Mythe ou réalité?

Mythe ou réalité?
Dans la croyance populaire, le partage, la coopération, l’échange, l’empathie, l’aide et le réconfort sont davantage associés aux filles. Mais est-ce vrai?

1- Les filles parlent mieux et plus tôt que les garçons. « Jusqu’à 30 mois environ, les filles ont un plus grand vocabulaire que les garçons et elles font des phrases plus complètes », confirme Caroline Bouchard, qui a mené en 2007 une étude sur le langage auprès de 1 000 enfants québécois. « Mais après, les garçons rattrapent les filles et les différences disparaissent », précise-t-elle. La chercheuse indique que les recherches désignent deux causes possibles à ce phénomène, l’une biologique et l’autre, sociale. « Certaines zones du cerveau féminin se développent plus rapidement, ce qui faciliterait l’apprentissage du langage chez les filles, explique-t-elle. Il y a également des facteurs socioculturels, comme le fait que les parents parlent davantage à leurs bébés filles. » Et certains types de jouets, comme les poupées, peuvent aussi favoriser l’acquisition de compétences verbales. La question du langage est cependant complexe et demeure l’objet de débats dans la communauté scientifique.

Caroline Bouchard s’est aussi penchée sur les 100 premiers mots acquis par les tout-petits. Et les résultats sont fascinants. Si 83 de ces 100 premiers mots sont communs aux deux sexes (maman, lapin, couche, cheveux, etc.), les autres sont marqués par les stéréotypes. Ainsi, parmi les 17 mots acquis seulement par les garçons, 5 font référence aux moyens de transport : clés, tchou tchou, tracteur, vroum, autobus. « Vroum » est même le 3 ͤ mot prononcé par les garçons, derrière « maman » et « papa ». Du côté des 17 mots appris seulement par les filles, figurent notamment : doux, beau-belle, aimer et s’il vous plaît. « Cela reflète sans doute l’attitude différente des parents envers les deux sexes, car ce sont eux qui apprennent à parler aux enfants », conclut la chercheuse.

2- Les filles ont plus d’habiletés sociales. Dans la croyance populaire, le partage, la coopération, l’échange, l’empathie, l’aide et le réconfort sont davantage associés aux filles. Mais est-ce vrai? « Dans les études, éducatrices et enseignantes évaluent toujours les filles comme ayant de meilleures habiletés sociales que les garçons, indique Caroline Bouchard, qui a elle-même réalisé une étude sur le sujet. Mais quand on observe les comportements des enfants, il y a peu ou pas de différences. » Cet écart entre la perception et la réalité s’expliquerait en partie par des préjugés associés aux rôles sociaux des sexes. Comme on s’attend, par exemple, à ce que les filles soient plus empathiques, on leur accorde une évaluation plus positive à cet égard. « Il y a aussi le fait que les garçons sont généralement plus agités, ce qui peut provoquer un préjugé défavorable de l’enseignante quant à leurs habiletés sociales », note Caroline Bouchard.

3- Les garçons sont plus agressifs. La fameuse testostérone! Ce serait elle la coupable, pense-t-on souvent. La vérité, c’est que les scientifiques ne s’entendent pas de façon unanime sur la question. « Les études ne sont pas concluantes, souligne la psychologue Evelyne Touchette. Par exemple, on a trouvé que la testostérone augmente après l’acte d’agressivité et non avant. » Cette hormone est-elle alors la cause de l’agressivité ou plutôt une conséquence? On ne le sait pas vraiment. Tout comme on ignore l’importance du rôle qu’elle joue.

Ce que l’on sait toutefois, c’est que de nombreux garçons ont tendance à être plus agressifs physiquement, mais est-ce inné ou acquis? Des études indiquent que la différence entre garçons et filles à cet égard survient à un trop jeune âge pour que la socialisation en soit la cause. Il semble tout de même que les parents tolèreraient davantage la violence physique chez leurs fils. Ceux-ci apprendraient donc moins à gérer leur colère. La chercheuse Marie-France Marin mentionne que les filles aussi sont agressives, mais d’une autre manière. « En grandissant, elles pratiquent davantage une agressivité indirecte, comme parler dans le dos ou monter un groupe contre une autre personne. »

Les activités physiques et le sport seraient plus encouragés chez les garçons que chez les filles.

4- Les garçons sont plus turbulents. En général, oui. Mais encore là, on ne sait pas au juste pourquoi. Naissent-ils avec une prédisposition à être plus agités? Ou est-ce plutôt parce qu’on a tendance, très tôt dans leur vie, à jouer plus énergiquement avec eux et à les encourager à se dépenser physiquement? À moins qu’on punisse moins les comportements turbulents des garçons, puisqu’on s’attend à ce que ces derniers soient plus remuants que les filles? Le débat est ouvert.

5- Les filles sont meilleures à l’école. Elles réussissent mieux en lecture. Dans les autres matières, les résultats des filles et des garçons sont similaires, y compris en maths et en sciences. La prétendue bosse des mathématiques des gars serait donc un mythe. Plusieurs recherches révèlent cependant qu’à partir de l’adolescence, les garçons s’orientent légèrement mieux que les filles et réussissent beaucoup mieux dans les tâches de rotation mentale (par exemple, déterminer si deux figures abstraites présentées dans des angles différents sont identiques). Ont-ils un avantage biologique? Pas si sûr. Lorsque les filles s’entraînent à des jeux de rotation mentale, il a été démontré que l’écart observé entre les deux sexes diminue de façon importante. D’autres études font d’ailleurs valoir que les jeux de construction, bien appréciés des garçons, permettraient davantage d’acquérir des compétences spatiales. Plusieurs chercheurs croient donc que les apprentissages sont plus déterminants que les différences biologiques. Comme le cerveau se façonne en fonction des expériences, les résultats différents obtenus par les filles et les garçons aux tests de lecture et de perception spatiale pourraient bien être la conséquence d’une éducation distincte.

Ainsi, ce n’est pas tout rose ou tout bleu. « Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il y a plus de différences d’un garçon à l’autre ou d’une fille à l’autre qu’entre les sexes », insiste Evelyne Touchette. C’est pourquoi il vaut mieux ne pas généraliser. Michèle le sait bien, elle dont les jumeaux sont loin des prototypes du « vrai petit gars » et de la « vraie petite fille ». « Noémie est la plus physique des deux, dit-elle. Quand elle est fâchée, elle a tendance à frapper. Et c’est Jacob qui pleure le plus et qui donne spontanément plus de câlins. » Quant à Véronique, elle signale que de ses trois enfants, c’est le garçon le plus bavard. « Il me raconte ses journées en détail. Alors que je dois tirer les vers du nez de sa grande soeur pour savoir quelque chose! On dit pourtant que ce sont les filles qui sont censées parler le plus… »

Quand papa ou maman n’est pas là

Si votre enfant n’a plus un de ses parents (abandon ou décès), ou s’il a deux parents du même sexe, aura-t-il plus de difficulté à bâtir son identité sexuelle? « Il ne faut pas s’en faire, car même s’il n’a pas de papa ou de maman, votre enfant est en contact avec d’autres modèles masculins ou féminins, dit Nicole Malenfant, professeure en éducation à l’enfance et auteure de livres sur la petite enfance. Le plus important, c’est de lui donner de l’amour, de l’attention et de bien s’en occuper. S’il se sent aimé et en sécurité, il s’épanouira. » Bien sûr, si cela est possible, vous pouvez aussi organiser plus souvent des rencontres avec une personne significative du même sexe que le parent absent, comme un grand-papa, un oncle ou une tante, afin que votre enfant puisse créer des liens avec cette personne.

Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, septembre 2013
Recherche et rédaction : Nathalie Vallerand
Révision scientifique : Sylvie Richard-Bessette, psychologue et chargée de cours au département de psychologie et sexologie de l’UQAM

Crédit photo : Maxim Morin

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