sont médicalement provoquées en raison de la santé de la mère ou de l’enfant à naître.


Les différents types de prématurés

La durée d’une grossesse normale est de 40 semaines. La majorité des enfants prématurés naissent entre la 32e et la 37e semaine de grossesse, mais certains peuvent voir le jour entre 22 et 25 semaines. La présence et la sévérité des séquelles dépendront du nombre de semaines de grossesse complétées au moment de l’accouchement, de la présence de certaines complications, de l’utilisation de stéroïdes et du poids à la naissance.

  • Le prématuré : né entre 33 et 36 semaines. Il a encore une certaine immaturité respiratoire et a de la difficulté à conserver sa chaleur. Il est capable de s’alimenter seul ou presque. Il a toutefois de la difficulté à avaler, à respirer et à téter de façon coordonnée et il se fatigue rapidement. Il a 2 à 5 fois plus de risque de connaître des problèmes de développement qu’un bébé né à terme.
  • Le grand prématuré : né entre 29 et 32 semaines. Sa respiration est moins bien contrôlée et s’interrompt plus souvent. Il a souvent besoin de recevoir de l’oxygène et doit être en incubateur, car il contrôle moins bien sa température. Il est d’abord nourri avec un petit tube (gavage) qui passe par sa narine ou sa bouche jusqu’à son estomac. Cela minimise les efforts demandés pour téter et avaler. Un soluté peut aussi être administré pour s’assurer qu’il reçoit les calories et les éléments essentiels à sa croissance. Le risque de séquelles chez le grand prématuré est de 50 à 80 fois plus élevé qu’un bébé né à terme.
  • Le très grand prématuré : né avant 28 semaines de grossesse. Le très grand prématuré ne peut respirer seul ou se nourrir. Il est donc placé sous respirateur et intraveineuse. Il reçoit aussi plusieurs médicaments. Il a beaucoup de problèmes de santé et a plus de risque de connaître des complications à l’hôpital. S’il est né entre 22 et 25 semaines, il est à la limite de la viabilité et peut souffrir de séquelles sévères.
Le choc
Pour certains parents, un accouchement prématuré est un souvenir douloureux. Plusieurs émotions peuvent être ressenties. Par exemple, le stress survient lorsque les parents réalisent que rien ne se passe comme ils l’avaient prévu. Ce sentiment est amplifié par la peur que quelque chose arrive au bébé ou par l’impression d’être complètement désorganisé. Des mères se sentent également coupables. Elles croient être responsables de ce qui arrive. D’autres parents se sentent mal de ne pas aimer instantanément ce bébé si différent de celui qu’ils avaient imaginé. Il y a donc un deuil à faire de la grossesse parfaite, de l’accouchement souhaité et du bébé en santé. Tous ces sentiments sont normaux. Il faut les accepter et essayer de les exprimer. En cas de besoin, les parents ne devraient pas hésiter à parler de ce qu’ils ressentent au médecin, aux infirmières ou à un psychologue. Les associations de parents de bébés prématurés offrent également des groupes de soutien.

 

Les complications possibles de la prématurité

L’enfant prématuré est exposé à plusieurs problèmes, car il manque encore de réserves, et plusieurs de ses fonctions sont immatures.

  • Syndrome de détresse respiratoire : C’est le problème le plus fréquent chez les prématurés en raison de l’immaturité de leurs poumons. C’est pourquoi certains prématurés auront besoin d’être mis sous respirateur.
  • Anomalie dans le développement des poumons : Cette complication se présente chez les nouveau-nés nés avant 32 semaines de grossesse et ayant reçu de l’oxygène à l’aide d’un respirateur sur une longue période de temps.
  • Arrêt temporaire de la respiration et irrégularité du rythme cardiaque : Comme le cerveau n’est pas encore mature, le contrôle de la respiration et du rythme cardiaque est plus difficile. Les prématurés ont donc des irrégularités respiratoires et cardiaques. Ils seront souvent reliés à un moniteur cardiorespiratoire pour assurer la surveillance de leurs signes vitaux.
  • Reflux gastro-oesophagien : Le muscle contrôlant l’ouverture de l’estomac des prématurés est encore immature, ce qui permet au contenu de son estomac de remonter dans l’œsophage. Environ 3 à 10 % des grands prématurés souffriront de reflux gastro-oesophagien.
  • Jaunisse : Cette condition est plus fréquente chez les bébés prématurés puisque leur foie est immature et l’alimentation, souvent retardée. Les bébés prématurés ont besoin de photothérapie pour traiter cette condition.
  • Anémie : Les bébés prématurés sont plus à risque de souffrir d’anémie, car environ 80 % de leurs réserves de fer sont accumulées pendant le dernier trimestre de la grossesse. Leur croissance rapide à la suite de la naissance contribue aussi à augmenter ce risque.
  • Infections : Les bébés prématurés sont plus à risque d’infections en raison de leur peau fragile et perméable, de leur système immunitaire qui n’est pas complètement développé, de leur petit poids et des nombreuses procédures médicales auxquelles ils sont exposés. Les infections peuvent se développer aussi bien durant la grossesse qu’au moment de l’accouchement, ou durant l’hospitalisation. Ces infections sont généralement traitées par des antibiotiques.
  • Atteinte du cerveau : L’hémorragie cérébrale touche 30 % des bébés nés avant 30 semaines ou pesant moins de 1 500 g. Elle est due à la fragilité de certaines zones du cerveau chez les prématurés. Des vaisseaux sanguins peuvent alors saigner si la pression augmente. Les séquelles varient selon la gravité des saignements. Des interventions simples peuvent toutefois être mises en place pour prévenir ces hémorragies.
  • Entérocolite nécrosante : Cette complication est une inflammation de l’intestin qui peut être fatale. Elle se produit surtout dans les 2 premières semaines suivant la naissance et touche 5 à 10 % des bébés qui pèsent moins de 1 500 g.
  • Malformation cardiaque : Certains bébés prématurés peuvent souffrir d’un souffle au cœur, car leur canal artériel n’a pas eu le temps de se refermer.
  • Surdité : La fonction auditive est souvent immature chez les prématurés. On estime que 2 à 10 % des bébés nés à 32 semaines de grossesse ou avant auront des problèmes d’audition.
  • Rétinopathie : Cette anomalie touche les yeux des prématurés et consiste en une croissance anormale des vaisseaux sanguins dans l’œil, ce qui fait décoller la rétine, la membrane recouvrant le fond de l’oeil. La cause principale est l’administration d’oxygène. Elle touche surtout les bébés nés avant 28 semaines et peut parfois causer la perte de la vision.

En raison de ces nombreuses complications possibles, il se peut qu’un bébé prématuré soit hospitalisé durant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, à l’unité néonatale de l’hôpital après sa naissance. Par exemple, un bébé né avant 28 semaines de grossesse restera à l’hôpital jusqu’à la date où il aurait dû naître. S’il est né entre 35 et 36 semaines, il quittera l’hôpital dans les délais normaux.

Prendre soin d’un bébé prématuré

À l’hôpital, une fois l’état de votre enfant stabilisé, vous pouvez participer aux soins de plusieurs façons.

  • Le réconforter
    Un bébé prématuré est très sensible à la douleur. Comme il est exposé à plusieurs interventions médicales, votre soutien peut lui apporter du réconfort. Si sa condition le permet, vous pouvez par exemple le porter contre vous en peau à peau (méthode kangourou) et lui parler doucement. Certains bébés aiment aussi être emmaillotés ou se faire chanter une berceuse. Lorsqu’une procédure médicale est nécessaire, assurez-vous que votre bébé soit réveillé en douceur. Pour diminuer la douleur, vous pouvez aussi lui offrir du lait maternel ou de l’eau sucrée. Si votre bébé est capable de téter, vous pouvez lui offrir le sein. Une suce peut aussi le réconforter.
  • Le stimuler en suivant son rythme
    Un bébé prématuré peut vite devenir surstimulé. Regarder ses parents, les écouter chanter et sentir leurs caresses, en même temps, peuvent représenter trop de choses à gérer pour lui, car son système nerveux est immature. De plus, l’hôpital est une source importante de stimulations désagréables : les piqûres, les manipulations par le personnel médical, l’odeur des désinfectants, le bruit des appareils médicaux, etc. Il est donc important de lui offrir également des sensations agréables, mais il est préférable de le faire graduellement. Par exemple, vous pouvez d’abord faire du peau à peau avec votre bébé. Lorsqu’il est confortable ainsi, chantez-lui une berceuse. Ensuite, vous pouvez masser doucement son dos. Enfin, vous pourrez le bercer lorsqu’il pourra supporter cette stimulation supplémentaire.
  • Le nourrir
    Lorsqu’un bébé naît avant 34 semaines de grossesse, il aura probablement besoin de recevoir une partie de son alimentation par intraveineuse. À mesure qu’il prendra de la maturité, il pourra recevoir de petites quantités de lait à l’aide d’un tube qui passe par sa narine ou sa bouche jusqu’à son estomac. Il est alors possible pour les mères qui le souhaitent de tirer leur lait pour le donner au bébé. Le lait maternel est d’ailleurs d’une grande aide pour un bébé prématuré. L’allaitement peut toutefois être un défi dans le cas d’un accouchement prématuré. Il est donc important pour la mère d’être bien entourée. Lorsque le bébé atteint l’équivalent de 30 à 34 semaines de grossesse, il peut alors réussir à téter au sein. Cette capacité se développe d’ailleurs avant que le bébé puisse boire au biberon.
Une banque de lait maternel
Le Québec possède maintenant une banque publique de lait maternel gérée par Héma-Québec. Le lait donné par environ 400 mères est analysé, traité et pasteurisé afin d’éliminer les virus et les bactéries. Il est ensuite acheminé vers les hôpitaux soignant de grands prématurés. Le lait de la banque est en effet réservé aux bébés nés avant 32 semaines de grossesse qui ne reçoivent pas assez de lait de leur mère. Selon Héma-Québec, les bébés nourris avec du lait maternel ont 3 fois moins de risques de développer une maladie intestinale sévère, soit l’entérocolite nécrosante.

Le retour à la maison avec un bébé prématuré

L’équipe médicale analysera plusieurs facteurs pour déterminer si votre bébé peut aller à la maison.

  • Il devrait peser entre 1 800 et 3 000 g, selon son état de santé.
  • Il devrait avoir une maturité respiratoire suffisante.
  • Il doit pouvoir boire au sein ou au biberon et prendre 15 à 30 g par jour.

Après l’hospitalisation, les bébés prématurés ont souvent besoin d’un suivi médical et paramédical particulier afin de dépister d’éventuels problèmes de développement et de commencer les traitements nécessaires. Certains enfants n’auront besoin d’aucun traitement. Seule une minorité d’entre eux aura besoin d’un suivi plus long, pouvant aller de quelques mois à plusieurs années.

Pendant les premières semaines après votre retour à la maison, il est possible que vous vous sentiez anxieux même si vous êtes heureux de rentrer chez vous. Vous aurez certainement une période d’adaptation à traverser. Si vous avez des inquiétudes, n’hésitez pas à communiquer avec votre CLSC.

N’oubliez pas de prévoir des moments pour vous reposer. Ne vous souciez pas du ménage et demandez de l’aide. Les grands-parents, la famille et les amis peuvent offrir une aide précieuse. Ils peuvent participer à la préparation de la chambre du bébé, faire certaines tâches ménagères, vous amener au centre hospitalier ou parler avec vous de la situation que vous vivez. Limitez toutefois les visites si vous sentez que vous avez besoin de tranquillité.

L’âge corrigé
L’âge corrigé est l’âge qu’aurait l’enfant s’il était né à la date prévue d’accouchement. Prenons l’exemple d’une mère dont la date prévue d’accouchement était à la toute fin de février, mais qui accouche après seulement 32 semaines de grossesse, soit le 1er janvier. Son enfant fêtera ses 6 mois le 1er juillet, mais son âge corrigé ne sera alors que de 4 mois puisqu’il est né 8 semaines plus tôt que prévu.
L’âge corrigé est utilisé pour évaluer la croissance et le développement d’un enfant prématuré puisqu’il prend en considération les semaines manquantes de grossesse. Au moment de l’introduction des solides, il faut aussi se fier à l’âge corrigé pour tenir compte de la maturité réelle de l’intestin. On utilise l’âge corrigé jusqu’à ce que l’enfant atteigne 2 ans. Il y a toutefois une exception : le calendrier de vaccination, qui suivra l’âge chronologique, si la santé de l’enfant le permet.

 

Naitre et grandir.com

Révision scientifique : Audrey Larone Juneau, infirmière au CHU Sainte-Justine
Recherche et rédaction : Équipe Naître et grandir
Mise à jour : Août 2015

 

Références

Note : Les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est donc possible qu’un lien devienne introuvable. Dans un tel cas, utilisez les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

  • DORÉ, Nicole et Danielle LE HÉNAFF. Mieux vivre avec notre enfant de la grossesse à deux ans : guide pratique pour les mères et les pères. Institut national de santé publique du Québec, Québec. www.inspq.qc.ca
  • HÉMA-QUÉBEC. Lait maternel. www.hema-quebec.qc.ca
  • KENNER, C. et J.L. LOTT. Comprehensive Neonatal Nursing Care. New York, NY, Springer Publishing Company, 2014, 997 p.
  • LOUIS, Sylvie. Le grand livre du bébé prématuré, 2e éd. Montréal, Éditions du CHU Sainte-Justine et Éditions Enfants Québec, 2010, 576 p.
  • PRÉMA-QUÉBEC. Association québécoise pour les enfants prématurés www.premaquebec.ca
  • Prématurité, santé et développement. Mieux agir au quotidien. developpementenfant.ca
  • LOWDERMILK, D.L., S.E. PERRY et K. CASHION. Soins infirmiers : périnatalité. Montréal, Chenelière Éducation, 2012, 947 p.

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