Marie-Michèle Randrianasolo, Malgache

Marie-Michèle Randrianasolo,  Malgache
Malgré des études supérieures et un travail très bien payé offrant de nombreux avantages, elle entreprend des démarches pour obtenir la résidence permanente.

Madagascar est une île au sud-est de l’Afrique, où se croisent depuis des millénaires les cultures africaines et asiatiques. Ce mariage des cultures se voit dans les traits du visage de Marie-Michèle. Et dans ses yeux, beaucoup de force et de volonté. Elle est adolescente quand elle décide qu’elle quittera son île de Madagascar un jour. Elle rêve de l’Amérique!

Malgré des études supérieures et un travail très bien payé offrant de nombreux avantages, elle entreprend en 1999 des démarches pour obtenir la résidence permanente canadienne, tout en tassant les inquiétudes de sa famille et leurs doutes devant son projet. Personne dans sa famille n’a jamais quitté le pays. Personne ne connaît le Canada et encore moins le Québec! Pourtant, cette jeune femme déterminée et courageuse quitte finalement la maison de sa mère trois ans plus tard, pour traverser deux continents et atterrir… à Drummondville! Nous sommes en septembre 2002, elle a 28 ans, ne connaît personne ici, mais tient dans sa main le numéro de téléphone du copain d’un copain.

« J’étais prête à tout pour refaire ma vie ici. Peu importait le travail à accomplir, j’étais prête! » Et pour la jeune femme, à qui toute sa famille a prédit le pire, il n’y a pas de place pour l’erreur. Marie-Michèle se trouve tout de suite un travail de commis aux comptes payables. Elle se souvient avec amusement que son français de France lui permettait d’être comprise de tous, mais qu’elle avait beaucoup plus de difficulté à comprendre les agriculteurs de la région avec lesquels elle devait discuter. Elle fait avec la langue ce qu’elle a fait avec tout le reste : elle travaille d’arrache-pied. Tout en travaillant, elle s’inscrit à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM où elle obtient un MBA pour cadre en services financiers. Elle travaille aujourd’hui comme courtier en ligne.

Arrivée ici en célibataire, Marie-Michèle participe à toutes les fêtes qu’organise la communauté malgache de Montréal. C’est là qu’elle rencontrera son mari, Éric, Malgache lui aussi. Après bien des kilomètres en voiture pour se voir (l’un est à Montréal et l’autre à Drummondville), ils emménagent ensemble à Drummondville, avec un bébé déjà en route. Leona Jade vient au monde le 22 janvier 2010. Marie-Michèle a 36 ans. C’est rare, dans sa culture, reconnaît-elle, d’avoir son premier enfant aussi tard.

« J’avais décidé d’avoir des enfants quand je me sentirais prête, solide, capable. » Pour Marie-Michèle, qui a vécu la séparation de ses parents et la pauvreté qui a suivi, on ne fait pas d’enfants à la légère. Mais un seul enfant, ce n’est pas suffisant. Et la petite Iris naît deux ans plus tard avec le même regard déterminé que celui de sa mère.

Marie-Michèle mène une vie de Nord-Américaine, mais ses enfants reçoivent une bonne partie de ses valeurs malgaches. Ainsi, on n’écoute pas souvent la télé chez eux et les études sont très importantes. Pas de surconsommation. On respecte les adultes et on remercie pour ce qu’on a. Mais le plus important pour elle ressemble beaucoup au plus important pour n’importe quelle Québécoise : être à la hauteur du rôle de mère. Donner à ses filles tout ce dont elles ont besoin pour être fortes et droites. Être là pour elles!

Quand elle ne sait plus quoi faire avec le bébé, elle n’hésite pas à demander à ses amies. Elle remarque d’ailleurs que les Québécoises donnent beaucoup de détails. Mais quand elle est vraiment perdue ou que les informations qu’on lui donne sont contradictoires, elle fait ce que nous faisons toutes… « Je demande à ma grande sœur, Fanja! Elle a deux enfants plus grands que les miens et j’ai confiance en elle. »

Même si sa famille lui manque terriblement parfois, Marie-Michèle n’a jamais regretté d’avoir immigré au Québec pour y fonder une famille. « Être mère, c’est partout pareil : on s’inquiète de la même façon, on pleure de fatigue, on se fâche, on se réveille la nuit pour faire boire le bébé. À Madagascar, ici ou en Chine, on veut toutes le meilleur pour nos enfants. »

Naitre et grandir.com


Source :
magazine Naître et grandir, mai 2013
Recherche et rédaction : France Paradis

Crédit photo : Anita Huber