Les comportements antisociaux

Les comportements antisociaux



L’enfant agressif

Lorsqu’ils vivent des émotions intenses ou qu’ils désirent vivement obtenir ce qu’ils veulent, les jeunes enfants cassent les jouets, frappent, mordent. Ces gestes sont agressifs et doivent être découragés.

Très vite, grâce aux règles enseignées à la garderie et à la maison, un enfant comprend que les gestes agressifs sont inacceptables. Il apprend progressivement à bien vivre en groupe en respectant les autres (avec leurs « différences »), ainsi que les choses (les objets, les jouets, la nourriture...). Très tôt, il faut lui envoyer un message très clair concernant l’agression : aucun gain ne peut être obtenu quand on agit de manière agressive ou irrespectueuse.

L’apprentissage des comportements dits prosociaux commence très tôt. Lorsqu’un bébé de 5 mois mord le sein de sa mère, celle-ci déclare déjà : « Non, tu ne dois pas faire ça! » Plus tard, vers 2 ans, quand il veut se lancer sur une glissoire, par exemple, il doit faire la ligne en respectant le tour des autres.

Très tôt, l’enfant veut montrer à ses camarades qu’il applique les « règles du jeu ». Mais, surtout, il est sensible à l’approbation de ses parents et veut leur faire plaisir. Le temps qu’ils prennent pour féliciter ses gestes sociaux favorables (attendre son tour, partager, demander avant de prendre un objet, etc.) est très payant à long terme.

Cependant, pour un tout-petit, le respect reste une valeur très abstraite jusqu’à l’âge de 4 ans. Avant cela, il n’est pas capable de se mettre à la place des autres et de comprendre un autre point de vue que le sien. Et puis, l’apprentissage du respect entre en conflit avec la phase du non qu’il traverse. Il s’agit d’une phase d’affirmation de soi où, justement, l’enfant a besoin de pousser, de frapper, de mordre, de parler fort, d’exagérer sa colère... C’est une étape normale et importante, qu’on a souvent appelée la petite adolescence : l’enfant commence à prendre conscience de ses pouvoirs et veut contrôler l’univers.

À partir du moment où il parlera plus adéquatement, son agressivité diminuera d’elle-même.

Comment réagir?

  • Partez des expériences qu’il a vécues pour lui faire prendre conscience des conséquences de ses actes. Les règles deviendront alors moins abstraites pour lui. Par exemple, au lieu de lui dire : « Il ne faut pas lancer de sable » ou « Ne pousse pas tes amis », expliquez-lui : « Tu te souviens quand ton ami t’a poussé l’autre jour? Tu es tombé et ça t’a fait mal. Eh bien, quand tu pousses un autre enfant, c’est pareil pour lui : il a mal! » Il comprendra ce genre d’argument.
  • Pour qu’il se mette à respecter les objets des autres, apprenez-lui à respecter les siens. Oui, c’est bien qu’il range son manteau dans son armoire. Non, votre fille ne peut pas arracher la tête de sa Barbie. En apprenant à votre enfant la valeur des objets, vous lui faites comprendre qu’il faut prendre soin de son environnement.
  • Comparez les objets des autres avec son objet favori. C’est une manière simple de l’aider à respecter les possessions des autres et à comprendre pourquoi certains objets méritent un traitement spécial. Dites-lui : « De la même façon que tu ne veux pas qu’on joue avec ton toutou, grand-maman ne veut pas que tu sautes sur sa vieille chaise berçante. »
  • Encouragez-le à mettre des mots sur ses émotions. Cela peut se faire très tôt, par exemple, en utilisant des dessins (d’un bonhomme fâché, content ou triste...). Vous pouvez aussi lui dire : « Pourquoi es-tu fâché? Dis-le-moi... Tu as le droit d’être en colère, mais tu n’as pas le droit de me mordre ni de lancer tes jouets. » Ensuite, prenez soin de le féliciter chaque fois qu’il utilise des mots pour exprimer ses émotions au lieu d’avoir des gestes agressifs.
  • Il existe une règle d’or : faites-lui respecter 1 minute de retrait pour chaque année d’âge : 1 minute à 1 an, 2 minutes à 2 ans, etc. Tout au long de la période d’isolement, évitez de lui adresser la parole ou de le regarder. S’il ne reste pas à sa place, ramenez-le là où vous lui avez dit d’aller. Recommencez tant qu’il ne respectera pas la période d’immobilité prévue. Ensuite, allez le chercher et, pendant un moment de calme, expliquez-lui de nouveau la règle. Les recherches montrent que cette méthode donne de bien meilleurs résultats que les méthodes traditionnelles violentes, comme la fessée.
  • Utilisez la méthode appelée « période de réflexion » ou « d’isolement » s’il recommence à mal se comporter même s’il a déjà été réprimandé une fois. Elle consiste à l’éloigner des autres et à l’empêcher d’avoir des interactions sociales pendant une période donnée. Vous pouvez, par exemple, lui dire de s’asseoir dans une pièce où il est seul ou encore l’envoyer dans sa chambre.
  • Enfin, soyez à l’écoute de ses besoins affectifs. Un tout-petit exprime souvent ses insatisfactions et son besoin d’affection par de la violence. Accordez-lui des moments de jeu : 20 minutes de 3 à 5 fois par semaine. Pendant ces moments-là, laissez-le choisir les activités. Vous verrez que ses comportements violents diminueront, car ces instants privilégiés combleront son besoin d’attention. Ils le rendront très, très gentil!
Réparer au lieu de punir
En chaque enfant réside un « bon enfant ». Si votre petit a eu un comportement indésirable, il vaut mieux lui demander de réparer son tort plutôt que de le punir. Faites appel à sa bonté et à ce qu’il y a de meilleur en lui. Vous pouvez, par exemple, lui dire de nettoyer le mur qu’il a barbouillé, d’offrir un de ses jouets à l’ami dont il a cassé le joujou, de mettre une débarbouillette froide à l’endroit où il a mordu ou tapé quelqu’un d’autre. Si vous le punissez systématiquement, il aura le sentiment d’être un enfant méchant et il se comportera comme tel avec les autres.

L’enfant qui refuse de partager

Un jeune enfant a l’impression que tout lui appartient, sauf si on lui dit le contraire. Les jouets sont comme une prolongation de lui et, pour lui, partager, c’est laisser une partie de lui-même! Voilà pourquoi la majorité des conflits entre les tout-petits sont des conflits de possession.

Peu à peu, l’enfant apprend à prêter ce qui lui appartient pour créer des liens favorables avec ses amis et pour les maintenir. Certains petits comprennent ce principe à 3 ans, mais d’autres mettent plus de temps à le faire.

Cependant, l’enfant est capable de faire preuve de générosité à partir du moment où il est capable de produire un dessin ou autre chose et de l’offrir. S’il ne comprend pas encore la notion du partage, il sait ce que c’est que de faire plaisir à quelqu’un en lui donnant quelque chose qu’il a fabriqué.

Comment réagir?

  • Avant tout, acceptez que certains jouets soient sa propriété exclusive. Mettez de côté quelques-uns de ses objets favoris ainsi que sa doudou pour qu’il n’ait pas à les partager quand il s’amuse avec ses amis.
  • Donnez l’exemple quotidiennement. C’est vous, son modèle principal, et il apprend presque tout en vous regardant faire. Ainsi, quand vous partagez une pomme avec son papa ou quand vous prêtez la tondeuse au voisin, attirez son attention sur votre geste. Dites-lui, par exemple : « Tu vois, je prête la tondeuse au voisin; il va me la rendre après. »
  • Au lieu de le forcer à partager ses jouets, valorisez le partage. Dites-lui, par exemple : « Tu peux jouer avec ça tant que tu n’es pas fatigué de le faire. Mais, quand tu auras terminé, veux-tu aller le prêter à ton ami, qui aimerait bien l’avoir? » Ensuite, faites-lui remarquer à quel point son ami est ravi : « Regarde comme tu lui as fait plaisir! Il est tout content et tout souriant! C’est toi qui as fait ça quand tu es allé lui porter ton jouet... »
  • Établissez des règles de partage simples. Expliquez-lui qu’il peut prendre un jouet quand celui-ci n’est pas utilisé par quelqu’un d’autre. Si un ami le tient, il doit demander à l’emprunter en disant « s’il te plaît ». Si son ami accepte, il doit le remercier et lui prêter, en retour, un de ses jouets. Si son ami refuse, il doit choisir un objet qui est libre.
  • Au besoin, utilisez un minuteur si 2 enfants se chamaillent longuement pour un même jouet. Passez celui-ci à l’un d’eux pendant un temps donné. Quand le minuteur sonnera, ce sera à l’autre petit d’avoir le jouet.
  • Ne le punissez pas s’il refuse de partager. Retirez plutôt le jouet en cause : vous jetterez ainsi le blâme sur le jouet plutôt que sur l’enfant. Progressivement, votre petit comprendra qu’il a tout intérêt à partager.

L’enfant qui dit des mensonges

Avant l’âge de 6 ans, les enfants confondent la réalité et l’imaginaire. La plupart du temps, ils ne « mentent » pas : ils camouflent, enjolivent ou transforment la vérité.

Dans le cas d’un jeune enfant, une imagination active est même plutôt un « signe de bonne santé émotionnelle », écrit le pédiatre américain T. Berry Brazelton. Le tout-petit adore raconter des histoires et se rendre intéressant. Très souvent, il avoue lui-même, avec son plus beau sourire, qu’il est en train de « raconter une histoire »!

Ce n’est qu’après 4 ans qu’il devient conscient que raconter une histoire peut poser des problèmes. En attendant, expliquez-lui que ce n’est pas bien et faites preuve de tolérance.

Comment réagir?

Essayez de comprendre les circonstances qui ont entraîné son mensonge, surtout si ça vous a fait du tort et s’il en est conscient. Croyez en ses bonnes intentions et essayez de comprendre ses raisons ou ses fantasmes, et ses désirs de transformer la réalité. Aidez-le à les comprendre, lui aussi, tout en lui expliquant pourquoi c’est gênant. Dès qu’il parviendra à reconnaître la vérité, vous serez sur la bonne voie!

Dites vous-même la vérité. Que vous le laissiez croire au père Noël, passe encore. Mais que vous lui disiez systématiquement qu’il n’y a plus de biscuits quand il en demande avant les repas, c’est trop. En agissant ainsi, vous lui faites croire qu’il est acceptable de mentir pour se sortir d’une situation. Mieux vaut lui dire la vérité le plus souvent possible. Il apprendra ainsi la valeur de la vérité et les mauvais côtés du mensonge.

Jouez à faire semblant. Tant qu’il est tout petit, c’est une bonne façon de l’amener à comprendre la différence entre la vérité et le mensonge.

Ne réagissez pas sévèrement et ne le mettez pas à l’épreuve inutilement si vous savez pertinemment qu’il a menti. Si votre petit multiplie les mensonges pour des raisons de moins en moins compréhensibles, demandez-vous si vous ne faites pas preuve d’une trop grande exigence envers lui.

L’enfant qui vole

Rappelez-vous que l’enfant d’âge préscolaire croit que tout lui appartient tant qu’on ne lui a pas dit que ce n’était pas le cas! C’est donc à vous, ses parents, d’être sa « conscience » jusqu’à ce que la sienne se développe...

Comment réagir?

  • Pour prévenir les vols, amenez-le régulièrement à vous dire ce qu’il veut, et montrez-lui comment le demander. Par exemple, déterminez ce qu’il peut prendre ou non lorsqu’il se trouve dans un endroit public ou chez les autres. La première règle qu’il doit apprendre, c’est qu’il doit toujours vous demander la permission avant de prendre une chose.
  • Expliquez-lui la différence entre emprunter et voler dans différents contextes. Faites-lui aussi comprendre les conséquences de chacune de ces actions.
  • Au moment où il s’empare d’un aliment dans une épicerie, dites-lui : « Si tu veux ça, il faut que tu me demandes une pièce de monnaie avant d’y toucher. Et si je dis oui, ne le mange pas tout de suite. Il faut d’abord le payer. »
  • Obligez-le à rendre les objets qu’il a volés (ou qu’il a empruntés sans permission!) en l’accompagnant, au besoin. Si c’est la deuxième fois que ça arrive, utilisez la technique de la « période de réflexion » (voir plus haut).
  • N’étiquetez pas votre enfant en le traitant de voleur. Il risque d’adopter plus tard des comportements conformes à cette étiquette.
  • Ne le mettez pas à l’épreuve inutilement. Si vous êtes persuadé qu’il a pris un objet, ça ne sert pas à grand-chose de lui demander s’il l’a fait. Vous l’encourageriez à mentir. Mieux vaut le fouiller et récupérer l’objet en lui réexpliquant les règles.

L’enfant qui dit des mots grossiers

Un enfant qui dit des mots grossiers emploie presque toujours des jurons qu’il a entendu dire par des adultes ou qu’il a entendus à la garderie.

Parfois, il le fait par ignorance; d’autres fois, il le fait parce qu’il s’ennuie. Mais, le plus souvent, il jure pour attirer l’attention.

De 4 ans à 5 ans, il arrive à beaucoup d’enfants de s’amuser à utiliser des termes qui ont rapport aux selles ou à l’urine (appelés termes scatologiques). Parfois, les petits imitent un adulte; d’autre fois, ils emploient des mots de leur propre cru (pipi, caca, etc.). Il s’agit d’un stade passager.

Comment réagir?

  • Quand votre enfant dit des mots grossiers, ignorez la chose, qu’il jure sous l’effet de la colère ou dans le but d’attirer votre attention. Ne lui faites pas la morale, ne le grondez pas et ne prenez surtout pas un air scandalisé, parce que c’est justement ce qu’il cherche!
  • Soulignez systématiquement le fait qu’il ne dise aucun mot grossier. Par exemple, félicitez-le à la fin de chaque journée, même s’il n’a réussi à éviter les grossièretés que pendant une certaine période. Une fois qu’il ne prononcera plus du tout de mots vulgaires, complimentez-le et dites-lui que vous savez qu’il va dorénavant parler convenablement.
  • Évitez les situations qui l’incitent à lancer des mots grossiers. Par exemple, quand vous voyez qu’il est frustré ou en colère, ou au moindre signe de confrontation avec un de ses pairs, allez vers lui et incitez-le à exprimer ce qui l’irrite en des termes acceptables.
  • S’il emploie de temps en temps des mots scatologiques, comme les enfants le font souvent à 4 ans ou 5 ans, n’y prêtez pas trop attention. Par contre, s’il les répète beaucoup, faites-le-lui remarquer et prenez les mesures nécessaires pour que ça se produise moins. Par exemple, ne permettez qu’il les utilise qu’à la salle de bain.

 

Naitre et grandir.com

      Révision scientifique : Isabelle Vinet, responsable du développement et de la formation
      Recherche et rédaction : Équipe Naître et grandir
      Mise à jour : Juin 2008

 

Références

Note : les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est donc possible qu’un lien devienne introuvable. Dans un tel cas, utilisez les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

  • L’Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants
    Cette Encyclopédie publiée sur Internet est accessible gratuitement. Elle couvre des thèmes traitant du développement psychosocial de l’enfant, de la conception à cinq ans, et présente les connaissances scientifiques les plus récentes. Les messages à retenir sur chacun des thèmes, présentés dans un format pratique, sont destinés aux parents et aux intervenants. www.enfant-encyclopedie.com
  • BOURCIER, Sylvie. Le grand monde des petits de 0 à 5 ans. Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, Québec, Canada, 2006.
  • DUCLOS, Germain et Martin DUCLOS. Responsabiliser son enfant. Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, Québec, Canada, 2005.
  • WYCKOFF, Jerry et Barbara C. UNELL. Se faire obéir des enfants sans frapper et sans crier. Les Éditions de l’Homme, Collection: Parents Aujourd’Hui, 2005.
  • À nous de jouer! En services de garde éducatifs. Guide pratique pour résoudre les problèmes comportementaux des enfants d’âge préscolaire. Les Publications du Québec/Ministère de la Famille et de l’Enfance, 2002. www.mfa.gouv.qc.ca
  • La ligne Éducation Coup-de-fil. Service téléphonique anonyme et gratuit, pour les parents, les enfants et toutes les personnes exerçant une responsabilité auprès de jeunes. Elle dessert les résidents du Montréal métropolitain et ceux qui assument les frais de l’appel interurbain. 514 525-2573 ou 1 866 329-4223.
  • La ligne Parents. Centre d’intervention téléphonique qui dessert tout le Québec et qui permet aux parents d’appeler sans frais, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. 514 288-5555 ou 1 800 361-5085
  • Pour des conférences, des formations, des ateliers et des consultations individuelles en thérapie familiale et au sujet de la discipline des enfants : www.educoeur.ca. Les deux DVD de la responsable, Brigitte Racine, se trouvent également à la médiathèque de l’hôpital Sainte-Justine, à Montréal.
  • Société canadienne de pédiatrie. « Comment utiliser la période de réflexion ». www.cps.ca

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