Irlenis Melendez et Yaneth Gomez Garcia, Colombiennes

Irlenis Melendez et Yaneth Gomez Garcia, Colombiennes
Derrière leur accent chantant d’Amérique du Sud du sud et leur sourire se cachent des histoires dont elles ne parlent pas souvent…

Irlenis et Yanet travaillent toutes les deux dans une maison de la famille; Irlenis avec les tout-petits de la Maison de Magog et Yaneth à la Maison de la famille de Beloeil. Derrière leur accent chantant d’Amérique du Sud et leur sourire se cachent des histoires dont elles ne parlent pas souvent…

Personne, dans la famille d’Irlenis, n’avait quitté le pays avant elle. Être fille aînée, en Colombie, c’est un rôle important et elle se souvient de sa mère et de ses six frères et sœurs qui l’embrassaient et pleuraient en même temps, au moment de son départ vers cette incroyable aventure. Trois ans plus tôt, elle avait rencontré Christian, un ingénieur québécois en poste en Colombie. Les amoureux se sont mariés là-bas l’année suivante et se sont installés ensemble. Après deux années de réflexion, ils décidaient de venir vivre au Québec.

Le jour du grand départ, elle tient bien serrée la main de son petit Jesus de 6 ans, en songeant qu’elle l’emmène dans un pays qu’ils ne connaissent ni l’un ni l’autre, où le thermomètre descend à -20 °C l’hiver et dont ils ne parlent pas la langue. Malgré l’amour de son mari québécois, c’est en tremblant qu’elle arrive à Sherbrooke en 2000.

« Je suis arrivée au milieu de l’été, mais je refusais de quitter mes vêtements d’hiver! J’avais tellement froid! J’arrivais d’un pays où il fait 35 °C à 40 °C… Tout le monde me regardait bizarrement. À mon premier hiver, je chauffais la maison à 30 °C! » Bien sûr, elle finit par s’habituer et raconte en riant qu’elle sort maintenant chercher le courrier en pantoufles en plein hiver. Et c’est sa mère maintenant qui hurle de surprise quand elle le lui raconte!

Alors que son fils apprend le français très rapidement avec ses amis d’école, Irlenis met beaucoup plus de temps à y arriver, passant de longues journées seule à la maison. Pour elle, ses 6 premiers mois au Québec sont synonymes d’un douloureux isolement. Alors que fait-elle? Elle parle avec sa mère au téléphone, comme nous toutes!

Pour Yaneth aussi la langue a été un enjeu important. « On ne peut pas travailler tant qu’on ne maîtrise pas le français, évidemment. » Et même si cet enracinement au Québec était un projet de vie pour elle et son mari, le choc n’est pas moins violent.

En arrivant ici en 2008 avec la petite Sofia de 2 ans, Yaneth sait qu’elle renonce à sa vie de directrice des communications pour une grosse compagnie et à tout ce qu’elle connaît, pour réaliser son rêve : élever sa famille dans un pays de liberté, de paix et d’abondance. Yaneth repart donc à zéro, retrousse ses manches et surveille de près les progrès scolaires de sa fille. Elle laisse même la petite de 6 ans lui corriger ses fautes de français!

Au moment de la naissance de sa deuxième fille, Mariana, en 2009, Yaneth a cependant le vertige devant l’ampleur de la tâche et a peur de ne pas y arriver. C’est auprès de sa mère, venue l’aider après l’accouchement, qu’elle puisera confiance et réconfort. Au fil du temps, Yaneth a fait des choix : préserver sa foi chrétienne, sa langue et le sens de la fête : « J’aime que les fêtes d’enfants ne soient pas une course aux cadeaux, mais plutôt un moment de partage, de jeux, d’activités! »

Irlenis, de son côté, a donné naissance à trois autres garçons, ici : Christian Jr, 11 ans, Bryan, 9 ans, et William, 2 ans et demi. Ce n’est pas toujours simple d’élever quatre garçons entre deux cultures. Elle préserve aussi sa vision du rôle, qu’à son sens, les adultes devraient jouer auprès de tous les enfants. Un jour, elle assiste à une bagarre entre deux garçons qui ne sont pas les siens et s’en mêle en les disputant. À sa grande surprise, elle se fait dire de se mêler de ses affaires. « Mais ce sont mes affaires! C’est aux adultes de protéger les enfants! » Pour son fils Christian Jr, qui a 5 ans à l’époque, cela semble moins évident. Pris entre deux cultures, il lui répète souvent qu’ici « ce n’est pas comme en Colombie »… Une phrase que les parents immigrants connaissent!

Irlenis et Yaneth ont toutes deux un réseau de copines où se mêlent les Latino-Américaines et les Québécoises. « J’ai souvent été surprise à propos de la vie ici, raconte Irlenis. Et j’ai aimé qu’on m’explique simplement comment ça marche. » Mais parfois, elle choisit de garder sa façon de faire colombienne. Ainsi, le respect envers les adultes est une chose sur laquelle elle refuse de céder. Même si elle sait que les mères québécoises sont moins sévères qu’elle. « Si l’enseignant a tort, on le respecte et on fait quand même ce qu’il dit. Point. Même chose pour les parents et les grands-parents. »

Pour les deux femmes, la famille est le plus important. Et la famille la plus large possible! On se tient les coudes, on s’entraide, on compte les uns sur les autres. Elles sont encore surprises de voir qu’ici les enfants donnent leur avis sur tout et quittent la maison très tôt après leur majorité. En Colombie, les parents guident et s’occupent de leurs enfants avec beaucoup plus d’autorité. Et les relations homme-femme? « Ici, remarque Irlenis, les rôles sont différents et les femmes n’ont pas à tout faire pour leur mari, comme chez nous. Ça, c’est une très bonne chose et je me suis bien habituée! »

Naitre et grandir.com


Source :
magazine Naître et grandir, mai 2013
Recherche et rédaction : France Paradis

Crédit photo : Anita Huber