Alimentation: les comportements de parent à éviter et à privilégier

Alimentation: les comportements de parent à éviter et à privilégier
Les comportements alimentaires des familles ont un impact important sur l’alimentation des enfants. Le point avec la nutritionniste Stéphanie Côté.

25 septembre 2018 | Pour encourager un enfant à bien manger, il ne suffit pas de lui servir de bons aliments. Les comportements des parents comptent aussi pour beaucoup. Quels sont d’ailleurs les comportements adoptés à table qui peuvent influencer l’alimentation des enfants? Le point avec la nutritionniste et blogueuse Stéphanie Côté qui traite du sujet dans son récent livre Enfants- 21 jours de menus.

Dès qu’on parle d’alimentation des enfants, la conversation devient grave, car les parents se font bien du souci!

« En effet! Voilà pourquoi j’essaie de désamorcer cette inquiétude dans mon livre. Bien sûr, c’est décourageant de voir que Mathilde n’a mangé que trois miettes de pain au souper. Mais elle n’en mourra pas cette nuit! Tous les parents veulent bien faire, mais les exigences qu’ils s’imposent risquent d’avoir l’effet inverse de celui escompté. S’ils prennent du recul et considèrent l’ensemble de ce que leur enfant mange sur une période de deux à trois semaines, la pression va être moins forte. »

Votre livre fait partie d’une collection intitulée « Savoir quoi manger », mais, dans les faits, il parle aussi beaucoup du « comment manger », c’est-à-dire des comportements alimentaires.

« C’est le cœur de cet enjeu. Comme blogueuse et conférencière, j’ai répondu à des centaines de questions sur l’alimentation des enfants. Les parents, les responsables de l’alimentation en milieu de garde et les éducatrices s’inquiètent des mêmes choses : l’enfant mange-t-il trop ou pas assez et mange-t-il assez varié? Or, dans les faits, à moins de forcer l’enfant, ce qu’il ne faut JAMAIS faire, l’adulte n’a aucune emprise sur ces deux points. »

Aucune emprise, vraiment?

« Vraiment! L’adulte décide de ce qu’il y a dans l’assiette et l’enfant décide de ce qu’il met dans sa bouche! C’est lui qui sait ce qu’il aime et surtout s’il a assez mangé ou pas. En revanche, les adultes ont un rôle important à jouer pour que l’enfant reconnaisse les signes de la satiété et découvre les aliments dans une atmosphère détendue, axée sur le plaisir. Ce n’est pas toujours facile de remettre en question nos réflexes, mais laisser le pouvoir à son enfant, tout comme on le conseille maintenant pour le jeu, fait partie d’une stratégie gagnante à long terme. »

Quels sont les principes de cette stratégie?

« C’est ce qu’on appelle le style éducatif démocratique, qui offre une structure à l’enfant, tout en tenant compte de ses besoins. Ce modèle de partage des responsabilités, conçu par la nutritionniste et psychothérapeute américaine Ellyn Satter, se traduit ainsi :

  • Le parent décide du menu, un seul pour toute la famille. Il inclut des aliments nourrissants que l’enfant aime, et, régulièrement, de nouveaux aliments.
  • Le parent décide du où (à table), du quand (horaires réguliers) et du comment. Manger en famille le plus souvent possible ou s’asseoir avec les enfants lorsqu’on ne mange pas au même moment qu’eux est essentiel, ainsi qu’une ambiance agréable, nourrie par des échanges positifs.
  • Le meilleur moyen de manger de façon détendue, pour toute la famille, et de ne pas forcer l’enfant à manger, ni même à goûter. C’est là que la démocratie s’exerce : c’est l’enfant qui décide de la quantité qu’il mange et de ce qu’il mange. »

Même si l’enfant ne veut manger que du dessert?

« Oui, tout à fait, mais là, un principe d’équité très important doit être expliqué aux enfants : on attend la fin du repas pour manger le dessert, et, peu importe la quantité d’aliments mangée avant, chacun reçoit une seule portion de dessert. Ainsi, si un enfant dit qu’il a encore faim après son dessert, il va savoir que la prochaine fois, il va falloir qu’il mange les aliments du reste du repas pour être rassasié. »

Que faire si l’enfant boude un aliment pour la 18e fois?

« C’est un classique et c’est à ce moment précis qu’il ne faut pas se décourager! La découverte des aliments passe par tous les sens et demande du temps. Je sais que ce n’est pas toujours facile à mettre en pratique, mais présenter encore et encore aux enfants, sans les forcer à goûter, de petites quantités d’aliments qui ne les intéressent pas ou les rebutent est une stratégie gagnante à moyen et long terme. »

Il y a donc un enjeu psychologique important dans la façon d’accompagner les enfants dans leurs habitudes alimentaires?

« C’est très juste et c’est ce qui fait que nos attitudes et nos paroles, même si elles sont bien intentionnées, peuvent avoir des effets négatifs. Par exemple, à la maison ou à la garderie, féliciter un enfant parce qu’il a fini son assiette envoie un message indirect qui peut l’inciter à la finir même s’il n’a plus faim.

Autre exemple : si on accorde beaucoup d’attention à un enfant qui ne mange pas son repas ou sa collation, ça peut devenir une façon pour lui d’avoir de l’attention. Il est préférable de lui accorder de l’attention autrement, sans insister sur ce qu’il mange ou ne mange pas quand il a son repas devant lui. »

 

Par Françoise Ruby - 100°


Reproduit avec l’autorisation du
webzine 100° qui aborde une variété de sujets sur les environnements favorables aux saines habitudes de vie.

 

Photo : Gettyimages/Georgijevic

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