Devenir une fille ou un garçon, ça s’apprend

Devenir une fille ou un garçon, ça s’apprend
La naissance, sans même le réaliser, les parents et l’entourage agissent différemment avec un bébé fille et un bébé garçon.

Katrina, 4 ans, est douce, calme et affectueuse, selon Myriam, sa maman. « Elle nous dit souvent des mots d’amour et elle nous donne des câlins. » La fillette aime jouer avec ses poupées et se faire lire des histoires. Ses frères de 8 ans et 6 ans, Christopher et Daven, préfèrent jouer aux superhéros, bouger et courir. Véronique, une autre maman, décrit sa fille Lucy Maud, 9 ans, comme tranquille et réservée. « Elle aime le bricolage, le patin artistique, les bijoux et le vernis à ongles. Quand elle était plus petite, elle voulait toujours porter des robes, même l’hiver. » Quant à son frère Alexis, 5 ans, « il grimpe partout, il est bon dans tous les sports, il aime les camions et les jeux vidéo », ajoute Véronique.

Comme la plupart des parents, Myriam et Véronique estiment que les différences entre leurs garçons et leurs filles sont principalement biologiques, car ces mères sont convaincues de se comporter de la même façon avec chacun de leurs enfants et de les élever de manière identique. Vous pensez peut-être la même chose de vos propres enfants. Pourtant, ce n’est pas tout à fait le cas. « Dès qu’une femme tombe enceinte, elle a des attentes envers son bébé et elle imagine souvent une petite fille ou un petit garçon en fonction des stéréotypes de la société, explique Evelyne Touchette, psychologue et chercheuse en développement de l’enfant à l’Université Laval. C’est pareil pour le père. Il peut, par exemple, rêver de jouer au hockey avec son fils, ce qui lui viendra moins à l’esprit pour sa fille. »

Le rang dans la famille (aîné, cadet, benjamin) joue aussi un rôle dans les différences que l’on peut observer entre les enfants.

La chambre du nourrisson sera bien souvent décorée selon son sexe. Même principe pour les cadeaux de naissance. Il y aura beaucoup de rose et de froufrous pour une fille, de bleu et d’illustrations de bolides pour un garçon. Chaque sexe a son univers, avec ses couleurs et ses jouets. Et dès la naissance, sans même le réaliser, les parents et l’entourage agissent différemment avec un bébé fille et un bébé garçon. Des études ont démontré, par exemple, que les parents décrivent leurs fils comme grands, solides, avec des traits marqués, et leurs filles comme belles, mignonnes, gentilles, douces, petites, avec des traits fins. D’autres recherches ont aussi montré que les deux parents échangent plus sur les émotions avec leur fille qu’avec leur garçon, et qu’ils tolèrent plus de réactions de colère chez leur garçon.

Les stéréotypes teintent l’attitude des parents, selon Caroline Bouchard, psychologue et professeure en éducation à la petite enfance à l’Université Laval. « On parle et on console davantage les filles, on joue plus physiquement avec les garçons », dit-elle. Et ceux-ci, en général, ont le droit d’essayer plus de nouvelles choses. « Quand mon conjoint joue à chatouiller les enfants, il est plus délicat avec Katrina qu’avec les garçons, remarque Myriam. Et nous sommes plus réticents à la laisser jouer dans la grande glissade que nous le sommes avec ses frères. C’est bizarre, mais c’est un peu comme si c’était plus normal qu’un garçon se fasse mal de temps en temps. »

On a aussi tendance à inscrire les enfants à des activités selon leur sexe. Myriam, par exemple, pense à la danse pour sa fille, alors que ses fils font du karaté. « Mais la décision lui reviendra », précise-t-elle.

Même les compliments diffèrent, révèlent les études. Ainsi, les filles se font souvent dire qu’elles sont jolies, gentilles. Les garçons, eux, se font surtout féliciter pour leurs progrès. Encore de nos jours, on valorise donc davantage l’apparence chez les filles et les réalisations chez les garçons.

À la naissance, le cerveau de votre bébé est en quelque sorte un terrain vierge qui se construit peu à peu selon son environnement et ses expériences. Si certains comportements sont influencés par des tendances innées, ils sont largement amplifiés par divers facteurs sociaux. Comme la répétition d’images ou de messages forge les apprentissages, tout ce que l’enfant voit et entend, à la maison, en milieu de garde, chez ses grands-parents, chez ses amis, à la télévision, contribue à la façon dont il construira son image des hommes et des femmes et, par conséquent, à façonner son comportement et sa personnalité.

Fiston ne naît pas avec le gène de tout ce qui fait vroum. Il apprend plutôt à aimer jouer avec les petites autos parce que c’est ce qui lui est présenté. La plupart des différences psychologiques entre filles et garçons sont issues de l’éducation et de la société. Plusieurs études démontrent d’ailleurs qu’il y a moins de différences sexuelles qu’avant pour plusieurs comportements et que, la plupart du temps, ces différences sont minimes.

Les médias (télévision, Internet, jeux vidéo…) véhiculent de nombreux stéréotypes sexuels.

À 3 ans, la majorité des enfants savent s’ils sont fille ou garçon. Et ils connaissent aussi les normes de comportement associées à leur genre. Par exemple, c’est vers 3 ans que Katrina a commencé à demander plus de jouets traditionnellement féminins et de vêtements roses. « Avant, je n’ai pas vu de grandes différences entre son comportement et celui de ses frères », se rappelle sa maman.

Bien sûr, le tempérament de votre tout-petit ne repose pas uniquement sur les effets de la socialisation. La génétique a aussi un rôle. « Il y a une interaction entre les gènes et l’environnement, souligne Evelyne Touchette. Mais après la naissance, l’environnement prend beaucoup d’importance. » À preuve : frères et sœurs ont chacun leur caractère!

Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, septembre 2013
Recherche et rédaction : Nathalie Vallerand
Révision scientifique : Sylvie Richard-Bessette, psychologue et chargée de cours au département de psychologie et sexologie de l’UQAM

Crédit photo : Maxim Morin

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