Le développement du goût chez l'enfant

Le développement du goût chez l'enfant

Le goût évolue au cours des premières années de bébé. Aidez-le à développer ses papilles.

C’est à l’aide de ses sens (le goût, l’ouïe, la vue, le toucher, l’odorat) que l’enfant découvre le monde et réalise des apprentissages fondamentaux qui lui permettront de se développer.

Dès la naissance, l’enfant dispose déjà de plusieurs capacités sensorielles de base qui vont se perfectionner tout au long de son enfance.

Par la suite, la croissance rapide de son système nerveux, c’est-à-dire de son cerveau et de son système perceptif, lui permettra d’acquérir une maîtrise plus assurée et plus fine de ses sens.



Avant la naissance

Les cellules qui permettent de détecter les saveurs se développent dès la 7e semaine de grossesse et fonctionnent vers la 13e semaine. Vers le 6e mois, le foetus avale et inhale de plus en plus de liquide amniotique.

Des techniques d’imagerie médicale permettent d’en savoir plus sur les préférences du foetus en matière de goût. Par exemple, ce dernier avale plus vite, signe qu’il aime le goût, si le liquide amniotique est plus sucré en raison de la consommation de glucose par la mère.

C’est en avalant le liquide amniotique que le foetus expérimente un ensemble de sensations orales et nasales appelées la flaveur. En effet, les aliments consommés par la mère modifient l’« odeur-saveur » du liquide amniotique. Cette exposition le familiarise alors avec le régime alimentaire de sa mère.

Par conséquent, lorsque le bébé vient au monde, il a déjà une certaine expérience des saveurs qui feront partie de son alimentation. Par exemple, les bébés dont la mère a consommé beaucoup de carottes durant son dernier mois de grossesse peuvent démontrer une préférence pour cet aliment.

Le goût chez le nouveau-né

Dès sa naissance, un enfant a une capacité d’apprentissage phénoménale. Voyez comment!

Après l’accouchement, le bébé continue de se familiariser avec les saveurs de l’alimentation de sa mère par le lait maternel. Les enfants nourris au sein acceptent ainsi facilement une plus grande variété d’aliments que ceux nourris au biberon. Les préférences acquises au cours de l’allaitement peuvent d’ailleurs se maintenir jusqu’à l’âge adulte.

Dès la naissance, le bébé montre des préférences pour certains goûts. Le sucré demeure sa saveur préférée. En présence d’une substance sucrée, le nouveau-né sourit, se lèche les lèvres et fait des mouvements de succion. Le sucré lui procure aussi un sentiment de bien-être. Cet effet calmant est particulièrement important dans les premières semaines de vie.

Bien que certaines préférences soient partagées par la majorité des bébés, chaque enfant a ses propres goûts. Certaines particularités génétiques peuvent en effet influencer la détection des saveurs.

L’amer est le goût qui provoque la réaction de dégoût la plus intense chez le bébé. Le nouveau-né réagit toutefois très peu au goût salé. La préférence pour l’eau salée apparaîtra plutôt vers l’âge de 4 mois. Le goût acide et le goût umami causent pour leur part des réactions intermédiaires.

Par ailleurs, les bébés semblent apprécier le goût du gras. En effet, les nouveau-nés boivent une plus grande quantité de lait si la teneur en gras est plus élevée.

La préférence pour le sucré est un avantage pour le bébé. En effet, elle lui permet de consommer avec plaisir, et donc suffisamment, le premier aliment qui le nourrit : le lait maternel. Puisqu’il est sucré et gras, cet aliment contient par ailleurs plus de calories, ce qui est bénéfique pour un bébé en pleine croissance.

Le développement du goût pendant l’enfance

Le développement du goût se poursuivra jusqu’au milieu de l’enfance. C’est pourquoi les préférences d’un tout-petit peuvent changer beaucoup.

La distinction entre les saveurs (sucré, salé, acide, amer, umami) se fait grâce aux différentes papilles situées sur la langue, dans la bouche et dans la gorge. À la naissance, le bébé possède plus de papilles gustatives qu’un adulte. Il perçoit donc les saveurs de façon plus intense.

L’odorat et la vue jouent également un rôle important dans l’apparition des préférences alimentaires.

Pendant sa première année, l’enfant est surtout exposé au sucré grâce au lait maternel. À mesure que l’on introduit des aliments complémentaires à sa diète, autour de 6 mois, il développe de nouveaux goûts alimentaires. Il sera par exemple exposé à la saveur acide. L’introduction du salé se fera plutôt dans la deuxième année de vie alors qu’il mange davantage comme le reste de la famille. C’est en effet à partir de l’âge de 2 ans que les enfants développent une préférence pour ce type d’aliments. Pendant la petite enfance, les contacts avec l’amer et l’umami sont moins fréquents. Pourtant, une plus grande exposition à ces saveurs est bénéfique pour l’enfant. En effet, les saveurs qu’il apprend à connaître tôt demeureront familières toute sa vie.

Les préférences de l’enfant évoluent rapidement dans les 2 premières années de vie. Les préférences alimentaires sont influencées à la fois par la génétique, par l’environnement dans lequel grandit l’enfant et par le contexte dans lequel il découvre les aliments. Jusqu’à 18 mois environ, l’enfant accepte assez facilement de goûter tous les aliments qu’on lui propose. Lorsque le repas est agréable et que l’enfant se sent bien, il associe les aliments à des émotions positives, ce qui rend leur acceptation plus facile.

La néophobie alimentaire

Il est important de familiariser l’enfant à une gamme étendue de saveurs dès le 6e mois. Les préférences alimentaires installées à 2 ans sont en grande partie maintenues jusqu’à l’âge adulte.

La néophobie alimentaire touche environ 3 enfants sur 4 entre l’âge de 2 et 10 ans. Elle apparaît plus fréquemment vers 2 ans, période durant laquelle l’enfant entre dans sa phase du « non ». L’alimentation est d’ailleurs l’un des domaines où l’enfant va chercher à avoir du contrôle.

Un enfant peut également être méfiant devant une texture nouvelle, une couleur peu habituelle, ou un goût marqué ou surprenant. Des études ont démontré que si une partie d’un objet change, l’objet devient totalement nouveau pour lui. Par exemple, si vous saupoudrez un peu de persil sur ses pommes de terre, il pense que vous lui servez autre chose. Il se montre alors méfiant ou déstabilisé. En lui parlant des aliments, en lui expliquant ce qu’il a dans son assiette et en l’impliquant dans la cuisine, vous lui permettrez de se familiariser avec les aliments sous toutes leurs formes.

De manière générale, la néophobie atteint un maximum vers 3 ou 4 ans, puis diminue graduellement à partir de 8 ans. Les trucs suivants peuvent être utiles pour faciliter cette étape normale du développement du goût.

Quelques trucs pour lui donner envie de goûter à tout

  • Ne vous arrêtez pas au premier rejet. Il faut parfois proposer plusieurs fois un nouvel aliment pour qu’un enfant l’apprécie. L’enfant peut avoir besoin de voir l’aliment 20 fois ou plus avant de vouloir en manger ou même y goûter. Encouragez-le à goûter, sans le forcer. Félicitez-le lorsqu’il essaie.
  • Ne le forcez pas à finir son assiette. Laissez l’enfant écouter son appétit. Avant d’enlever son assiette, demandez-lui s’il est sûr d’avoir assez mangé. S’il dit oui, continuez avec la suite du repas. Le dessert fait partie du repas pourvu qu’il s’agisse la plupart du temps d’un dessert nourrissant : un fruit, du yogourt, un biscuit, un muffin maison, etc.
  • Un aliment ne doit pas être une récompense. Il faut se garder d’associer un comportement avec de la nourriture. Une récompense peut être un objet (gomme à effacer, collant, etc.) ou une activité spéciale, mais pas une crème glacée ou des frites. De même, évitez tout « marchandage » autour de la nourriture. Ne promettez pas un bonbon s’il termine son brocoli. Vous lui laissez ainsi croire que le brocoli n’est pas bon.
Comment inculquer le goût de la variété chez les enfants?
  • C’est aux parents que revient la tâche de choisir le menu. Vous pouvez lui demander ses idées, mais c’est à vous de trancher. Proposez-lui, de temps à autre, de choisir parmi quelques choix de plats. Mais le reste du temps, ce sont les parents qui décident. Ne préparez pas non plus un deuxième repas s’il n’aime pas ce qui est proposé. Cela pourrait l’inciter à ne jamais essayer de goûter.
  • Essayez les épices et les fines herbes sur les légumes. Les enfants aiment ajouter eux-mêmes une touche d’assaisonnement. Cela leur donne un certain contrôle.
  • Cuisinez avec votre enfant. L’enfant apprendra ainsi quelle forme a un vrai poisson ou une pomme de terre. Faites-le participer à la préparation des repas en trouvant une tâche adaptée à son âge (presser le jus de citron, mélanger la salade, etc.).
  • Apprenez-lui les mots pour décrire ce qu’il goûte. Cela va bien au-delà de « J’aime » ou « J’aime pas ». Suggérez-lui « ça pique, c’est fort, ça brûle, c’est mou ».
  • Prenez vos repas en famille le plus souvent possible. L’enfant qui ne mange pas avec ses parents peut se sentir exclu. Le repas doit être synonyme de plaisir. C’est aussi durant les repas qu’il constate combien les adultes aiment les fruits de mer, se régalent des asperges et apprécient la nouveauté.
  • Soyez un modèle positif et enthousiaste. L’enfant imite ses parents et il le fait encore plus lorsqu’ils sont convaincants. Montrez-lui que vous aimez ce que vous mangez. Exprimez-vous à voix haute : « J’adore ces petites tomates colorées! » ou « Ce poisson est si tendre! ».
  • Essayez de présenter des plats colorés. Les enfants, comme nous, mangent d’abord par les yeux. Variez les couleurs et évitez de tout mélanger dans l’assiette. On peut aussi utiliser des récipients de couleurs vives, rigolos ou arborant des motifs pour enfants.
Pourquoi l’enfant mange-t-il certains aliments à la garderie qu’il refuse à la maison?
Le « ailleurs, c’est meilleur! » s’explique en partie par l’effet de groupe, le repas pris en commun, mais aussi par le fait qu’il n’est pas en opposition avec ses parents. C’est une attitude fréquente vers 2 ou 3 ans et qui s’amplifie jusqu’à l’adolescence. Le fait de revoir régulièrement les mêmes repas au service de garde lui offre également une occasion de se familiariser avec des aliments différents.

 

Naitre et grandir.com

Révision scientifique : Stéphanie Côté, nutritionniste, M. Sc.
Recherche et rédaction : Équipe Naître et grandir
Mise à jour : Juillet 2017

 

Références

Note : Les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est donc possible qu’un lien devienne introuvable. Dans un tel cas, utilisez les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

Liens

  • DOCTISSIMO. Éveil des sens de bébé – « Le développement du goût ». www.doctissimo.fr
  • DUMOULIN, Mélanie. Le développement du goût et des préférences gustatives : du foetus à l’enfance. Thèse pour le diplôme d’État de docteur en pharmacie. Université de Nantes, 2013.
  • I-DIÉTÉTIQUE. « Pourquoi l’enfant refuse certains aliments ». www.i-dietetique.pro
  • INRA Science & Impact. « Comment se forme le goût chez les enfants ». www.inra.fr
  • NOS PETITS MANGEURS. « Le développement du goût ». www.nospetitsmangeurs.org
  • NOS PETITS MANGEURS. « La néophobie alimentaire ». www.nospetitsmangeurs.org
  • PSYCHOLOGIES. « La naissance du goût ». www.psychologies.com

Livres

  • CÔTÉ, Stéphanie. Savoir quoi manger – Bébés. Éditions Modus Vivendi, 2016.
  • RIGAL, Natalie. La naissance du goût : comment donner aux enfants le plaisir de manger? Éditions Noesis, 2000.
  • WARD PLATT, Martin (Dr). Le guide essentiel pour le développement de votre enfant, de 0 à 5 ans. Éditions Broquet, 2009.
  • WURMAN, Richard Saul. Understanding Children: The Guidebook for Children 0 to 3. Top Civitas, 2002.

À lire aussi