Kawthar Ouazzani, Marocaine

Kawthar Ouazzani, Marocaine
Kawthar rayonne littéralement de fierté en tendant la photo de ses deux fils. C’est pour eux qu’elle et son mari ont traversé l’océan s’installer ici, même

Chaleureuse bavarde et souriante, Kawthar rayonne littéralement de fierté en tendant la photo de ses deux fils, Mohammed et Mehdi. C’est pour eux qu’elle et son mari ont traversé l’océan s’installer ici, même si Mehdi n’était pas encore né à l’époque. En août 2001, elle arrive à Sherbrooke où son mari terminera un MBA. Adieu le soleil du Maroc, bienvenue au Québec!

Kawthar a fait des études supérieures en droit au Maroc, mais pour pouvoir être avocate ici, il lui faudrait refaire tout son parcours, puisque les lois sont très différentes d’un pays à l’autre. Elle retrousse donc ses manches, retourne aux études et obtient un DEC en technique d’éducation à l’enfance. Même si son emploi actuel à la Maison de la famille des Maskoutains la place plutôt en relation d’aide avec des adultes, Kawthar est fière d’avoir obtenu un diplôme d’ici. Agente d’intégration auprès des nouveaux arrivants de la région de Saint-Hyacinthe, son vécu lui est bien utile auprès d’eux.

Pendant ces années d’installation, Kawthar découvre les CPE de qualité, la fête de l’Halloween, l’hiver et la neige, bien sûr. Mohammed fréquente alors un service de garde en milieu familial et le rôle de son éducatrice est si précieux pour Kawthar que les deux femmes tissent un lien d’affection réel et ont encore des contacts aujourd’hui.

Après quelques années dans l’Estrie, la famille s’installe pour de bon à Saint-Hyacinthe. Et le petit Mehdi naît en octobre 2004. Pour lui, la langue maternelle est plus difficile à maîtriser et il plonge tout de suite dans la culture québécoise. Kawthar s’en réjouit… mais pas toujours. La première fois que son petit Mehdi de 4 ans revient de son milieu de garde et refuse d’obéir à sa mère parce qu’« il a le droit », Kawthar manque de tomber à la renverse. Dans sa famille, un enfant marque son respect envers son parent en n’élevant pas la voix, en ne claquant pas la porte, en ne s’obstinant pas.

Le rôle d’un parent marocain est de tout fournir à son enfant : soins, sécurité, amour, nourriture, protection, ressources. Le parent ne sait-il pas mieux que l’enfant ce qui est bon pour lui? « C’est ici, au Québec, que nous avons appris qu’on ne doit pas frapper les enfants et qu’il existe d’autres manières de les élever. Je suis vraiment contente d’avoir appris cela, c’est vraiment mieux pour les enfants. Par contre, ici, les enfants ont un peu trop de liberté! Vous ne trouvez pas? » Parions qu’elle connaît quelques petits démons québécois qui font la pluie et le beau temps avec leurs parents…

Dans la culture de Kawthar, les enfants doivent obéissance et respect à leurs parents. Une de ces marques de respect consiste à embrasser les mains des parents en les saluant. Un jour, Kawthar a bien vu que son fils hésitait beaucoup à lui embrasser les mains devant ses camarades. « Je ne vais pas te forcer, lui a-t-elle dit. Mais si tu crois en la valeur de ce geste, tu dois le faire sans te cacher! » Ce n’est pas facile de trouver le juste équilibre entre les deux cultures. Mais savez-vous quoi? Comme toutes les mères, elle se fait dire : « Pourquoi eux peuvent-ils le faire et pas nous? » Et aussi le très célèbre : « Les parents de mes amis ne font jamais ça, eux! » C’est bien pour dire…

Kawthar veut transmettre sa langue et sa religion à ses fils, tout en souhaitant qu’ils s’intègrent complètement dans le Québec du XXIe siècle. Elle refuse toujours que Mehdi appelle son enseignante par son prénom, mais apprécie beaucoup d’être dans un pays de tolérance où sa famille ne manque de rien. Aura-t-elle d’autres enfants? « J’aimerais bien avoir une fille, dit-elle en souriant. Inch’Allah! »

Naitre et grandir.com


Source :
magazine Naître et grandir, mai 2013
Recherche et rédaction : France Paradis

Crédit photo : Anita Héber