Unique en son genre

Unique en son genre
Dès sa naissance, votre enfant réagit aux situations et exprime ses besoins à sa manière. Déjà, son tempérament se manifeste!

Dès sa naissance, votre enfant réagit aux situations et exprime ses besoins à sa manière. Déjà, son tempérament se manifeste!

Le tempérament détermine la façon dont votre enfant réagit, s’adapte aux situations, exprime et contrôle ses émotions de même que la manière avec laquelle il entre en relation avec les autres. En bref, la façon dont votre bébé se comporte dépend en grande partie du tempérament dont il a hérité.

Mais même s’il est présent dès la naissance et qu’il a une base génétique, le tempérament de chaque enfant est unique. Les frères Eliot, 5 ans, et Zack, 3 ans en sont un bon exemple. L’aîné a été un bébé calme, qui pleurait et souriait peu. « C’était un peu plus difficile d’entrer en relation avec lui, se souvient Émilie, sa maman. Il était sérieux avant l’âge. » Zack était plus expressif. Il gazouillait beaucoup et un rien le faisait sourire. Aujourd’hui, c’est un garçon aventureux, excité par la nouveauté et qui reste difficilement en place. Eliot, lui, est toujours aussi sérieux. Affectueux, serviable et un peu timide, il a aussi une grande capacité d’attention.

Les caractéristiques du tempérament

Les mots utilisés par les chercheurs pour expliquer le tempérament ne sont pas tous les mêmes, mais de manière générale, il y a deux principales composantes qui marquent le tempérament d’un enfant :

  1. Sa réactivité. Par exemple les réactions d’un enfant devant la nouveauté (aliments, lieux, personnes, activités, objets, etc.) sont un aspect de son tempérament. Est-il content, hésitant ou grognon? La capacité d’adaptation aux changements est aussi à considérer. Certains bébés s’ajustent vite, d’autres plus lentement. Le tempérament se manifeste aussi par l’humeur. Certains enfants sont souriants et souvent enjoués. D’autres expriment plus d’émotions négatives, comme les pleurs, l’irritabilité et la colère.
  2. Sa capacité à contrôler ses élans. C’est la capacité qu’a un enfant de s’autoréguler, c’est à- dire par exemple de résister à la tentation de toucher un objet défendu, de faire quelque chose qu’il n’a pas vraiment envie de faire ou encore de rester tranquille dans un lieu public. Cette dimension fait aussi référence à sa capacité de concentration et d’attention. Quand un enfant fait une activité qui demande de la concentration, est-il facilement distrait par le bruit ou par ce qui se passe autour de lui? Peut-il rester longtemps attentif sur quelque chose? Respecte-t-il facilement les règles? Sa capacité à se contrôler va se développer tout au long de la petite enfance.

Peut-il changer?

Le petit Loïc, 10 mois, est généralement de bonne humeur et il se montre content devant la nouveauté. « Quand nous l’amenons dans de nouveaux endroits, il sourit et gigote pour que nous le laissions explorer », raconte Jean- Sébastien, son papa. Malgré son jeune âge, le petit garçon commence même à contrôler certains de ses élans. Par exemple, ses parents le laissent manipuler leur téléphone mobile, mais ils n’acceptent pas qu’il le mette dans sa bouche. « Depuis quelque temps, il l’approche de sa bouche, puis il me regarde comme pour attendre ma réaction », raconte Rachel, sa maman.

Le tempérament de Loïc et la façon dont ses parents s’occupent de lui ont une influence l’un sur l’autre. Les recherches ont démontré, par exemple, que les parents auront plus de facilité à être chaleureux avec les enfants qui ont tendance à être de bonne humeur ou avec ceux qui respectent les règles. Cette réaction se comprend puisqu’avec « un enfant au tempérament facile, le parent se voit en quelque sorte récompensé pour les soins qu’il lui donne », explique Catherine Ruth Solomon Scherzer, professeure au Département de psychologie de l’Université de Montréal.

À l’inverse, les enfants qui ont un tempérament plus difficile (qui pleurent beaucoup ou qui font souvent des crises de colère) peuvent décourager les parents ou les rendre plus impatients. Encore là, cette réaction est normale, car ces enfants sont plus exigeants pour les parents.

Même si les réactions et les comportements d’un enfant sont difficiles, il faut savoir que son tempérament n’est pas coulé dans le béton et qu’il ne détermine pas son avenir. En ayant une attitude positive, le parent peut aider son tout-petit à améliorer son tempérament, explique Andrée-Anne Bouvette-Turcot, doctorante en psychologie à l’Université de Montréal. « Le tempérament évolue en fonction des expériences, dit-elle. Un enfant au tempérament très réactif peut en effet apprendre à adoucir ses émotions fortes si son milieu de vie est stimulant et rassurant et s’il a un bon lien avec ses parents. »

Savoir s’ajuster à son enfant

Même s’il ne disparaît pas totalement, un trait plus difficile peut diminuer. Par exemple, un enfant impulsif peut apprendre à mieux contrôler ses élans. Comme parent, vous pouvez aider votre tout-petit à améliorer son tempérament. « Par exemple, il peut être tentant d’ignorer les pleurs d’un bébé qui pleure beaucoup et qui est difficile à consoler, mais ce genre de bébé a plutôt besoin d’une réponse rapide et chaleureuse pour être rassuré », dit Ginette Dionne, professeure titulaire à l’École de psychologie de l’Université Laval. Quand les parents répondent à ce besoin en le berçant, en lui frottant le dos ou encore en le collant contre eux, ils lui apprennent qu’il peut leur faire confiance en plus de favoriser l’attachement. À l’inverse, s’ils l’ignorent, le bébé risque de devenir de plus en plus irritable et impatient.

C’est possible d’adoucir le tempérament colérique et craintif d’un bébé en étant calme, chaleureux et rassurant.

C’est la même chose avec un enfant qui fait souvent des colères. « Si vous vous fâchez à votre tour, vous risquez d’encourager ce comportement difficile », affirme Catherine Ruth Solomon Scherzer. Mieux vaut plutôt essayer de garder votre calme et de parler avec lui une fois la crise passée pour l’aider à mettre des mots sur ce qu’il ressent.

Adapter vos interventions au tempérament de votre enfant peut aussi l’aider à bien se développer pour vivre en société. C’est ce que les parents d’Eliot, 5 ans, ont observé lorsque celui-ci s’est mis à avoir peur de la nouveauté. Plutôt que de le surprotéger, ils ont essayé de lui donner davantage confiance en le rassurant et en l’encourageant à aller de l’avant. « Avant qu’il commence ses cours de patin, nous l’avons préparé en lui expliquant comment ça se passerait », dit Cédric, son papa. Sa maman, Émilie, ajoute : « Au restaurant ou avec une personne qu’il connaît moins, nous l’encourageons aussi à faire ses demandes lui-même. Cet été, nous l’avons envoyé acheter un pain tout seul au dépanneur du camping. Il était très fier. D’ailleurs, il a pris de l’assurance au cours des derniers mois. »

GROSSESSE ET TEMPÉRAMENT
Bien des caractéristiques de l’enfant se dessinent dans le ventre de la mère. C’est vrai autant pour les traits physiques que pour les traits psychologiques du bébé. Des chercheurs de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas ont démontré que la santé mentale de la future mère peut changer le fonctionnement des gènes de l’enfant à naître. L’humeur de la femme enceinte agit en effet sur les régions du cerveau du bébé qui sont liées au contrôle du stress et des émotions. Ainsi, quand une femme enceinte est dépressive ou très anxieuse, le bébé qu’elle porte a plus de risques de souffrir d’anxiété, de stress et même d’un déficit de l’attention après la naissance. Bonne nouvelle : tout cela peut changer. Si la maman va mieux, que l’enfant reçoit de bons soins et qu’il grandit dans une famille aimante, sa santé mentale risque moins d’être touchée.

Aussi, si votre enfant a un tempérament très actif, vous gagnerez à lui offrir de nombreuses occasions de bouger, particulièrement avant des sorties ou des activités où il devra rester tranquille. Cela pourrait l’aider à être capable de rester plus calme au moment voulu.

Naitre et grandir.com


Source :
magazine Naître et grandir, novembre 2015
Recherche et rédaction : Nathalie Vallerand
Révision scientifique : Jean-Pascal Lemelin, professeur au département de psychoéducation de l’Université de Sherbrooke et Dr Bruno Maranda, médecin généticien au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke

Crédit photo : Martine Lavoie

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