Aider un enfant anxieux

Aider un enfant anxieux
Heureusement, il est possible d’aider votre enfant à vivre moins d’anxiété. C’est même une bonne idée d’agir tôt pour éviter que ses peurs et ses inquiétudes deviennent grandes.

Heureusement, il est possible d’aider votre enfant à vivre moins d’anxiété. C’est même une bonne idée d’agir tôt pour éviter que ses peurs et ses inquiétudes deviennent grandes.

Avoir une attitude calme, rassurante, prévisible et chaleureuse avec votre enfant au quotidien aide à lui donner un sentiment de sécurité et à faire baisser son anxiété.

D’autres conseils pour aider votre enfant lorsqu’il est anxieux

  • Lui offrir des objets de transition pour que les moments de séparation soient plus faciles. « Comme Marion pleurait beaucoup quand je la laissais à la garderie, je lui mettais une boucle dans les cheveux et je portais la même, raconte sa maman, Marie-Pier Clément. Je lui disais que la boucle me faisait penser à elle toute la journée. On a aussi laissé des photos de notre famille dans son milieu de garde. Marion pouvait les regarder quand elle s’ennuyait. Et la nuit, je lui laisse un de mes vêtements. Quand elle se réveille, elle peut le serrer. C’est comme si j’étais avec d’elle. »
  • Avoir des routines. Savoir ce qui s’en vient et comment va se dérouler sa journée, c’est rassurant pour un tout-petit. Carl, le papa de Marion, le constate : « Quand on rentre à la maison, on prend une collation, on parle de notre journée et on joue ensemble, dit-il. Je suis disponible pour Marion et elle aime cette routine. » Ces moments l’habituent aussi à parler de ce qu’elle vit : les bonnes choses comme les moins bonnes. Quand un tout-petit ne garde pas ses émotions pour lui, il est moins anxieux.
À quel point l’anxiété touche-t-elle les tout-petits?
« C’est difficile à mesurer, car avant 5 ans, les enfants n’ont pas beaucoup de mots pour expliquer ce qu’ils vivent », indique la psychoéducatrice Suzie Chiasson-Renaud. De plus, les chiffres varient d’une étude à l’autre. En moyenne, on estime qu’environ 10 % des enfants d’âge préscolaire ont reçu un diagnostic de trouble anxieux, c’est-à-dire que leur anxiété est très intense, difficile à contrôler et nuit à leurs activités quotidiennes.
Les spécialistes interrogées pour ce dossier croient cependant que l’anxiété (sans qu’elle soit forcément un trouble) touche une plus grande proportion d’enfants. Elles observent qu’il y a une demande importante de services pour intervenir auprès d’enfants anxieux. Le style de vie des familles, pas toujours adapté au rythme des tout-petits, augmente le stress et l’anxiété. « Souvent, les deux parents travaillent, les enfants passent de longues heures en milieu de garde, leur horaire est chargé », note la psychoéducatrice Marie-Ève Mongrain.
Un certain niveau d’anxiété est toutefois normal chez les enfants. « Il ne faut pas paniquer avec l’anxiété des tout-petits, avertit la psychologue Tina Montreuil. L’important, c’est que vous y soyez attentif et que vous aidiez votre enfant à vaincre ses peurs et à gérer ses émotions. »
  • Rester calme. « Un enfant anxieux vit des émotions fortes, dit la Dre Tina Montreuil, psychologue. Souvent, il pleure et fait une crise parce qu’il ne comprend pas ce qui se passe dans son corps et cette réaction lui fait peur. Si le parent s’affole, l’enfant aura encore plus peur. » Mieux vaut rester calme et même sourire à son enfant. « Cela lui montre que vous n’avez pas peur de ce qu’il vit et que c’est normal », ajoute la psychologue. Ensuite, vous pouvez lui dire : « Je suis là, je vois que tu es fâché. Quand tu seras prêt, viens me voir et je vais t’aider. »
  • L’aider à mettre des mots sur ses émotions. Vous pouvez dire, par exemple : « Je sens ton coeur qui bat vite. » Posez-lui aussi des questions pour voir ce qui le dérange ou ce qui lui fait peur. Quand vous aidez votre enfant à décrire son émotion, il se sent compris et ça peut aider à le calmer. N’hésitez pas à le prendre dans vos bras et à lui faire un câlin, car les contacts physiques sont aussi apaisants.
  • Respecter son rythme. Ne poussez pas votre tout-petit, laissez-lui le temps qu’il faut pour surmonter ses peurs et apprivoiser les situations. « Quand on arrive quelque part, mon fils est très gêné, dit Mira Dana, maman d’Elyam. On ne lui met pas de pression. On lui laisse le temps de se calmer et d’apprivoiser les lieux. »
  • L’exposer peu à peu à ses peurs. En effet, il est préférable de ne pas éviter les situations qui rendent votre enfant anxieux, mais plutôt de l’exposer à ses peurs, en le soutenant et en l’accompagnant. Il se sentira ainsi capable d’affronter par lui-même des situations qui l’inquiètent. « Si votre enfant a peur des chiens, vous pouvez commencer par lui lire des livres sur les chiens, conseille Suzie Chiasson-Renaud, psychoéducatrice. Vous pouvez ensuite regarder un film avec un chien, aller voir des chiens à l’animalerie et demander à un ami si votre enfant peut flatter son chien. Avant de passer à une autre étape, assurez-vous toujours qu’il ne vit plus d’anxiété. »
  • Alléger votre horaire si c’est possible. Ralentir, être moins stressé, avoir plus de temps de qualité en famille : tout cela aide à diminuer l’anxiété de votre tout-petit.
  • Montrer à votre enfant comment respirer pour se calmer. Vous pouvez le faire s’exercer sous forme de jeu quand il est calme. Dites-lui, par exemple, de mettre ses mains sur son ventre pour le gonfler lentement comme un ballon et le dégonfler en soufflant.
  • Vous assurer qu’il bouge assez chaque jour. Courir, sauter, danser, chanter et rire sont d’excellents moyens de libérer les tensions de votre enfant et de faire baisser son anxiété.
  • Féliciter les efforts de votre tout-petit quand il réussit à faire quelque chose qui l’inquiétait avant.
Quand consulter?
Si vous avez besoin d’aide pour gérer votre anxiété ou celle de votre enfant, voici quelques ressources qui peuvent vous venir en aide :
  • le CLSC de votre secteur
  • la ligne Info-Social (811)
  • la Ligne Parents (1 800 361-5085)
  • le programme d’aide aux employés au travail, s’il y en a un
Si, toutefois, l’anxiété de votre enfant l’empêche de bien fonctionner et que la situation ne s’améliore pas malgré vos interventions, il est conseillé de consulter un professionnel spécialisé en petite enfance (ex. : médecin, psychologue, psychoéducateur, travailleur social).

Ce qu’il faut éviter

Il faut éviter de surprotéger votre enfant. Tout faire à sa place, l’empêcher d’essayer de nouvelles choses par crainte qu’il se fasse mal ou qu’il se trompe nourrit son anxiété. Cela lui donne l’impression que le monde est dangereux et qu’il a toujours besoin de vous.

Il est aussi important de ne pas éviter les situations qui rendent votre enfant anxieux. Les parents doivent accepter que leur enfant vive parfois des émotions désagréables, signale Tina Montreuil. Il faut lui montrer que vous comprenez son émotion et l’aider à apprivoiser peu à peu ses peurs. « C’est grâce à ses expériences que l’enfant développe une certaine résistance à l’anxiété, dit-elle. Par exemple, avec le temps, il apprend qu’il peut se sentir bien, même quand ses parents ne sont pas avec lui. » Il devient ainsi plus confiant et plus autonome, ce qui fait diminuer son anxiété.

Prenez, vous aussi, soin de votre anxiété

Si vous êtes une personne anxieuse, cela a un effet direct sur votre enfant. « Dès que je suis anxieuse, mon fils se montre impulsif, note Jolianne Korak. Quand ça arrive, je change de pièce et je prends de grandes respirations. Je me ramène aussi dans le moment présent au lieu de penser au futur. » Il est essentiel que les parents gèrent leur anxiété, prévient Tina Montreuil. « Ils doivent trouver des moyens de se calmer, dit-elle. S’ils n’y arrivent pas seuls, il peut être utile de consulter un professionnel. Les parents ne peuvent pas aider leur enfant s’ils ne prennent pas soin d’eux. »

 

Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, septembre 2019
Recherche et rédaction : Julie Leduc
Révision scientifique : Dr Benoît Hammarrenger, neuropsychologue

 

Photos : Maxim Morin, GettyImages/Fatcamera et romrodinka

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