Suce ou pouce?

Suce ou pouce?

Téter est un réflexe naturel et apaisant que l’enfant a déjà dans le ventre de sa mère, dès sa 12e semaine de vie. À la naissance, le nourrisson est doté d’un puissant réflexe de succion, qui ne lui sert pas juste à se nourrir. La succion provoque aussi la sécrétion d’endorphines, soit des hormones qui procurent une sensation de bien-être. Téter permet donc au nourrisson de s’apaiser, de se détendre, de s’endormir et de régulariser ses cycles d’éveil et de sommeil.



Suce et pouce : avantages et inconvénients

Rapidement après la naissance, le nourrisson trouve 1 ou 2 doigts pour se réconforter et se rendormir pendant la nuit. Mais, il est aussi possible de lui offrir une suce, une fois l’allaitement bien établi. Selon leur tempérament, certains bébés s’apaiseront automatiquement après les boires et auront peu besoin de téter entre ceux-ci. D’autres auront continuellement besoin de téter pour s’apaiser. Aujourd’hui, beaucoup de pédiatres et de dentistes recommandent la suce.

La suce

Pour

  • Selon plusieurs études, l’utilisation de la suce est associée à une réduction du risque de syndrome de la mort subite du nourrisson (SMSN).
  • Il est plus facile d’avoir un certain contrôle sur un usage approprié (périodes courtes et limitées) et de s’en départir.
  • Parce qu’elle peut être retirée plus tôt à l’enfant (que le pouce), elle modifierait moins l’alignement des dents.

Contre

  • Elle peut gêner le démarrage de l’allaitement, si elle est utilisée trop tôt.
  • Elle tombe souvent, et le bébé pleure quand il la perd, surtout la nuit.
  • Selon certaines études, elle pourrait augmenter la fréquence des otites moyennes.
  • Utilisée trop souvent, elle peut entraver l’articulation dans le développement du langage.
  • Tout comme le pouce ou les doigts, à long terme, elle peut déranger la position des dents.
Un risque pour le palais?
Contrairement à la croyance populaire, sucer son pouce ou une suce ne déforme pas le palais, mais plutôt l’arcade dentaire et l’os alvéolaire qui soutient les dents. Chez certains enfants, cette habitude n’aura même aucun effet.

Le pouce

Pour

  • L’enfant s’apaise tout seul avec son pouce, lorsqu’il en a besoin. Il n’est pas dépendant de l’adulte, comme pour la suce.
  • Évidemment, le pouce ne tombe jamais ni ne se perd dans le lit la nuit.
  • Sucer son pouce interfère peu avec le besoin de parler, de s’exprimer ou de jouer. Par exemple, si l’enfant a besoin de ses 2 mains, il retire son pouce de sa bouche, ce qui n’est pas le cas avec la suce.
  • Et bien sûr, le pouce ne coûte rien!

Contre

  • Tout comme avec la suce, sucer son pouce ou ses doigts peut déranger la position des dents, surtout si l’enfant continue de le sucer après 3 ans. En plus, la pression exercée par le pouce sur le palais et la mâchoire serait plus forte et plus dommageable que celle de la suce.
  • Il est plus difficile d’empêcher l’enfant de sucer son pouce que de lui retirer sa suce, une fois le moment venu.
Saviez-vous que :
  • 8 bébés sur 10 sucent leur pouce sur la planète? Après 2 ans, ils sont 4 sur 10, et 1 sur 10 persiste même jusqu’à 5 ans;
  • les filles sucent leur pouce plus souvent et plus longtemps que les garçons?
  • dans les pays industrialisés, de 50 % à 80 % des bébés de 1 mois à 6 mois possèdent une suce?

Suce et allaitement

Les mécanismes de succion au sein et à la tétine sont très différents, le premier nécessitant plus d’effort. Au biberon, le lait s’écoule plus facilement, en pinçant simplement les gencives autour de la tétine.

Si on présente une tétine ou une suce à un nourrisson allaité, on risque de créer une « confusion avec le sein » et même entraîner une préférence pour la suce. De plus, cela peut compromettre la réussite de l’allaitement. En effet, le bébé qui ne tète pas efficacement le sein peut provoquer des gerçures et des douleurs aux mamelons, ce qui aura comme conséquence de diminuer la production de lait.

Pour cette raison, les autorités médicales (Société canadienne de pédiatrie, Organisation mondiale de la Santé, etc.) s’entendent : ne proposez pas de suce à bébé avant que l’allaitement soit bien établi, ce qui peut demander jusqu’à 1 mois.

À cette règle, une exception importante : les enfants prématurés, chez qui l’usage de la suce aiderait à développer une succion efficace.

  • Discutez avec votre médecin ou un spécialiste de l’allaitement si vous pensez que bébé a besoin d’une suce plus rapidement que le veut la norme.
  • Donnez-lui sa suce de façon judicieuse, une fois l’allaitement établi : périodes courtes et limitées, et jamais en remplacement du sein de maman.
Réflexe ou faim?
Le réflexe de succion ne devrait pas être automatiquement perçu comme un désir de boire. Lorsque c’est le cas, il peut s’ensuivre un cercle vicieux : le nourrisson va vouloir boire fréquemment de petites quantités pour combler à la fois ses besoins nutritifs et de succion.

Prévenir la dépendance à la suce

Lorsque votre enfant réclame sa suce, il comble un besoin que vous devriez identifier afin de, peu à peu, y répondre autrement. Après l’âge de 6 mois, vous avez avantage à contrôler l’usage de la suce et à essayer d’autres moyens avant d’y avoir recours.

  • Rassurez votre enfant par des gestes d’affection, tel que câlins et mots doux.
  • Tentez de comprendre ses pleurs. Vérifiez toujours si votre bébé a faim, est fatigué ou s’ennuie avant de lui donner sa suce. Elle ne remplacera jamais la nourriture, le réconfort ni les caresses d’un parent.
  • Laissez bébé s’exprimer : suce en bouche, bébé ne peut babiller, vous imiter, ni même faire des bulles. Au point que l’usage excessif de la suce peut nuire à l’articulation.
  • Évitez de donner systématiquement la suce à votre nourrisson à titre préventif (« au cas où »), s’il est calme ou en train de jouer.
  • Si la suce est déjà en place, habituez votre enfant à s’en défaire en la lui retirant doucement lorsqu’il babille, rit, joue, rampe et tente de marcher ou s’il est endormi. En grandissant, bébé a de moins en moins besoin de la suce.
  • Après l’âge de 6 mois, vous pouvez remplacer la suce par une doudou ou un autre objet symbolique, qui pourra être associé à un rituel de détente.
  • Afin d’éviter d’avoir à vous lever fréquemment la nuit lorsque votre enfant réclame sa suce, mettez-lui la suce dans sa main et incitez-le à la remettre lui-même dans sa bouche.
  • À partir d’un certain âge, limitez la suce au rituel du dodo. L’utilisation de la suce à d’autres fins devrait être exceptionnelle.
  • Résistez de plus en plus à lui donner sa suce au moment des pleurs, afin qu’il puisse trouver d’autres moyens pour s’apaiser.

Habitude de sucer : jusqu’à quand?

En général, l’enfant perd l’habitude de sucer entre 1 an et 3 ans. Mais parfois, pour son propre bien, il est nécessaire de l’aider un peu.

L’habitude de sucer le confine à un statut de bébé et peut même le retarder dans ses apprentissages (au-delà de 4 ans ou 5 ans). Mais, surtout, il est important que cette habitude cesse avant l’apparition des dents d’adulte. Voir le texte l’abandon de la suce.

Sevrage : à quel âge?
Il n’y a pas de réponse précise et définitive sur ce point. La Société canadienne de pédiatrie, tout comme d’autres instances médicales, recommande de commencer le sevrage dès l’âge de 12 mois afin d’éliminer tout risque d’éventuels problèmes dentaires et autres troubles (apprentissage du langage).
D’autres pédiatres, de même que de nombreux spécialistes du développement, pensent plutôt que la succion du pouce ou de la suce peut s’avérer un allié indispensable du tout-petit jusqu’à l’âge de 2 ans, et même 3 ans, car elle l’apaise et l’accompagne fidèlement tout au long de ses « grands apprentissages » (langage, socialisation, etc.).
« La succion est une des rares ressources dont dispose de manière autonome un jeune enfant au cours de sa 2e année, pour venir à bout d’une tension, se protéger et se réconforter », affirme le célèbre pédiatre américain T. Berry Brazelton, dans son livre L’âge des premiers pas.
Avec son équipe du Boston Children Hospital, ce pédiatre a mené une importante étude sur les enfants qui suçaient « librement » leur pouce (la mère ne les empêchait pas). Le chercheur a constaté une recrudescence de cette habitude au début de la 2e année de vie de l’enfant puis, un déclin naturel de cette pratique vers l’âge de 2 ½ ans.

Quelle suce choisir?

Les suces, comme tous les accessoires de bébé, se diversifient de plus en plus. Il est parfois difficile de faire un choix parmi les nombreuses formes, tailles et matières offertes. Voici quelques conseils :

  • Silicone ou latex? L’une et l’autre sont tout aussi sécuritaires. Mais celles en caoutchouc naturel (latex) deviennent plus rapidement molles et collantes à cause de la stérilisation, tandis que celles en silicone sont plus fermes et plus résistantes.
« Orthodontiques » : une question de marketing
D’après les médecins et les pharmaciens, les suces dites « orthodontiques » n’empêcheraient pas plus que les autres une éventuelle déformation dentaire (à longue échéance).
  • Lisez bien l’étiquette. Si vous choisissez une suce de caoutchouc, vérifiez le taux de N-nitrosamines, des carcinogènes contenus dans le caoutchouc. Depuis 2002, au Canada, ce taux ne doit pas excéder 10 ppb (parties par milliard). Cette norme s’applique également aux tétines de caoutchouc des biberons.
  • Tétines et collerettes adaptées. Leur taille varie en fonction de l’âge : plus petites pour les nouveau-nés, plus grandes pour les nourrissons plus âgés.
  • Avec ou sans trous? De nouveaux modèles de suces comportent des collerettes « aérées », ce qui minimise l’accumulation de salive autour de la bouche. Utile lorsque bébé est en pleine poussée dentaire.
  • Une question de goût. Si votre enfant s’est habitué à un modèle particulier de suce, ne changez plus et achetez-le en plusieurs exemplaires pour ne jamais en manquer.

Une suce propre

  • Stérilisez la suce pendant au moins 2 minutes en la plongeant dans une casserole d’eau bouillante, avant sa première utilisation. Suspendez-la pour la faire sécher.
  • Lavez-la chaque jour à l’eau chaude savonneuse, puis rincez-la avant de la donner à votre bébé.
  • Ne la mettez pas dans votre bouche avant de la lui donner afin d’éviter de lui transmettre des bactéries responsables de la carie. Si la suce tombe par terre, pas le choix, il faut la laver.
  • N’enrobez jamais la tétine de sucre. Ne la trempez pas non plus dans un liquide sucré. Cela peut aussi causer la carie dentaire.

En toute sécurité

  • N’attachez jamais la suce autour du cou de votre bébé, de son poignet ou de son lit. N’utilisez pas non plus d’épingle de sûreté, car votre bébé risquerait de se blesser. Utilisez plutôt une attache-suce sécuritaire, avec un cordon très court de 6 cm à 10 cm, qui s’accroche à ses vêtements.
  • Vérifiez l’état de la tétine avant chaque utilisation (en tirant dessus) afin d’éviter tout risque d’étouffement. Cette mesure préventive est importante, et d’autant plus quand votre enfant a des dents.
  • Remplacez la suce dès qu’elle devient collante ou élargie, si elle est fendue ou si elle présente d’autres signes d’usure excessive. Idéalement, changez la suce tous les 2 mois, quelle que soit sa condition.

 

Naitre et grandir.com

Révision scientifique : Dr Jean Turgeon, pédiatre, CHU Sainte-Justine
Recherche et rédaction : Équipe Naître et grandir
Mise à jour : Avril 2011

 

Références

Note : les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est donc possible qu’un lien devienne introuvable. Dans un tel cas, utilisez les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

  • BRAZELTON, T. Berry. L’âge des premiers pas. Paris, Édition Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », no 587, 2006, 336 pages.
  • DORÉ, Nicole et Danielle LE HÉNAFF. Mieux vivre avec notre enfant de la grossesse à deux ans, Guide pratique pour les mères et les pères. Québec, Institut national de santé publique du Québec. www.inspq.qc.ca.
  • LA LECHE LEAGUE INTERNATIONAL. Happy Mothers, Breastfed babies. www.llli.org.
  • LIGUE LA LECHE. Votre ressource en allaitement et maternage. www.allaitement.ca
  • PONTI, Michelle, SOCIÉTÉ CANADIENNE DE PÉDIATRIE et COMITÉ DE LA PÉDIATRIE COMMUNAUTAIRE. « Les recommandations sur l’usage des sucettes », Paediatrics & Child Health. Vol. 8, n° 8 (2003, réapprouvé en février 2014). www.cps.ca
  • ROSSANT, Lyonel et Jacqueline ROSSANT-LUMBROSO. Votre enfant. Guide à l’usage des parents. Paris, Éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2006, 1515 pages.
  • SOCIÉTÉ CANADIENNE DE PÉDIATRIE. Soins de nos enfants. « Les sucettes (suces) : un guide à l’usage des parents ». www.soinsdenosenfants.cps.ca

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