Adoption internationale: développement et attachement de l'enfant adopté

Adoption internationale: développement et attachement de l'enfant adopté
En raison de leurs conditions de vie avant l’adoption, le développement des enfants adoptés à l’étranger peut différer de celui des autres enfants.

Chaque année, des parents québécois adoptent des enfants nés à l’étranger. En raison de leurs conditions de vie avant l’adoption, ces tout-petits sont plus fragiles et leur développement peut différer de celui des autres enfants. Être informé de cette réalité avant l’adoption est primordial. Plusieurs ressources sont d’ailleurs à la disposition des futurs parents pour les accompagner dans cette démarche.

Grâce à leur capacité à sécuriser leur enfant, à l’inclure dans sa nouvelle famille et à bien répondre à ses besoins, les parents adoptifs peuvent offrir cette sensibilité particulière dont leur tout-petit a besoin. En bénéficiant d’un environnement aimant et chaleureux, la majorité des enfants adoptés s’en sortent bien, malgré les défis à surmonter.



La vie avant l’adoption et son impact sur le développement

Certains enfants adoptés sont dans un piètre état à leur arrivée. La majorité de ceux qui ont vécu en orphelinat souffrent de malnutrition. Cela peut causer des retards de croissance, des problèmes de santé et nuire au développement du cerveau. Les infections qui sont courantes dans certains pays amplifient aussi ce phénomène. Des habitudes de vie néfastes durant la grossesse, comme l’alcoolisme de la mère, peuvent endommager le cerveau du bébé. Enfin, les tout-petits qui passent de longs séjours en orphelinat souffrent de carences affectives et d’un manque de stimulation.

Combler leurs besoins de base (manger, boire, se sentir en sécurité, créer des liens, explorer leur environnement) est donc nécessaire pour leur permettre de surmonter ces premières difficultés et de se développer de façon harmonieuse.

Développement : les facteurs de risque
Certains aspects de la vie de l’enfant avant l’adoption permettront d’évaluer les risques d’un retard de développement :
  • pays d’origine (état de santé de la population, politique de soins des enfants orphelins)
  • âge au moment de l’adoption
  • temps passé en orphelinat
  • type de garde : orphelinat (nombre d’enfants par nourrice) ou famille d’accueil
  • qualité des soins reçus (alimentation, stimulation, réconfort, constance ou absence de soins)
  • expériences de négligence ou d’abus
  • consommation d’alcool ou de drogue par la mère durant la grossesse

Le développement moteur

On estime que de 10 % à 70 % des enfants adoptés présentent un retard du développement moteur à leur arrivée. Cette situation est plus fréquente pour ceux qui ont vécu en orphelinat. On calcule généralement 1 mois de retard pour chaque période de 3 mois passée en orphelinat après l’âge de 6 mois. La plupart du temps, les soins reçus après l’adoption inversent ce processus et ces retards sont rapidement rattrapés.

Le développement intellectuel

La malnutrition, le manque de stimulation, la consommation d’alcool ou de drogue par la mère biologique pendant la grossesse peuvent causer des retards intellectuels chez les enfants adoptés à l’étranger. Un long séjour en orphelinat aura aussi des impacts particulièrement néfastes. Les tout-petits qui ont séjourné dans une famille d’accueil avant leur adoption s’en tireraient mieux puisqu’ils ont eu plus d’occasions d’acquérir et de pratiquer de nouvelles habiletés.

Les différences parfois observées entre le quotient intellectuel des enfants adoptés de l’étranger et celui des enfants non adoptés sont, cependant, pour la plupart petites. Les enfants adoptés sont donc aussi compétents que les autres. Il peut toutefois arriver que leurs conditions de vie avant l’adoption, tout comme le choc de l’adoption, occasionnent des difficultés. Par exemple, certains de ces enfants connaissent des problèmes d’apprentissage ou un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) qui peuvent nuire à leur réussite scolaire plus tard.

Dans la plupart des cas, l’évolution des capacités intellectuelles reprend habituellement une trajectoire normale après l’adoption. Une amélioration est souvent notable de 3 à 6 mois après l’arrivée de l’enfant dans sa nouvelle famille. Un environnement stimulant et positif peut donc renverser la vapeur.

Le langage

Presque tous les enfants qui ont été placés en orphelinat ont des retards de langage, vraisemblablement en raison de la rareté et de la pauvreté des contacts qu’ils ont eus avec les adultes en place. Malheureusement, une mauvaise acquisition de la langue maternelle peut rendre la maîtrise des autres langues difficile.

Il est donc important que les nouveaux parents multiplient les interactions avec leur enfant afin qu’il soit souvent exposé à sa langue d’adoption. Celle-ci deviendra alors l’équivalent d’une langue maternelle. Cet apprentissage peut se faire rapidement dans la première année suivant l’adoption, mais il est tout de même important d’être patient. Certaines difficultés peuvent prendre des années à se corriger, en particulier lorsqu’il s’agit de maîtriser les concepts abstraits et les expressions typiques de la nouvelle culture pour les enfants adoptés tardivement.

Le développement social et l’attachement

Les problèmes de développement social et affectif sont fréquents chez les enfants adoptés à l’étranger et ils constituent souvent un défi important pour les parents. Les carences affectives et les nombreuses ruptures que ces enfants ont vécues peuvent entraîner une perte de confiance envers le monde extérieur et fragiliser leur capacité à développer un sentiment d’attachement fort. Cela est particulièrement vrai pour les enfants qui ont été adoptés à un âge plus avancé et qui ont grandi en orphelinat où le manque de sensibilité et d’attention était chronique. Ils développeront donc souvent une peur du rejet et la volonté de plaire à tout prix. Pour cette raison, les enfants adoptés peuvent éprouver beaucoup d’anxiété et de difficultés à s’investir dans les relations avec les autres.

Pour établir des liens d’attachement avec ses parents adoptifs, l’enfant doit se sentir en sécurité et en confiance. Il a également besoin de donner un sens à son histoire. On oublie parfois que la séparation de la mère ou de la famille biologique est un choc. Le tout-petit doit donc faire le deuil de sa famille et de son pays d’origine. Les parents devront alors prendre le temps de l’apprivoiser et être conscients que cet enfant craint d’être rejeté de nouveau.

Grâce à la sensibilité de leurs parents, la majorité des enfants adoptés développeront avec le temps un fonctionnement affectif comparable à celui des autres enfants.

Créer un lien d’attachement
Certains petits gestes dans le quotidien peuvent aider à créer un lien d’attachement :
  • Avoir des attentes réalistes : l’attachement demande de la patience pour s’établir.
  • Répondre de façon aimante et rapide aux besoins de l’enfant.
  • Limiter les sorties et les visites pendant les premières semaines suivant l’arrivée à la maison pour laisser à l’enfant le temps de développer un sentiment de sécurité et de confiance envers sa nouvelle famille.
  • Essayer d’établir une routine au quotidien.
  • Offrir des habitudes qui peuvent servir de repères. Par exemple, seuls les parents nourrissent, bercent, langent et consolent l’enfant juste après l’arrivée.
  • Établir un contact visuel lorsque vous lui donnez le biberon.
  • Interagir avec son enfant en lui parlant souvent et en jouant à se taper dans les mains, par exemple, ou à faire coucou. Éviter toutefois de trop le stimuler : l’enfant adopté dont les sens n’ont pas été stimulés pourrait mal réagir au cours des premiers mois.
  • Éviter de le mettre devant la télévision durant les premiers mois.
  • Pratiquer le contact peau à peau.
  • Les massages peuvent aussi aider l’enfant à se détendre et compenser le manque de contacts reçus en orphelinat. Ils contribuent aussi à ce que l’enfant se sente aimé et important. Certains enfants peuvent toutefois être réticents à se laisser toucher. Il faut alors respecter leur réaction et suivre leur rythme.
  • Porter un tout jeune enfant dans un porte-bébé est une autre façon de créer un lien affectif. Le portage permettrait également d’intégrer graduellement l’enfant au monde, de le laisser se blottir contre son nouveau parent et de le réconforter dans certaines situations difficiles. Certains experts craignent toutefois que cette approche empêche l’enfant de devenir autonome et contribue à le maintenir isolé. Les partisans du portage croient au contraire que l’enfant doit d’abord se sentir en sécurité pour faire de nouveaux apprentissages.

Les défis du comportement

Il n’est pas rare que les enfants adoptés aient des accès de colère, un sommeil fragile ou des problèmes d’alimentation, en particulier dans les premiers mois suivant l’adoption. Les relations avec les autres enfants peuvent aussi être plus difficiles. Une approche différente est toutefois nécessaire pour gérer ces défis.

Il faut en effet éviter de confondre une réaction normale de transition ou de deuil avec un trouble de comportement. Ainsi, un enfant qui refuse d’aller au lit craint peut-être que ses nouveaux parents ne soient plus là à son réveil, une inquiétude qui disparaîtra au fur et à mesure que la confiance s’établira au sein de la famille.

Les parents d’enfant adopté devraient aborder la discipline d’une façon particulière. Devant un geste dérangeant, il peut être nécessaire d’éviter les recommandations habituelles. Par exemple, la méthode du retrait peut amplifier la peur du rejet et de l’abandon. Elle n’est donc pas appropriée avec un enfant adopté. Chercher à évaluer l’état émotif de l’enfant et à comprendre son vécu est alors préférable.

Ces situations sont toutefois éprouvantes pour de nouveaux parents. L’aide de professionnels ou de groupes de parents adoptifs peut être d’un grand secours pour apprendre à relever ces défis du quotidien. Il existe d’ailleurs de nombreuses ressources pour les parents adoptants (voir la liste ci-dessous).

 

Naitre et grandir.com

Révision scientifique : Louise Cossette, ph. D. psychologie, département de psychologie, Université du Québec à Montréal
Recherche et rédaction : Équipe Naître et grandir
Mise à jour : Juin 2014

 

Ressources

Note : les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est possible qu’un lien devienne introuvable. Veuillez alors utiliser les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

Sites internet et services

  • CHU SAINTE-JUSTINE. Clinique de santé internationale. Cette clinique évalue des enfants en provenance de pays étrangers. Les demandes de consultation proviennent des médecins à l’intérieur ou à l’extérieur de l’hôpital.
    www.chusj.org
  • CSSS JEANNE-MANCE. Service d’adoption internationale. Ce service offre des ateliers qui abordent différents sujets tels que les différences entre l’enfant adopté et l’enfant biologique, la santé, les traumatismes et le développement, les pertes, l’attachement, la discipline, la culture et les facteurs relatifs au succès d’une adoption.
    www.csssjeannemance.ca
  • PREMIÈRE RESSOURCE, AIDE AUX PARENTS. Service de consultation professionnelle téléphonique gratuit pour les parents des familles biologiques ainsi que des familles adoptives.
    www.premiereressource.com
  • PETALES QUÉBEC. Parents d’enfants présentant des troubles de l’attachement. Ligue d’entraide et de soutien.
    petalesquebec.org
  • QUÉBECADOPTION.NET. Le défi de la postadoption.
    www.quebecadoption.net Ce site héberge aussi celui de La Fédération des parents adoptants du Québec.
  • SOCIÉTÉ CANADIENNE DE PÉDIATRIE. L’adoption internationale : favoriser l’attachement entre les parents adoptifs et leur enfant.
    www.enfantsneocanadiens.ca/adoption-attachment
  • SOCIÉTÉ CANADIENNE DE PÉDIATRIE. L’adoption internationale : se préparer à adopter un enfant à l’étranger.
    www.enfantsneocanadiens.ca/adoption-preparing

Livres

  • CHICOINE, Jean-François, Patricia GERMAIN et Johanne LEMIEUX . L’enfant adopté dans le monde (en quinze chapitres et demi). Montréal. Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, 2003, 480 p.
  • TOANEN, Laetitia. L’Adoption internationale : Guide à l’intention des futurs parents. Laval, Guy St-Jean Éditeur, 2007, 324 p.

 

Références

  • LABASI Domenica, Linda LECOURS, Hélène DUCHESNEAU. Équipe de l’adoption internationale du CSSS Jeanne-Mance (entrevue téléphonique).
  • JUFFER F et van IJzendoorn MH. Behavior problems and mental health referrals of international adoptees: a meta-analysis. JAMA. 293(20), 2005, pp. 2501-15.
  • JUFFER F. et al. Adoption and cognitive development: a meta-analytic comparison of adopted and nonadopted children’s IQ and school performance. Psychol Bull. 131(2), 2005, pp. 301-16.
  • JUFFER F. et al. Attachment, cognitive, and motor development in adopted children: short-term outcomes after international adoption. J Pediatr Psychol. 32(10), 2007, pp. 1249-58.
  • WELSH JA et Viana AG. Developmental Outcomes of Internationally Adopted Children. Adopt Q. 15(4), 2012, pp. 241-264.

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