S'amuser sans écran

S'amuser sans écran
Comme bien des parents, Claudia Lachaine et Mathieu Marinier laissent souvent leur petit garçon regarder la télé ou jouer à des jeux sur tablette ou téléphone cellulaire.

Comme bien des parents, Claudia Lachaine et Mathieu Marinier laissent souvent leur petit garçon regarder la télé ou jouer à des jeux sur tablette ou téléphone cellulaire. C’est pratique pour l’amuser quand papa et maman sont occupés! Mais serait-il capable de s’en passer?

Édouard n’a que 2½ ans, mais il est déjà très à l’aise avec les technologies. Il trouve facilement ses jeux sur la tablette électronique et les téléphones intelligents de ses parents. Il aime aussi regarder ses dessins animés sur l’une des deux télés de la maison. La facilité avec laquelle il utilise les écrans impressionne, mais elle n’a rien d’exceptionnel. Selon des études américaines, plus de 90 % des enfants commencent à regarder la télévision avant l’âge de 2 ans. Un enfant sur trois apprend même à utiliser un téléphone intelligent ou une tablette électronique avant de pouvoir parler. Et environ 70 % des 3 ans à 5 ans savent utiliser une souris.
Proposer à votre enfant des activités de remplacement aux écrans, comme jouer aux blocs, lire une histoire ou aller au parc lui permet d’explorer le monde réel et de passer plus de temps avec vous.

« Édouard demande souvent à jouer avec mon cellulaire ou à écouter la télévision en se levant le matin, avant sa sieste et avant de se coucher, dit Claudia, sa maman. Je me suis rendu compte que nous avions peut-être trop facilement recours aux technologies pour l’occuper. C’est pourquoi j’ai voulu couper les écrans pendant une semaine afin qu’il s’amuse autrement. » Mathieu, son conjoint, était plus hésitant, mais il a finalement dit oui au défi.

Surprise : la semaine a filé et Édouard a réussi à se passer des écrans sans protester. Pas de crise à rapporter à ce sujet. Lorsqu’il s’ennuyait et demandait la tablette ou la télévision, ses parents lui proposaient simplement une autre activité pour détourner son attention. Par exemple, ils l’invitaient à dessiner, à faire des casse-têtes ou à s’amuser avec ses petites voitures. Une bonne habitude à prendre, car les tout-petits se développent en explorant leur environnement et ils apprennent mieux lorsqu’ils sont en interaction avec une personne. C’est d’ailleurs pourquoi les spécialistes de la petite enfance sont nombreux à déconseiller toute exposition à un écran avant l’âge de 2 ans. Pour les enfants de plus de 2 ans, le temps passé devant les écrans ne devrait pas dépasser 1 heure par jour, 2 heures après 4 ans.

Les risques de la surexposition

Entre les repas, les siestes, le bain, les journées des tout-petits passent vite! Alors, lorsqu’un enfant passe trop d’heures devant un écran, il n’a plus assez de temps à consacrer aux activités nécessaires à son développement (ex : jouer dehors, regarder un livre, faire du dessin, s’amuser avec des blocs, etc.). Il est prouvé que plus les enfants passent de temps devant les écrans, plus ils sont à risque d’avoir un retard de langage, de souffrir d’obésité, de connaître des difficultés de concentration et d’attention et d’être intimidés plus tard à l’école

Les écrans peuvent aussi nuire au sommeil à cause de leur effet stimulant. « Par exemple, quand la luminosité de votre tablette est au maximum, cela produit le même effet que si votre enfant buvait un café très fort », indique Linda Pagani, professeure à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal. Il est donc suggéré de réduire à 50 % la luminosité de votre tablette et de ne pas laisser votre enfant utiliser un écran avant le dodo.

Comment trouver les bons jeux?
Trouver des applications et des jeux pour amuser votre enfant, c’est facile! Mais comment savoir s’ils sont adaptés à son âge? « Le mieux, c’est d’essayer les jeux avant de laisser votre enfant les utiliser », conseille Thierry Plante, spécialiste en éducation aux médias chez Habilomédias. Vous pouvez aussi consulter le site canadien ÉduLulu qui évalue différentes applications éducatives. Le guide de l’Entertainment Software Rating Board fournit également un classement des jeux vidéo et de plusieurs applications, selon l’âge, de même que de l’information sur leur contenu. L’association américaine Zero to three suggère de choisir des jeux qui demandent la participation de votre enfant et qui présentent des personnages pouvant servir de bons modèles.

Des avantages malgré tout?

Est-ce que tous les écrans sont égaux ou certains sont plus bénéfiques que d’autres? De plus en plus de chercheurs estiment que les activités interactives disponibles sur les tablettes et les téléphones intelligents présentent des avantages sur la télévision, jugée plus passive. Cela peut être utile, par exemple, pour initier les enfants de plus de 2 ans aux nombres et les préparer à la lecture. Les jeux vidéo non violents stimuleraient aussi l’attention, la motivation et la résolution de problèmes, selon une étude australienne menée auprès de 10 000 enfants âgés de 2 ans à 5 ans.

Pour plusieurs parents, les écrans ont aussi l’avantage de divertir leur enfant pendant qu’ils sont occupés à autre chose. C’est le cas de Claudia qui se tournait souvent vers la télé ou les jeux sur tablette pour occuper Édouard pendant qu’elle allaitait sa petite Florence, âgée de 4 mois. Or, selon les experts, les écrans présentent des avantages éducatifs lorsque les tout-petits sont en compagnie d’un adulte. Vous gagneriez donc à être avec votre enfant lorsqu’il joue avec une tablette ou qu’il regarde la télévision. Il apprendra davantage d’une émission sur les animaux si vous êtes à ses côtés, lui en parlez après et lui posez des questions sur ce qu’il vient de voir.

Débat sur la tablette et les enfants

Même si les tablettes sont très populaires auprès des enfants, l’impact de leur utilisation n’a pas encore été beaucoup étudié. Il faut dire que le fameux iPad a vu le jour seulement en 2010! Pour plusieurs directions de santé publique et associations de pédiatres, les tablettes ont les mêmes effets négatifs que la télévision. Ils recommandent donc d’en limiter l’utilisation et même de l’éviter avant 2 ans.

L’Académie française des sciences et l’association américaine Zero to three ont un avis différent. Elles estiment que la tablette, plus interactive que la télévision, peut être considérée comme un objet d’exploration et d’apprentissage même pour les enfants de moins de 2 ans, à condition que le parent soit aux côtés de l’enfant quand il s’en sert. Francine Lussier, neuropsychologue, abonde dans le même sens. Pour elle, c’est un jeu parmi d’autres. Mais il faut utiliser la tablette avec modération. Elle ne peut remplacer les jouets traditionnels ni les interactions avec les adultes!

Le bilan de la semaine

La semaine sans écran a permis à Claudia de trouver d’autres façons de divertir son garçon quand elle est occupée. « Je l’assoyais à mes côtés quand j’allaitais pour lui raconter une histoire ou je m’installais par terre pour jouer aux blocs en même temps, explique-t-elle. Édouard a aussi commencé à participer aux tâches ménagères. Par exemple, il rangeait ses jouets avec nous au lieu de rester assis devant un écran. » « Pour l’enfant, ce n’est pas une corvée. C’est comme un jeu et une occasion d’être avec vous », indique André H. Caron, directeur du Groupe de recherche sur les jeunes et les médias. Demander à votre enfant de l’aide ou lui proposer une activité qu’il peut faire seul représente donc une bonne solution pour remplacer les écrans quand vient le temps de l’occuper.

Cette semaine sans écran a aussi rapproché la famille. « Lorsque nous écoutons un film ensemble, c’est agréable, mais on se parle moins que lorsque la télévision est fermée », constatent les parents. Ils ont aussi découvert qu’Édouard, champion des casse-têtes sur le téléphone intelligent, n’avait pas autant de facilité à les compléter dans la réalité. « Il s’est beaucoup amélioré à faire de vrais casse-têtes durant cette semaine », rapporte sa maman.

« Ça nous a permis de jouer plus avec les enfants, ajoute Mathieu. Comme couple, nous avions aussi plus de temps pour parler. J’ai trouvé ça agréable. On ne coupera pas les écrans tout le temps, mais c’est certain qu’on va le faire plus souvent! » Les parents envisagent de les fermer complètement au moins une à deux journées par semaine.

 

Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, avril 2015
Recherche et rédaction : Nathalie Côté
Révision scientifique : Jacques Brodeur, directeur d’Édupax

Crédit photo : Maxim Morin 

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