Intervenir adéquatement

Intervenir adéquatement
Chez certains enfants, l’agressivité ne se manifeste pas physiquement, mais plutôt par des mots. Votre enfant pourrait dire, par exemple : « Tu n’es pas gentille! Je ne t’aime plus! » Or, même si ce ne sont pas des coups, il est essentiel que votre enfant comprenne que ces mots sont blessants. Vous pouvez l’aider à comprendre le sentiment qui se cache sous ces mots

1. Lorsque l’agressivité est due à un manque de contrôle (agressivité réactive), vous pouvez :

  • préciser davantage vos consignes et vos demandes auprès de votre enfant. Ex. : « Je te demande d’aller ranger ton jouet dans le bac maintenant », ou encore : « C’est l’heure du dodo, tu peux choisir un toutou et un livre avant d’aller au lit. »
  • lui donner des indices pour qu’il se situe mieux dans le temps. Vous pouvez utiliser des repères visuels ou auditifs pour l’aider : images, horloge ou minuterie. Ex. : « Il te reste 5 minutes de jeu, puis on ira prendre le bain », ou encore : « Je m’occupe de ta soeur en ce moment, mais dès qu’elle fera sa sieste, nous jouerons ensemble. »
  • dire à votre enfant non seulement ce qui est interdit, mais aussi ce qui est permis, de façon à limiter ses sources de frustrations. Ex. : « Non, tu ne peux pas jouer dans l’armoire sous le lavabo, c’est dangereux, mais tu peux jouer avec les plats de plastique de cette armoire. »
  • offrir un coin de « défoulement » à votre enfant, un endroit où il peut sauter, courir, lancer des balles éponges quand son besoin de bouger est trop grand.

2. Lorsque l’agressivité est liée à un manque de moyens d’expression (agressivité proactive), vous pouvez :

  • nommer ou refléter l’émotion que vous percevez chez votre enfant. « Je te sens en colère. Tu es fâché de ne pas avoir pu t’habiller seul, n’est-ce pas? »
  • guider votre enfant afin qu’il trouve des moyens acceptables d’exprimer ce qu’il veut. « Comment pourrais-tu le demander la prochaine fois? Veux-tu que je t’aide à trouver les mots? »

3. Pour l’aider à comprendre l’impact de son agressivité, vous pouvez :

  • partir des expériences vécues par votre enfant pour lui faire prendre conscience des conséquences de ses actes. Par exemple, au lieu de lui dire : « Il ne faut pas lancer de sable », ou : « Ne pousse pas tes amis », il est préférable d’expliquer : « Tu te souviens quand ton ami t’a poussé? Tu es tombé et ça t’a fait mal. Eh bien, quand tu pousses un autre enfant, c’est pareil pour lui : il a mal! » Il comprendra ce genre d’argument.
  • lui apprendre à respecter ses propres objets, afin qu’il se mette à respecter ceux des autres. Oui, c’est bien que votre fille range son manteau dans son armoire. Non, elle ne peut pas arracher la tête de sa poupée. En apprenant à votre enfant la valeur des objets, vous lui faites comprendre qu’il faut prendre soin de son environnement.
  • comparer les objets des autres avec son objet favori. C’est une manière simple d’aider votre tout-petit à respecter les possessions des autres et à comprendre pourquoi certains objets méritent un traitement spécial. Vous pouvez lui dire : « De la même façon que tu ne veux pas qu’on joue avec ton toutou, grand-maman ne veut pas que tu sautes sur sa vieille chaise berçante. »
  • encourager votre enfant à mettre des mots sur ses émotions. Cela peut se faire très tôt, par exemple, en utilisant des dessins (d’un bonhomme fâché, content ou triste...). Vous pouvez aussi lui dire : « Dis-moi pourquoi tu es fâché… Tu as le droit d’être en colère, mais tu n’as pas le droit de me mordre ni de lancer tes jouets. » N’hésitez pas à le féliciter chaque fois qu’il utilise des mots pour exprimer ses émotions au lieu d’avoir des gestes agressifs. Vous êtes la personne la plus importante pour votre enfant. Vos compliments sont le plus beau des cadeaux pour lui!

4. Lorsque vous donnez une conséquence

  • Inciter votre enfant à poser des gestes de réparation. Cette technique aidera votre enfant à être davantage conscient de l’impact de son agressivité et l’incitera à « réparer » ses comportements négatifs. Il pourrait, par exemple, peu importe son âge : s’excuser, faire un câlin ou un bisou à l’enfant ou à l’adulte qu’il a blessé, réparer un jouet brisé lors d’une crise, ramasser un dégât causé par son geste agressif (ex. : remettre la terre dans un pot de fleurs renversé, essuyer le lait d’un verre lancé). Ce type d’intervention est généralement efficace pour les enfants qui font des crises incontrôlables lorsqu’ils sont en retrait ou en isolement. Pendant qu’ils sont actifs, leur énergie est canalisée à réparer leur geste.
  • Rassurer votre enfant. Si votre enfant est en crise et qu’il risque de se blesser ou de blesser quelqu’un d’autre, vous pouvez poser vos mains sur ses épaules ou ses bras pour l’aider à contenir sa colère et à se calmer. Lui dire des mots rassurants : « Je comprends, tu es fâché. On va laisser ta colère diminuer un peu et tu te sentiras mieux, d’accord? » Vous pouvez aussi utiliser des images concrètes, comme celle d’un gros nuage gris d’orage qui laisse place à un nuage blanc quand le soleil revient. Cela peut l’aider à comprendre ce qui se passe à l’intérieur de lui.
  • Être à l’écoute de ses besoins affectifs. Un tout-petit exprime souvent ses insatisfactions et son besoin d’affection par de l’agressivité. Si vous lui accordez des moments de jeux où il peut choisir les activités qu’il aime et où il reçoit de l’attention positive, vous verrez que ses comportements agressifs diminueront. Ces instants privilégiés combleront son besoin d’attention.
  • Le retrait peut être un moyen d’intervention efficace. Vous pouvez l’utiliser lorsque vous avez déjà donné deux avertissements en peu de temps ou lorsque votre enfant a posé un geste que vous jugez inacceptable d’emblée (frapper sa soeur, par exemple). L’enfant doit alors rester tranquille pendant un certain temps à un endroit que vous aurez déterminé (ex. : assis sur une chaise ou sur la première marche de l’escalier). Il existe une règle d’or : 1 minute de retrait pour chaque année d’âge. Ainsi, un enfant de 2 ans sera en retrait 2 minutes, un enfant de 3 ans sera en retrait durant 3 minutes, etc. Toutefois, le retrait ne devrait pas être utilisé avant 2 ans. Pendant la période de retrait, éviter de lui adresser la parole ou de le regarder. S’il ne reste pas à sa place, le ramener à l’endroit choisi et recommencer tant qu’il ne respectera pas la période d’immobilité prévue. Vous aurez avantage à attendre qu’il soit calme pour lui expliquer de nouveau la règle et la raison du retrait.
  • Pour les enfants de 4 ans ou 5 ans, vous pouvez également utiliser la méthode appelée « période de réflexion ». Elle consiste à l’éloigner des autres et à l’empêcher d’avoir des interactions sociales pendant une période donnée. Vous pouvez, par exemple, demander à votre enfant de s’asseoir dans une pièce où il sera seul. À la fin de sa période de réflexion, il est conseillé de réexpliquer brièvement à votre enfant pourquoi vous l’avez isolé pour vérifier ce qu’il comprend de la situation. Par contre, si votre enfant réagit très mal à cette technique (ex. : il se met à lancer les objets autour de lui, se tape la tête contre les murs…), mieux vaut utiliser d’autres stratégies, comme l’inciter à poser des gestes de réparation (voir le point suivant).
Les mots qui font mal
Chez certains enfants, l’agressivité ne se manifeste pas physiquement, mais plutôt par des mots. Votre enfant pourrait dire, par exemple : « Tu n’es pas gentille! Je ne t’aime plus! » Or, même si ce ne sont pas des coups, il est essentiel que votre enfant comprenne que ces mots sont blessants. Vous pouvez l’aider à comprendre le sentiment qui se cache sous ces mots et à trouver les mots justes pour exprimer sa colère. Vous pourriez dire, par exemple : « Tu es fâché (ou triste, ou déçu), car tu aurais voulu jouer avec ton ami plus longtemps. Je comprends, tu peux me le dire. » Éviter de répondre à votre enfant de façon agressive (ex. : « Moi non plus, je ne t’aime plus »), cela pourrait en effet le rendre anxieux et l’inquiéter de la fragilité de l’amour que vous lui portez.

5. Ignorer pour désamorcer la colère

« J’ai essayé plusieurs interventions avec ma fille Nahla, explique Sophie. Le retrait ne fonctionne pas vraiment, car elle finit par trouver cela divertissant : elle se raconte des histoires ou chante. Lorsqu’on lui donne une conséquence, cela n’a pas l’air de l’affecter. C’est l’ignorance qui semble être l’intervention la plus efficace lors des grosses crises où elle brise des objets ou vide un verre d’eau dans son lit, par exemple. Lorsqu’on lui accorde peu d’attention, on dirait qu’elle se rend compte d’elle-même que ce qu’elle fait est inacceptable et tend alors à s’excuser sans demande de notre part », ajoute la maman.
 
Ce type d’intervention qu’on appelle « ignorance intentionnelle » peut être intéressant à explorer si votre enfant fait une crise sans que des gestes d’agressivité soient dirigés vers d’autres personnes ou vers lui-même. En ne lui accordant pas d’attention durant une courte période de crise, vous pourriez réussir à désamorcer sa colère. Si votre enfant se calme par lui-même, vous gagnerez à valoriser son effort. Il comprendra qu’il obtient de l’attention quand il pose des gestes positifs et non en période de crise. Si la crise s’accentue lorsque vous l’ignorez et qu’il devient agressif physiquement, il est recommandé d’appliquer une conséquence selon le besoin que vous observez chez votre enfant : a-t-il besoin d’être arrêté dans son geste? Sécurisé? A-t-il besoin de soutien pour exprimer ses émotions? D’être encadré et guidé pour trouver des comportements plus acceptables?

 

Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, novembre 2012
Recherche et rédaction : Solène Bourque
Mise à jour : Mai 2017

 

Crédit photo : Marie-Ève Poirier

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