Entre désir et réalité

Entre désir et réalité
Vous connaissez peut-être plusieurs familles de trois ou quatre enfants, mais dans les faits, elles sont assez rares. Les familles de trois enfants et plus ne représentent que 15 % des familles au Québec.

Vous connaissez peut-être plusieurs familles de trois ou quatre enfants, mais dans les faits, elles sont assez rares. Les familles de trois enfants et plus ne représentent que 15 % des familles au Québec.

Pourtant, avant de fonder leur famille, les parents en veulent souvent plus qu’ils en auront en réalité. D’ailleurs, 32 % des Québécoises disaient, en 2011, vouloir trois enfants ou plus.

Les tâches domestiques pourraient expliquer en partie la différence entre le désir d’enfant et le nombre réel de naissances. Au moment où arrive le premier ou le deuxième enfant, les parents se rendent compte de la charge que cela représente en plus de leur travail. « De plus, si la mère fait davantage de tâches que son conjoint, ça peut influencer son envie ou non d’agrandir la famille », note Laurence Charton, chercheuse à l’Institut national de la recherche scientifique.

La difficulté à concilier le travail et la famille peut aussi amener les parents à s’arrêter à un ou deux enfants. « Je travaille comme infirmière, selon des horaires particuliers, et mon conjoint est travailleur autonome. Cela facilite les choses, dit Sonia Vallée, mère de quatre enfants. Les parents de familles nombreuses qui travaillent tous les deux de 9 à 5, je ne sais pas comment ils s’en sortent! »

Mon arrière-arrière-grand-mère…

D’ailleurs, les choses ont bien changé depuis le début du siècle dernier. À cette époque, il était normal d’avoir une grande famille au Québec. Encouragée entre autres par l’Église à faire des enfants, une famille sur cinq comptait plus de dix enfants! Petit à petit, la taille des familles a toutefois diminué. Les femmes qui sont devenues mères entre 1970 et 1995 se sont particulièrement démarquées. Ce sont celles qui ont eu le moins d’enfants. « C’est la génération qui a connu le divorce, la pilule et la crise économique au moment d’entrer sur le marché du travail, indique Chantal Girard, démographe à l’Institut de la statistique du Québec. Ces femmes avaient environ 30 ans à la fin des années 1980. Ce n’était pas des années simples. » Résultat : elles ont été plus nombreuses à ne pas avoir d’enfant et celles qui sont devenues mères en ont eu moins.

Les femmes de la génération suivante ont été légèrement plus nombreuses à avoir trois enfants ou plus. « C’est probablement dû, entre autres, à l’amélioration de la situation économique », avance la démographe. Une meilleure conciliation famille-travail, avec l’arrivée des services de garde subventionnés, a peut-être aussi eu un effet. « À ma connaissance, il n’existe pas d’étude pour le prouver, mais on peut penser qu’il y a un lien », ajoute-t-elle.

 

Les familles autochtones
Les familles nombreuses sont plus fréquentes chez les Premières Nations et les Inuits. Au Québec, 26 % des familles autochtones comptent trois enfants ou plus comparé à 15 % des familles non autochtones. La région du Nord-du-Québec, composée en majorité d’autochtones, se démarque avec 34 % de familles nombreuses. « C’est vraiment une particularité culturelle », souligne la sociologue Laurence Charton. Pour les autochtones, la famille est en effet un réel choix de société. Les enfants autochtones sont d’ailleurs deux fois plus susceptibles de vivre avec au moins un de leurs grands-parents que les enfants non autochtones.

 

Photo : Maxim Morin

 

Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, avril 2018
Recherche et rédaction : Nathalie Côté
Révision scientifique : Claudine Parent, professeure à l’école de travail social et de criminologie de l’Université Laval

Partager