À chacun son rythme

À chacun son rythme
Bien sûr, le développement du langage varie d’un enfant à l’autre. « Il y a certainement un aspect génétique en jeu. Certains enfants sont plus disposés à parler, alors que d’autres préfèrent bouger. Les parents plus verbaux ont souvent des enfants qui parlent davantage ».

Bien sûr, le développement du langage varie d’un enfant à l’autre. « Il y a certainement un aspect génétique en jeu. Certains enfants sont plus disposés à parler, alors que d’autres préfèrent bouger. Les parents plus verbaux ont souvent des enfants qui parlent davantage », croit la Dre Cousineau. Cependant, même au sein d’une famille, on observe fréquemment des différences. « Cédric a pris un peu plus de temps que sa soeur à parler. Je crois que c’est parce que c’est un garçon qu’il parle moins », explique Isabelle, maman de Léa, Cédric, Félix et Rémi.

Jusqu’à 30 mois environ, les filles ont un plus grand vocabulaire que les garçons et elles font des phrases plus complètes, confirme Caroline Bouchard, qui a mené une étude sur le langage auprès de 1000 enfants québécois en 2007. La psychologue et professeure en éducation à la petite enfance à l’Université Laval précise toutefois qu’après 30 mois, les différences disparaissent.

Il existe deux causes possibles à ce phénomène : l’une biologique et l’autre, sociale. Certaines zones du cerveau des filles se développeraient plus rapidement, ce qui faciliterait leur apprentissage du langage. Du côté des facteurs socioculturels, les chercheurs avancent que les parents auraient tendance à plus parler à leurs bébés filles. Certains types de jouets, comme les poupées, favoriseraient aussi l’acquisition de compétences verbales. Les différences entre filles et garçons en ce qui a trait au développement du langage demeurent toutefois l’objet de débats dans la communauté scientifique.

C’est grâce aux stimulations et aux occasions d’échanges qu’il a dans sa famille que l’enfant développe le plus son langage.

Certaines caractéristiques propres à votre enfant influencent également son développement, notamment son tempérament. L’intelligence n’entre toutefois pas nécessairement en jeu. « Il existe plusieurs aspects différents à l’intelligence. Certains enfants peuvent avoir une intelligence non verbale au-dessus de la moyenne, mais ne pas dire un mot », explique la Dre Cousineau.

« L’exposition au langage dans le quotidien, puis dans des expériences variées, influence le développement », ajoute l’orthophoniste Isabelle Meilleur. La famille joue donc un rôle primordial pour fournir une stimulation riche.

« C’était important pour moi de donner à mes enfants des occasions d’apprendre à s’exprimer sans qu’ils se sentent jugés, explique Sophie, maman de Maxinne, Romain et Léandre. Dès leur plus jeune âge, nous leur avons beaucoup parlé. Les voyages en auto, les soupers familiaux et l’histoire du soir sont de bonnes occasions d’échanger. Nous prenons aussi soin d’utiliser un bon langage. »

Des astuces pour l’aider à parler
Dès la naissance :
  • Lui décrire ses activités quotidiennes et les vôtres.
  • Lui chanter des chansons.
  • Répéter les sons qu’il fait.
  • Lui parler beaucoup, lentement et clairement.
  • Faire souvent des pauses pour lui laisser le temps de réagir.

Lorsqu’il commence à parler :
  • Lui montrer que vous êtes intéressé par ce qu’il dit.
  • Vous mettre à sa hauteur et le regarder dans les yeux.
  • L’aider à trouver les mots dont il a besoin ou lui poser des questions. Par exemple : « Tu veux de l’eau ou du lait? » Ou : « Où est papa? »
  • Préciser ce qu’il dit. S’il dit « camion », par exemple, vous pouvez lui répondre : « Oui, c’est un gros camion. »

Lorsqu’il progresse :
  • Lui demander de raconter un événement de sa journée.
  • Faire un jeu de rôle avec lui.
  • Jouer avec des figurines (petits personnages) que l’on fait parler.
  • Jouer aux devinettes ou à des jeux de société.

S’il éprouve des difficultés :
  • Offrir un modèle. Reprendre le message de l’enfant et le reformuler correctement en ajoutant les mots manquants ou en corrigeant la prononciation. Par exemple, si votre tout-petit dit « biscuit tombé », vous pouvez lui répondre : « Oui, LE biscuit EST tombé. »
  • Ne pas demander à l’enfant de répéter. Cela pourrait freiner son désir de communiquer s’il a peur de ne pas dire un mot ou une phrase correctement. Mieux vaut l’encourager à parler en valorisant ses efforts.
  • Ne pas le ridiculiser lorsqu’il se trompe.
  • Le féliciter lorsqu’il s’exprime bien ou qu’il essaie de le faire.

Le livre est un outil efficace pour aider votre enfant à développer son langage, car il permet de répéter souvent les mêmes mots et d’associer ces mots à des images, ce qui aide à les comprendre.

Son langage vous inquiète?

Les parents ne devraient pas tarder à consulter si leur enfant semble éprouver des difficultés de langage. Un professionnel, comme un médecin ou un intervenant du CLSC, pourra vous orienter vers les services en orthophonie ou en audiologie offerts dans votre région. Le rôle de l’orthophoniste est d’évaluer votre tout-petit et de suggérer des stratégies pour stimuler son langage au besoin. L’audiologiste, pour sa part, évalue et traite les troubles de l’audition. Si les difficultés persistent malgré ces interventions, votre enfant pourra être dirigé vers des services spécialisés offerts dans un centre de réadaptation. Une équipe de professionnels aidera alors votre tout-petit à se développer harmonieusement. N’hésitez pas à consulter dès que vous commencez à vous inquiéter, car obtenir des services peut parfois être long.

Voici quelques signes à surveiller :

  • De 0 à 6 mois : votre enfant ne réagit pas aux bruits forts ou lorsque vous lui parlez.
  • Entre 6 et 12 mois : il fait très peu ou pas de sons. Il ne répond pas à son nom.
  • Entre 12 et 18 mois : il ne semble pas souhaiter communiquer, il ne vous montre rien du doigt ou ne vous imite pas.
  • Entre 18 et 24 mois : il ne dit aucun mot ou ne comprend pas ceux utilisés dans le quotidien.
  • Entre 2 et 3 ans : il ne combine pas de mots, son vocabulaire progresse lentement ou il ne comprend pas les consignes simples.
  • À 3 ans : les étrangers ne le comprennent pas ou il répète les questions plutôt que d’y répondre.
  • À 4 ans : il a besoin que vous suiviez une routine pour comprendre vos consignes. Ses phrases ne contiennent pas certains éléments comme les pronoms (je, tu, il…) ou les articles (un, le, la, des…).
  • À 5 ans : il comprend mal les consignes de groupe ou ne peut pas raconter logiquement un événement.
  • À tout âge : il régresse ou il bégaie, et parler lui semble pénible.

Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, mai 2014
Recherche et rédaction : Kathleen Couillard
Révision scientifique : Marie-Ève Bergeron-Gaudin, orthophoniste

Partager