Crises de colère: les comprendre pour mieux intervenir

Crises de colère: les comprendre pour mieux intervenir

Comment aider votre enfant à contrôler ses colères?


Les crises : une étape normale du développement

Les crises de colère font partie du développement normal de l’enfant, particulièrement à l’âge où celui-ci commence à développer son autonomie, soit à partir de 18 mois. Certaines crises ne durent que quelques minutes, mais d’autres peuvent se prolonger pendant plus d’une heure.

Certains enfants ont plus tendance à faire des crises que d’autres. Cela peut être dû au fait qu’ils ont un tempérament plus affirmatif ou encore une moins grande tolérance à la frustration. Il est également observé que les crises de colère sont plus fréquentes chez les enfants qui sont moins à l’aise d’exprimer verbalement leur mécontentement. Leur colère se manifestera alors par des cris et des gestes.

Pendant une crise, l’enfant peut :

  • crier;
  • pleurer;
  • donner des coups de pied, de poing ou de tête;
  • mordre;
  • se rouler par terre ou avoir des gestes incontrôlés (« faire le bacon »);
  • lancer des objets;
  • refuser de se faire prendre;
  • retenir son souffle (ne vous inquiétez pas, aucune intervention n’est nécessaire : il recommencera à respirer normalement par lui-même).

Pourquoi fait-il des crises?

Pour un tout-petit, les crises sont souvent une façon de réagir lorsqu’il se sent dépassé par l’intensité de ses sentiments ou de ses besoins, et qu’il n’arrive pas à les exprimer. Même pour un enfant qui parle bien, mettre des mots sur ses émotions et ses sensations est difficile et demande de la pratique et des encouragements.

Les crises surviennent ainsi souvent lorsqu’un tout-petit :

  • ne peut pas faire ce qu’il souhaite (fait face à une contrainte);
  • doit faire quelque chose dont il n’a pas envie;
La gestion des émotions est difficile pour les tout-petits, ce qui explique pourquoi un enfant qui maîtrise bien le langage peut aussi faire des crises de colère.
  • est dépassé par un sentiment d’impuissance, de frustration, de colère, d’anxiété ou même de peur;
  • est fatigué, a faim, est excité ou ne se sent pas bien;
  • ne réussit pas à faire quelque chose qu’il souhaite accomplir tout seul;
  • manque de mots pour s’exprimer;
  • a découvert par expérience qu’une crise lui permet d’obtenir ce qu’il désire;
  • souhaite avoir de l’attention, peut-être parce qu’il se sent tenu à l’écart, ignoré ou seul, ou, au contraire, parce qu’il a l’habitude de monopoliser l’attention.

Comment faire face aux crises de colère?

Quelles que soient les raisons des accès de colère de votre enfant, voici quelques lignes de conduite qui peuvent vous aider à y faire face :

  • Commencez par essayer d’apaiser et de calmer votre enfant en nommant son émotion : « Je vois que tu es très fâché! », mais n’insistez pas. Si vous tentez de le raisonner, la crise risque plutôt de durer plus longtemps. Il n’est probablement pas en état de vous écouter.
  • Si votre tout-petit ne vous écoute pas, observez-le de loin et laissez passer la crise sans intervenir, sauf pour assurer sa sécurité. Ainsi, vous devez l’arrêter s’il vous frappe ou frappe une autre personne, s’il se frappe lui-même ou s’il lance des objets. Vous pouvez éloigner les autres personnes et les objets de votre enfant le temps de sa crise. Attendez qu’elle soit passée pour discuter avec lui.
  • Gardez votre calme pendant la crise, car vous emporter contre votre enfant ne ferait qu’aggraver les choses. Ainsi, si vous haussez le ton, il criera plus fort, sans compter que vous risquez aussi de l’effrayer. Si vous êtes énervé et qu’un autre adulte est présent pour assurer la sécurité de votre tout-petit, éloignez-vous pendant quelques minutes pour retrouver votre sang-froid. Si vous êtes seul avec votre enfant, respirez profondément pour reprendre le contrôle de vos émotions.
  • Rappelez-vous que c’est important de ne pas céder quand il fait une colère, même si c’est très tentant de lui donner ce qu’il veut quand il vous frappe et hurle en public. Même si vous ne cédez qu’une ou deux fois, vous lui apprenez que ses accès de colère sont un moyen efficace d’obtenir ce qu’il veut.
  • Si vous êtes dans un lieu public, ne vous souciez pas de ce que pensent les gens autour de vous : pour chaque personne qui est critique à votre égard, il y en a une autre qui se montre compréhensive et qui compatit sincèrement. Concentrez-vous sur la meilleure manière d’affronter la situation et rappelez-vous que les parents parfaits n’existent pas.
  • Quand la crise est finie, tenez votre enfant contre vous pour l’apaiser et le rassurer. Ces accès de colère, qu’il a de la difficulté à contrôler, l’affectent également. Aidez-le à parler de ce qui s’est passé, de ce qu’il a ressenti et de la cause de sa colère. S’il ne parle pas encore, faites-le pour lui. Par exemple, dites-lui : « Tu voulais faire une belle tour avec tes blocs, mais elle tombait toujours quand tu mettais le bloc bleu. Ça t’a mis en colère et tu t’es mis à crier. »
  • Proposez à votre enfant une ou deux choses qu’il peut faire à la place d’une crise. Il saura ainsi qu’il existe d’autres moyens que les cris et les coups pour exprimer son mécontentement. Par exemple, il peut respirer à quelques reprises comme un papillon quand il sent la colère monter en lui, c’est-à-dire prendre une grande inspiration en ouvrant les bras comme les ailes d’un papillon et expirer en refermant « ses ailes » sur son cœur. Votre tout-petit peut aussi dire qu’il est fâché avec des mots ou dessiner sa colère.
  • Ne mettez pas votre enfant en retrait lorsqu’il fait une crise de colère, car cela pourrait l’angoisser. Restez dans son champ de vision, car il est probablement aussi bouleversé que vous par ses propres réactions.

Comment prévenir les crises?

Même si les crises font partie du développement normal des enfants, vous pouvez aider votre tout-petit à en réduire la fréquence. Rappelez-vous toutefois qu’aucun parent ne peut empêcher toutes les crises de colère de son enfant. Voici quelques conseils pour réduire le nombre d’accès de colère de votre enfant.

Répondre à ses besoins de base

  • Respectez une routine stable pour les repas, les collations et le sommeil.
  • Évitez que votre enfant soit trop fatigué ou affamé. Quand vous sortez, pensez à emporter une collation.
  • Si votre enfant commence à manifester de l’agitation, tentez de voir s’il est fatigué, s’il a faim, s’il manque d’espace pour jouer, etc.
  • Si vous savez que vous vous rendez à un endroit qu’il trouvera ennuyeux, pensez à emporter des choses qui pourront l’occuper.

Agir avant les premiers signes de colère

Pour prévenir une crise en public, expliquez clairement vos règles avant la sortie. Nisrine, maman de 3 enfants, témoigne.
  • Assurez-vous que votre tout-petit s’amuse avec des jouets de son âge. Ainsi, les risques de frustration sont moins grands.
  • Placez les objets qu’il ne doit pas toucher hors de sa portée et de son champ de vision afin d’éviter les tentations et, par la suite, les crises.
  • Détournez son attention lorsque vous sentez sa colère monter ou amenez-le dans une autre pièce.
  • Trouvez des stratégies pour prévenir ses frustrations habituelles. Par exemple, si votre enfant se met souvent en colère lorsque sa petite sœur défait le casse-tête qu’il est en train de faire, proposez-lui de s’installer à la table de la cuisine plutôt que sur le sol.
  • Quand vous sortez ensemble, prévenez-le de ce qui l’attend. Si, par exemple, vous allez à l’épicerie, dites-lui d’avance que vous n’allez pas lui acheter de gâterie, mais que vous le laisserez choisir les céréales. Vous pouvez aussi lui donner une petite tâche à accomplir. Par exemple, demandez-lui de mettre des oranges dans un sac ou de vous montrer des objets rouges, jaunes, etc. Lorsque son cerveau se concentre sur une tâche, votre tout-petit risque moins de faire une crise.

Encourager d’autres façons d’exprimer sa frustration

  • Aidez votre enfant à exprimer ses sentiments par des mots et à vous dire comment il se sent. En l’encourageant à parler de ce qu’il ressent, vous pouvez l’aider à mieux contrôler ses émotions et à ne pas se laisser dépasser par celles-ci.
  • Faites preuve de patience et essayez de lui donner le bon exemple. Si vous faites des efforts pour maîtriser votre colère et votre frustration, votre tout-petit aura tendance à faire de même. En revanche, il est difficile d’exiger qu’il cesse de se mettre en colère si vous vous emportez au moindre pépin. Quand la situation s’y prête, exprimez à voix haute ce que vous faites pour vous sentir mieux quand quelque chose vous dérange, par exemple : « Je suis déçue que Martine ne vienne pas souper, mais je vais regarder un bon film à la place. »
  • Félicitez votre enfant lorsqu’il réussit à exprimer ses émotions négatives et ses besoins par des mots plutôt que par des crises.

Quand consulter?

Habituellement, les crises de colère tendent à diminuer en intensité et en fréquence vers 3 ou 4 ans. Votre enfant développe alors un meilleur autocontrôle de ses pulsions et peut aussi mieux s’exprimer avec des mots. Toutefois, s’il continue de faire plusieurs crises par semaine et que leur intensité ne diminue pas (votre enfant a du mal à se calmer, il se blesse ou blesse les autres), une consultation auprès de son médecin ou du CLSC de votre secteur serait souhaitable. Ses accès de colère cachent peut-être un autre problème que des spécialistes vous aideront à détecter. Ainsi, vous pourrez ensemble trouver des moyens de l’aider.

 

À retenir

  • Les crises de colère sont une étape normale du développement de l’enfant, qui survient surtout entre 18 et 36 mois.
  • Lorsque votre enfant fait une crise de colère, tentez de garder votre calme. Vous fâcher ne ferait qu’aggraver les choses.
  • Il n’est pas possible d’empêcher toutes les crises de colère de votre enfant, mais vous pouvez l’aider à en diminuer la fréquence et l’intensité.

 

Naitre et grandir.com

Révision scientifique : Solène Bourque, psychoéducatrice
Recherche et rédaction : Équipe Naître et grandir
Mise à jour : Mai 2017

 

Photo : iStock.com/PeopleImages

 

Ressources et références

Note : Les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est donc possible qu’un lien devienne introuvable. Dans un tel cas, utilisez les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

  • BOURCIER, Sylvie. L’agressivité chez l’enfant de 0 à 5 ans. Montréal, Éditions du CHU Sainte-Justine, 2008, 224 p.
  • ENCYCLOPÉDIE SUR LE DÉVELOPPEMENT DES JEUNES ENFANTS. Agressivité – Agression. www.enfant-encyclopedie.com
  • GOUVERNEMENT DU MANITOBA. Les crises de colère. www.gov.mb.ca
  • LIGNE PARENTS. www.ligneparents.com ou 1 800 361-5085

Livres pour les enfants

  • DESPUTEAUX, Hélène. Mella : Une mauvaise journée. Beloeil, desputeaux + aubin, 2008, 12 p.
  • MOSES, Brian. Pourquoi je suis en colère? Montréal, Éditions École active, 2007, 32 p.

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