Les chicanes entre frères et soeurs

Les chicanes entre frères et soeurs
Bagarres, chicanes et autres tirages de chandails entre frères et soeurs sont inévitables… et très utiles. C’est en se chamaillant qu’ils apprennent à tester leurs forces et leurs limites

Bagarres, chicanes et autres tirages de chandails entre frères et soeurs sont inévitables… et très utiles. C’est en se chamaillant qu’ils apprennent à tester leurs forces et leurs limites. Toutefois, quand les disputes deviennent trop fréquentes, elles peuvent empoisonner la vie familiale. Que faire dans ce cas?

Une bonne façon d’éviter les débordements consiste à instaurer un « code de bonne conduite » valable pour tout le monde et à le faire respecter, croit le Dr Michel Maziade. « Les enfants doivent savoir qu’il y a une limite à ne pas franchir, qu’ils n’ont pas le droit de se donner des coups ou de s’insulter, faute de quoi il y aura une conséquence proportionnelle à leur âge et à la gravité de leur comportement. »

Leur imposer des règles claires est le meilleur moyen de les aimer et d’assurer leur éducation, soutient le pédopsychiatre. « Un peu de discipline n’entrave pas leur imagination ni leur liberté d’expression. Au contraire, l’expérience prouve que lorsque l’ordre et le calme reviennent dans la famille, chacun a plus de temps pour jouer et passer de bons moments. »

Évidemment, il est important que les parents ajustent leur attitude en fonction de l’âge et de la compréhension de chaque enfant. D’après Sylvie Bourcier, consultante en petite enfance, vous pouvez commencer à expliquer à votre tout-petit les conséquences de ses gestes à partir de 3 ans environ. Puis, vers 4 ans à 6 ans, il comprend que les autres peuvent réagir d’une façon différente de la sienne et qu’il doit s’y adapter.

 Dans une famille recomposée
Règle d’or : soyez patient. « Ce n’est pas parce que vous êtes tombés amoureux que vos enfants respectifs vont forcément s’aimer tout de suite. Il faut leur laisser le temps de s’apprivoiser et de s’adapter à cette recomposition familiale, ce qui peut prendre plusieurs années », indique Michèle Lambin.
Selon la travailleuse sociale, la solidité du couple et un bon climat familial sont d’autres facteurs de réussite. « Un moyen efficace de favoriser l’harmonie consiste à instaurer des rituels, en prenant les repas ou en allant se promener ensemble, par exemple. Tout en n’oubliant pas que les enfants auront aussi besoin de passer du temps seuls avec leur parent biologique. »
Plus encore que dans une famille classique, une bonne communication est primordiale. En effet, les enfants viennent de familles où les règles étaient peut-être différentes, ce qui risque d’occasionner des malentendus. « Il faut parler, parler et… encore parler afin de ne pas laisser les frustrations s’accumuler », insiste le Dr Maziade.
Autre point important : le rôle de chaque beau-parent auprès des enfants doit être bien défini, notamment en cas de conflit. Même s’il peut être tentant de prendre parti pour ses propres enfants lors d’une dispute entre demi-frère et demi-sœur, vous gagnerez à écouter chaque enfant pour trouver un juste compromis.

Quand intervenir?

Les spécialistes s’entendent pour dire qu’il est préférable de rester en retrait des disputes et de laisser les enfants gérer leurs conflits. À moins d’avoir vu ce qui s’est passé, mieux vaut donc ne pas prendre parti pour l’un ou pour l’autre. Les reproches et les punitions sont aussi à éviter lorsqu’il est impossible de savoir qui a commencé.

Au Québec, près de 26 % des familles avec enfants sont monoparentales, tandis que 12 % des familles sont recomposées.

Vous devez cependant intervenir dès qu’il y a menace pour la sécurité d’un des enfants, c’est-à-dire en cas de gestes dangereux ou de paroles méchantes. Il faut leur dire que cette attitude est inacceptable et les séparer. À partir de 2 ans ou 3 ans, vous pouvez les envoyer se calmer chacun dans leur chambre, conseille Nadia Gagnier. Une fois le calme revenu, vous devrez jouer les médiateurs, discuter avec eux et les écouter pour tenter de trouver un arrangement. S’ils se sont disputés pour un jeu, par exemple, pourquoi ne pas les aider à réaliser qu’ils peuvent y jouer à tour de rôle ou ensemble?

« On a plutôt tendance à les laisser régler leurs différends entre eux, sauf si ça risque de dégénérer. Mais dans certains cas, par exemple si on doit lire une histoire et qu’ils ne veulent pas la même, je leur dis : “ Mettez-vous d’accord ou il n’y aura pas d’histoire.” En général, ils décident de choisir à tour de rôle. »

Clémence Lamarche, mère d’Henri, 5 ans, et de Joséphine, 3 ans

Attention de ne pas décider à leur place et de ne pas leur imposer votre solution, met en garde la psychologue : « Pour devenir autonomes, vos enfants ont certes besoin d’un guide, mais ils doivent également apprendre à penser par eux-mêmes. » Rappelez-vous aussi qu’ils vous observent et que votre manière de gérer vos désaccords avec votre conjoint ou d’autres proches leur sert de modèle!

Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, mars 2014
Recherche et rédaction : Rémi Maillard
Révision scientifique : Solène Bourque, psychoéducatrice

Crédit photo : Maxim Morin