1000 bonnes raisons de jouer

1000 bonnes raisons de jouer
Votre enfant ne se demande pas pourquoi il joue. Il aime ça, c’est tout. Si le jeu est si naturel chez l’enfant, c’est qu’il en a besoin pour bien grandir

Votre enfant ne se demande pas pourquoi il joue. Il aime ça, c’est tout. Si le jeu est si naturel chez l’enfant, c’est qu’il en a besoin pour bien grandir et découvrir le monde qui l’entoure.

« Le jeu est nécessaire au développement global des enfants », dit Rolande Filion, psychopédagogue et spécialiste du jeu. À sa naissance, votre enfant dispose de milliards de neurones. Mais pour fonctionner, ces neurones doivent se connecter entre eux. Ces connexions se font au fil des expériences et des stimulations que vit votre tout-petit. Quand votre enfant joue, les neurones de son cerveau travaillent donc fort pour se connecter et enregistrer des connaissances. Comme le dit Francine Ferland, ergothérapeute et auteure de livres sur le jeu, jouer est une super vitamine pour le développement! Le jeu a des effets positifs sur toutes les dimensions du développement de l’enfant. Par exemple :
  1. Le développement moteur et sensoriel. Le jeu stimule les sens. Quand il manipule et regarde les objets, et même quand il les met dans sa bouche, votre enfant découvre les couleurs, les textures, les formes, les sons, les goûts. Il constate, par exemple, que les objets peuvent être lisses, rugueux, mous, carrés, ronds, grands ou petits. Lorsqu’il dessine ou découpe, il développe sa motricité fine. Et quand il joue à attraper un ballon ou à faire un casse-tête, il améliore sa coordination oeil-main. Courir, sauter, faire des culbutes renforce aussi ses muscles, son endurance physique et son équilibre.
  2. Le développement cognitif. La pensée, la mémoire, la créativité, la capacité à résoudre des problèmes sont d’autres habiletés que votre tout-petit développe par le jeu. Quand il joue avec des figurines de différentes grandeurs, il apprend peu à peu des concepts comme « plus petit que » ou « plus grand que ». Quand il joue aux marionnettes avec un ami, il développe son imagination. Et lorsque vous vous amusez avec lui à cacher son hochet sous une serviette et que vous le faites réapparaître, il apprend que les objets continuent d’exister même s’il ne les voit plus.
  3. Le développement social. Jouer permet aussi à votre enfant d’apprendre à vivre avec les autres. Au parc, par exemple, votre enfant a hâte de glisser, mais il y a trois amis devant lui. Mine de rien, il s’exerce à attendre son tour. Un ami vient jouer à la maison? Il apprend à partager ses jouets. En jouant avec d’autres, votre enfant développe toutes sortes d’habiletés sociales essentielles pour vivre en société: aider, poser des questions, reconnaître et nommer des émotions, faire des compromis, régler les conflits, etc. « Grâce au jeu, votre enfant peut aussi exprimer certaines émotions négatives, comme la colère ou la tristesse, en les faisant vivre à des personnages imaginaires », indique Josiane Caron Santha, ergothérapeute.
  4. Le développement du langage. Lorsqu’il joue, votre enfant apprend de nouveaux mots. Il apprend aussi à écouter les autres, à exprimer ses idées et à se faire comprendre.

Du plaisir avant tout

Même si votre enfant apprend beaucoup par le jeu, le plaisir doit en général être au rendez-vous. Son but quand il joue n’est pas d’apprendre, mais bien de s’amuser. « Le mot « jouer » fait un peu penser à « joie », dit Josiane Caron Santha. Pour qu’un jeu demeure un jeu, l’enfant doit avoir envie de le faire. De plus, il ne doit pas y avoir d’objectifs clairement fixés. Sinon, ce n’est plus un jeu, ça devient un exercice. »

Il faut éviter de faire du jeu une activité éducative. L’important c’est de partager un bon moment avec votre enfant.

Quoi penser alors des jouets éducatifs qui disent améliorer le vocabulaire ou la logique, par exemple? Pour Rolande Filion, il s’agit d’une stratégie de marketing pour vous encourager à acheter ces jouets alors qu’ils ne sont pas nécessairement meilleurs que les autres. « En réalité, presque tous les jouets peuvent être éducatifs, car l’enfant en tire presque toujours un apprentissage », souligne-t-elle. Son conseil : proposer différents types de jouets en favorisant ceux où l’enfant est actif mentalement ou physiquement. C’est-à-dire des jouets avec lesquels il peut imaginer, trier, assembler, attraper, pédaler, etc. Cela écarte de nombreux jouets à piles où la participation de l’enfant se limite à peser sur un bouton!

Le jeu libre : pourquoi ?

Pour s’amuser, un enfant n’a pas besoin d’une tonne de jouets, surtout qu’il peut s’amuser sans jouet, comme en témoigne Alexandre Provost, papa de Jessy, 17 mois. « Mon fils adore jouer à cache-cache avec moi, il aime s’amuser à monter et à descendre des marches et, dans le bain, il joue à remplir et à vider des contenants. L’été dernier, il a passé beaucoup de temps à laver des roches et à les déposer dans un seau. » Ces temps-ci, Jessy ne se tanne pas de faire entrer des pompons dans le couvercle d’un pot de yogourt vide percé de deux trous. Une idée de sa maman. Comme quoi, il n’est pas nécessaire de dépenser une fortune pour favoriser le jeu!

BOUGER, C’EST AMUSANT!
L’un des jeux préférés de Loïc, 2 ans, c’est de courir dehors après sa maman ou son papa. « Nous lui demandons d’exagérer ses mouvements, comme lever ses jambes très haut, et il trouve cela très drôle », raconte sa mère, Valérie Lamarche. Bonne idée, car les jeux où les enfants sont actifs physiquement favorisent leur développement moteur et sont excellents pour leur santé. « Une bonne façon de faire bouger les enfants, c’est de les emmener dehors, dit Geneviève Gagné, conseillère chez Québec en Forme. Les enfants sont plus actifs quand ils sont en plein air, car ils peuvent explorer leur environnement. Le simple fait d’être dehors favorise les activités qui font dépenser de l’énergie, comme sauter, courir, grimper et faire des culbutes. »
Malheureusement, les parents laissent de moins en moins leurs enfants jouer à l’extérieur de façon libre et autonome parce qu’ils ont peur qu’ils se blessent, remarque l’organisme Participaction, qui a mené des études sur le sujet. Il y a pourtant plus de risques pour leur santé à les garder inactifs à l’intérieur. L’organisme recommande donc de laisser les enfants jouer dehors plus librement et même de les laisser grimper, faire des culbutes, se chamailler ou se tenir en équilibre sur un tronc d’arbre. Ils gagnent ainsi de la confiance et de l’autonomie. Les enfants apprennent aussi à mieux mesurer le risque. Oui, c’est possible qu’ils se fassent un petit bobo, mais en général, ça ne sera pas très grave !

 

Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, décembre 2015
Recherche et rédaction : Nathalie Vallerand
Révision scientifique : Sarah Landry, professeure au département de psychopédagogie et d’andragogie de l’Université de Montréal