Maman, papa ou les deux?

Maman, papa ou les deux?
Même si le congé parental peut être utilisé par les deux parents, les mères en profitent encore plus souvent que les pères. Pourquoi? Et quels sont les avantages d’un meilleur partage des semaines de congé?

Même si le congé parental peut être utilisé par les deux parents, les mères en profitent encore plus souvent que les pères. Pourquoi? Et quels sont les avantages d’un meilleur partage des semaines de congé?

Les nouveaux parents apprécient le temps passé avec leur bébé grâce au congé parental. « J’ai aimé pouvoir me consacrer à mon enfant pendant toute une année, dit Tamaro, maman de Jonathan, 4 ans, et d’Olivier, 2 ans. Les bébés grandissent tellement vite, je n’aurais pas voulu manquer ça. »

« Ma conjointe et moi avons pris une partie du congé parental en même temps, dit pour sa part Lee-Christophe, papa d’Oscar, 23 mois, et de Félix, 4 mois. Nous avons pu nous habituer ensemble à notre vie de famille. Mes collègues plus âgés, qui n’ont pas eu droit à cette mesure, me trouvaient chanceux. » Le jeune papa a aussi pris quelques semaines du congé parental en plus de son congé de paternité. « J’ai choisi d’avoir des enfants et, pour moi, ça implique de m’en occuper. »

Comme lui, près de 80 % des pères profitent de leur congé de paternité. Mais seulement un père sur trois utilise ensuite des semaines du congé parental.

Le RQAP en bref

Le Régime québécois d’assurance parentale s’adresse aux travailleurs salariés ou autonomes. Il comporte trois congés différents à la naissance d’un enfant : un pour la mère, un pour le père et un troisième qui peut être partagé entre les deux parents. Les parents doivent choisir un régime : de base ou particulier. Selon le type de régime choisi, les mères ont droit à un congé de maternité de 15 ou 18 semaines et les pères ont le droit de prendre 3 ou 5 semaines de congé de paternité. Ensuite, les parents peuvent se partager 25 ou 32 semaines de congé parental. Lors d’une adoption, les parents peuvent aussi se partager 28 ou 37 semaines de congé.

Pour en savoir plus à ce sujet, consultez notre fiche Le congé de maternité, de paternité et parental.

Pourquoi plus souvent les mamans?

« C’était plus compliqué pour mon conjoint de s’absenter du travail, dit Tamaro, qui a pris tout le congé parental. Et surtout, je tenais à allaiter longtemps. » L’allaitement est en effet une des raisons souvent mentionnées pour expliquer le fait que les femmes prennent la majorité du congé parental, selon les études.

L’argent entre aussi en ligne de compte. Dans 70 % des couples québécois, les femmes gagnent moins que leur conjoint, souligne le Conseil du statut de la femme dans un rapport sur le congé parental. Plusieurs parents trouvent donc que le budget familial souffre moins quand c’est la mère qui prend l’essentiel du congé parental.

Derrière cette décision, il y a également la croyance répandue que les soins aux enfants reviennent surtout aux femmes. Malgré l’implication plus grande des hommes, les femmes sont encore vues comme le « parent principal », remarquent en effet plusieurs études et experts. Le congé parental est donc souvent considéré comme le prolongement du congé de maternité.

La plupart des couples ne discutent d’ailleurs pas vraiment du partage du congé parental. En général, la femme décide comment elle veut le prendre et son conjoint respecte son choix. « Les hommes qui prennent des semaines du congé parental estiment que leur conjointe leur fait une faveur, constate Valérie Harvey, une sociologue qui fait sa thèse de doctorat sur le congé parental. Même si le congé parental appartient en fait aux deux parents, les pères disent que leur conjointe leur en a “donné” une partie. »

« La responsabilité des enfants fait tellement partie de l’identité féminine que moi-même je me suis demandé si j’étais une mauvaise mère parce que mon chum a pris le congé pour nos deux enfants, poursuit la sociologue. Pourtant, je n’avais pas envie d’arrêter de travailler pendant un an. »

Les pères qui utilisent la totalité du congé parental sont rares. En 2014, un sondage réalisé pour le Conseil de gestion de l’assurance parentale montrait que seulement 6 % des pères avaient pris l’ensemble du congé parental. Et souvent, ils le font, car leur conjointe n’est pas admissible au régime d’assurance parentale parce qu’elle est soit aux études, soit sans emploi, soit en congé de maladie.

Le congé parental en chiffres
  • Près de 1,5 million de parents ont profité du Régime québécois d’assurance parentale depuis sa création en 2006.
  • 21 526 pères ont profité du congé parental en plus de leur congé de paternité en 2016. C’est une augmentation de 53 % comparativement à 2006.
  • Durée moyenne du congé parental pris par la mère : 29 semaines
  • Durée moyenne du congé parental pris par le père : 13 semaines
Source : Conseil de gestion de l’assurance parentale

Congé partagé, tâches partagées

Les parents gagneraient toutefois à mieux se partager ce congé. Quand la mère prend un long congé parental, il y a plus de risque d’inégalités dans le partage des responsabilités familiales. Durant cette période, elle fait souvent la majorité des tâches. Lorsqu’elle retourne ensuite au travail, la mère continue à s’occuper de la majorité des tâches domestiques et des soins aux enfants.

« Plus le père s’implique tôt dans la vie de son enfant, plus il devient à l’aise dans les soins à lui donner et plus il continue à s’en occuper plus tard », affirme Diane-Gabrielle Tremblay, professeure de l’Université TÉLUQ, qui fait des recherches sur le congé parental. Un meilleur partage du congé aiderait donc les femmes à mieux concilier la famille et le travail.

Le père qui prend une partie du congé parental s’implique tôt auprès de son enfant et fait plus de tâches domestiques.

Pour favoriser une meilleure égalité dans le couple, le Conseil du statut de la femme recommande d’ailleurs que le gouvernement allonge de 3 semaines le congé de paternité réservé aux pères, à condition qu’ils soient seuls avec leur enfant pendant cette période. En effet, un père qui passe quelques semaines à s’occuper de son enfant devient plus conscient des difficultés que cela représente et développe un sentiment de responsabilité envers les besoins de son tout-petit.

C’est aussi une occasion pour lui de créer un lien d’attachement avec l’enfant. « C’est demandant, un bébé, lance Patrick, papa de Sean-Anthony, 4 ans, qui a pris la totalité du congé parental parce que sa conjointe était aux études. C’est beaucoup d’ouvrage, mais j’ai adoré ça. Mon fils et moi sommes très proches. Quand il a besoin de se faire consoler, il vient souvent vers moi. C’est un petit colleux à son papa. »

La présence du père est également bénéfique pour le développement du bébé. « Les deux parents ont chacun leur manière d’agir, de jouer et de s’en occuper, dit la sociologue Valérie Harvey. Ces différences stimulent l’enfant en plus de le préparer à vivre en société. » Pour en savoir plus, consultez notre fiche Le congé de paternité.

 

Plus de congés à venir…

Un projet de loi déposé en mars dernier à l’Assemblée nationale prévoit des ajouts au Régime québécois d’assurance parentale. S’il est adopté, les mères qui accouchent de jumeaux ou de triplés auront droit à 5 semaines de plus de congé. Même chose pour les parents qui adoptent un enfant. Le projet prévoit aussi permettre aux parents de prendre leur congé sur une période de 2 ans s’ils s’entendent avec leur employeur. De plus, les parents pourront transformer 2 semaines de prestations en une banque de 10 jours de congé à utiliser pour des obligations familiales.

 

Photo:gettyimages/Aleksandarkanic

 

Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, mai-juin 2018
Recherche et rédaction : Nathalie Vallerand
Révision scientifique : Sophie Mathieu, chercheuse postdoctorale à l’Université Brock et chargée de cours en sociologie à l’Université de Montréal

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