Famille différente, et alors?

Famille différente, et alors?
Avoir deux papas, deux maisons, être adopté ou venir d’un autre pays, c’est la réalité que vivent de plus en plus d’enfants Comment s’en sortent-ils ? Généralement bien, disent les experts.

Avoir deux papas, deux maisons, être adopté ou venir d’un autre pays, c’est la réalité que vivent de plus en plus d’enfants. Comment s’en sortent-ils? Généralement bien, disent les experts.

Le visage de la famille québécoise a beaucoup changé au cours des dernières années. « Depuis 20 ans, les transformations se sont faites très rapidement », indique Hélène Belleau, qui dirige l’Observatoire des réalités familiales du Québec. À son avis, plusieurs raisons expliquent qu’il y ait de plus en plus de familles non traditionnelles, comme les familles recomposées, les familles homoparentales ou monoparentales. « Il y a notamment l’autonomie financière des femmes, dit-elle. À cela s’ajoute un certain rejet de la religion et du mariage et une plus grande ouverture envers les couples de même sexe. »

Est-ce que le modèle familial dans lequel vit un enfant a un impact sur son développement? Pas vraiment, affirment les spécialistes. Les parents sont là pour répondre aux besoins de leurs enfants, comme les aimer, les nourrir, les loger, les protéger, les guider. Tant qu’ils remplissent bien leur rôle, les enfants se développent généralement bien. Par exemple, un rapport des recherches faites sur les familles homoparentales publié récemment n’a trouvé aucune différence significative entre le développement des enfants de couples homosexuels et les autres. « Les familles changent, mais les besoins des enfants restent les mêmes. Malgré leur diversité, les familles jouent les mêmes rôles », dit Marie-Christine Saint-Jacques, chercheure et professeure à l’École de service social de l’Université Laval.

Parler de la différence

L’important est d’éviter les tabous et de parler ouvertement avec l’enfant de son modèle familial différent. Lui dire, par exemple, pourquoi il a deux mamans, pourquoi il vit seulement avec un parent ou pourquoi son papa est plus vieux que les autres pères. Idéalement, les questions entourant la différence du modèle familial doivent être abordées avant l’entrée à l’école. « Les tout-petits ne font pas vraiment de différences de race ou de sexe, indique la psychologue Annie Goulet. Rendus à l’école, par contre, ils pourraient recevoir des commentaires des autres. Ce sera moins dérangeant pour l’enfant qu’un ami lui fasse une remarque sur sa différence si ses parents ont pris le temps de lui en parler avant. » En expliquant la situation à l’enfant lorsqu’il est jeune, cela devient normal pour lui et il ne sera pas troublé par le fait de vivre dans une famille différente des autres.

Si l’enfant a été adopté ou conçu grâce à un don de sperme ou d’ovule, il est aussi important de lui parler de ses origines. « Certaines études montrent que de garder le secret sur les origines peut avoir des conséquences négatives sur l’enfant », souligne Laurence Charton, chercheure au Centre urbanisation culture société de l’INRS.

Pour rassurer l’enfant, « le parent peut lui expliquer que son type de famille n’est pas unique et que d’autres enfants sont dans la même situation que lui », conseille Annie Goulet. Consulter des livres sur le sujet peut aussi aider à en parler avec son enfant. Évidemment, les explications doivent tenir compte de l’âge de l’enfant pour qu’il les comprenne bien.

La séparation a-t-elle un impact?

Si le modèle familial ne nuit pas au développement de l’enfant, les changements qui se passent dans la famille peuvent toutefois avoir des effets. C’est le cas entre autres lorsque les parents se séparent. Une séparation est un choc pour les enfants. Une période d’adaptation est nécessaire et, selon le contexte et la personnalité de l’enfant, cela peut prendre plusieurs mois. Après une séparation, il est normal que l’enfant soit plus anxieux, demande plus d’attention, s’isole davantage ou vive de la colère. Dans certains cas, on peut même observer une régression, comme un enfant qui recommence à faire pipi au lit. Mais c’est habituellement passager. « La manière dont les parents vont s’entendre, s’ajuster à la situation et travailler ensemble pour le bien-être de l’enfant va contribuer à ce qu’il s’adapte bien ou non », dit Nicolas Chevrier, psychologue. L’idéal pour que l’enfant se développe le mieux possible dans ce contexte, c’est que les ex-conjoints continuent à faire équipe et à collaborer. Les parents devraient aussi rassurer l’enfant en lui disant qu’ils l’aiment et qu’ils seront toujours là pour lui même s’ils n’habitent plus dans la même maison.

La séparation peut aussi avoir un impact sur les finances des conjoints. Les familles qui vivent une séparation sont en effet à risque de vivre de la pauvreté, car cela peut rendre les finances des parents plus fragiles. Cette situation pourrait avoir un effet négatif sur les enfants si les parents ont de la difficulté à combler leurs besoins de base.

Une séparation sera aussi plus difficile à vivre pour l’enfant si un des parents s’éloigne. Heureusement, les temps et les mentalités ont changé. Par exemple, la garde partagée est en hausse partout au Canada et de façon plus marquée au Québec. Ainsi, il est maintenant plus rare de voir un père ne plus avoir de lien avec ses enfants après une séparation comparativement à il y a 30 ans. Plusieurs études confirment d’ailleurs à quel point l’engagement des pères et le maintien d’un lien avec les deux parents sont bons pour le développement des enfants.

La famille recomposée?

Après une séparation, de plus en plus de parents refont leur vie avec un nouveau conjoint ou fondent même une nouvelle famille. Vivre dans une famille recomposée est un autre événement qui peut être stressant pour les tout-petits, surtout quand cela se reproduit souvent. « Les enfants sont alors toujours en train d’essayer de s’adapter », remarque Marie-Christine Saint-Jacques. Par contre, lorsque tout se passe bien, vivre dans une famille recomposée peut être positif. « Les enfants de familles recomposées disent qu’il y a plus de monde qui les aime et que ça leur fait plus de personnes à aimer, souligne-t-elle. Les enfants aiment la vie de famille. »

Et l’immigration?

Immigrer est aussi une situation qui demande une période d’adaptation. Les parents immigrants font face à plusieurs difficultés, comme celles d’apprendre une nouvelle langue, d’intégrer une culture, de trouver un emploi, de faire reconnaître leur diplôme, etc. Ils vivent alors beaucoup de stress et il peut arriver qu’ils soient moins disponibles pour aider leur enfant à s’adapter. Certains parents peuvent aussi se sentir dévalorisés par la perte de revenu et le changement de niveau de vie. Ils auront alors peut-être tendance à s’isoler, ce qui peut affecter la dynamique familiale. « Pour les tout-petits, l’adaptation est toutefois généralement plus facile, car leur nouvelle culture devient la normalité pour eux, note Annie Goulet. C’est plutôt à l’adolescence que c’est plus difficile. »

Pour les nouveaux arrivants, la communication parent-enfant est particulièrement importante, soutient Nicolas Chevrier. « Les parents peuvent dire à leur enfant que ça ne changera pas même s’ils préféreraient que ce soit autrement, et les rassurer en leur disant qu’ils les aiment et qu’ils ont confiance que les choses vont bien se passer. »

LA SOCIÉTÉ ET LES FAMILLES
La transformation des familles se reflète dans toute la société. Elle intéresse les chercheurs et force les gouvernements et les politiques à s’ajuster.
En 2002, par exemple, les couples gais ont obtenu le droit d’adopter des enfants. La création du Régime québécois d’assurance parentale, en 2006, a aussi favorisé l’implication des pères en leur réservant 5 semaines de congé.
Devant le nombre grandissant de familles recomposées, les droits des beaux-parents soulèvent aussi des questions. « Au départ, on se dit qu’ils pourraient avoir des droits s’ils participent à l’éducation des enfants de leur conjoint, signale Céline Le Bourdais, professeure en sociologie de l’Université McGill. Mais s’il y a ensuite une séparation? Si on leur donne des droits, est-ce qu’on leur impose aussi des devoirs auxquels ils n’ont jamais consenti? On n’a pas fini de réfléchir là-dessus. » La protection des conjoints de fait en cas de séparation et le droit pour les enfants de connaître leurs origines alimentent aussi les discussions.
« Les nouveaux modèles de famille n’ont pas fini de nous surprendre, note Hélène Belleau, qui dirige l’Observatoire des réalités familiales du Québec. Par exemple, on voit maintenant apparaître la pluriparentalité, c’est-à-dire un couple d’hommes et un couple de femmes qui planifient faire ensemble un enfant qui aura alors quatre parents! » À suivre.

Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, janvier-février 2016
Recherche et rédaction : Nathalie Côté
Révision scientifique : Claudine Parent, auteure et professeure à l’École de service social de l’Université Laval

Photos : iStock