Du berceau à la maternelle

Du berceau à la maternelle
L’élan vers l’apprentissage des connaissances ne doit pas se faire aux dépens des autres sphères du développement : le social et l’affectif. C’est l’affectif qui donne des ailes au goût d’apprendre! 

Savoir compter, c’est bien, mais être autonome et socialiser, ça compte aussi! Nicole Malenfant, enseignante en Techniques d’éducation à l’enfance au Collège Édouard-Montpetit, le rappelle souvent aux parents et aux éducatrices qu’elle forme.

« L’élan vers l’apprentissage des connaissances ne doit pas se faire aux dépens des autres sphères du développement : le social et l’affectif. C’est l’affectif qui donne des ailes au goût d’apprendre! », résume-t-elle.



Favoriser son développement moteur

Pour que votre enfant soit prêt à tenir son crayon, il faudra qu’il ait développé, au préalable, tous ses grands mouvements moteurs (marche, course, saut, etc.) et qu’il puisse dissocier les mouvements de l’épaule, du coude et de la main. « Accompagner votre enfant au parc, jouer avec lui au ballon, c’est préparer son développement moteur, ainsi que sa capacité à l’écriture », assure Caroline Bouchard, professeure en éducation à l’Université Laval et psychologue du développement de l’enfant.

Activités favorisant le développement moteur

  • Prévoir des situations de jeu libre durant lesquelles votre enfant a le temps et le loisir de courir, grimper, danser, etc.
  • Pour les enfants âgés entre 18 mois et 3 ans, utiliser des espaces et du matériel stimulant les sens et la motricité : petits escaliers, tables et chaises, balles et ballons, jouets à tirer ou à pousser, peinture à doigts, casse-têtes, etc.
  • Multiplier les occasions d’écrire et de gribouiller en offrant divers outils (pinceaux, éponges, crayons) et des surfaces variées (papier de soie, sable, ardoise).
  • Offrir le temps nécessaire à votre enfant pour les actions de motricité fine : boutonner un chandail, ajuster une fermeture éclair, mettre ses chaussures, etc.
  • Équilibrer les périodes de repos, de jeux calmes et d’activités plus intenses durant la journée. Le développement moteur et le plein épanouissement de votre enfant dépendent du respect des rythmes de base et de l’alternance des activités.

Favoriser son développement social et affectif

Quand on parle d’habiletés sociales, on parle souvent de l’enfant qui est capable d’attendre son tour, d’être attentif et qui fait preuve de considération pour ses camarades. Mais il y a également les habiletés socioémotionnelles, qui vont permettre à votre enfant d’exprimer ses besoins et ses émotions avec des mots et de reconnaître et de comprendre les émotions des autres.

« Ce sont ces apprentissages qui vont lui permettre de développer des interactions positives, d’éviter les conflits, lui fournissant ainsi un bon départ pour l’école », explique Sylvain Coutu, professeur à l’Université du Québec en Outaouais et spécialiste du développement émotionnel pendant la petite enfance.

« Les habiletés sociales sont un grand critère de réussite scolaire », ajoute Nicole Malenfant. En effet, lorsque l’enfant a des amis, il est porté à aimer les activités de groupe, à aimer bouger avec les autres dans la cour et donc à aimer aller à l’école. Vous pouvez faire beaucoup en tant que parents. « C’est à nous d’y accorder de la valeur et de faciliter les liens sociaux de notre enfant. Puisque le goût d’apprendre se développe dans l’affectif, il se développe avant tout en famille », explique-t-elle.

Activités favorisant le développement social et affectif

  • Avoir du temps de qualité avec votre enfant : être cohérent et constant, fixer des limites claires, dans une relation sensible et chaleureuse.
  • Faire un petit bilan sur votre propre gestion des émotions : êtes-vous un bon exemple en la matière? Quand votre enfant exprime des émotions, êtes-vous rapidement à l’écoute et réceptif à ses moments de tristesse ou de colère?
  • Agir en tant que modèle social : lui montrer comment interagir avec les autres, comment résoudre des conflits. L’aider à entrer en relation avec l’autre, à comprendre ses émotions et à bien les exprimer. À ce titre, ne pas hésiter à utiliser un vocabulaire très riche pour parler de vos émotions et l’aider ainsi à mieux les exprimer lui-même : « Si je comprends bien, cela t’a fait de la peine, parce que… »
  • Profiter des moments de lecture ou de télévision pour faire ressortir le vécu émotionnel des personnages et en parler.
  • Si votre enfant ne fréquente pas un service de garde, le mettre en contact régulièrement avec d’autres enfants. Cela lui permettra de pratiquer ses habiletés sociales.
  • Faire des jeux où l’enfant doit moduler sa conduite et développer l’autocontrôle. Par exemple, jouer avec les couleurs des feux de circulation (vert, jaune et rouge), pour lui apprendre à quel moment avancer, ralentir ou s’arrêter.

Favoriser son développement cognitif

Le cognitif, c’est le développement de la pensée, du raisonnement. Il ne s’agit pas ici de savoir compter. L’important, c’est le rapport aux nombres, aux mathématiques. « Il est prouvé que les enfants qui sont sensibilisés tôt et quotidiennement au langage mathématique (plus, moins, autant que…) et au raisonnement ("Comment es-tu arrivé à faire cela?") réussissent mieux à l’école », explique Caroline Bouchard.

Activités favorisant le développement cognitif

  • Fournir à votre tout-petit la possibilité de toucher, de manipuler, d’emboîter des objets variés.
  • Amener votre enfant plus loin dans ses réflexions, dans ses jeux ou ses activités, sans lui donner les bonnes réponses. « L’idée est d’apprendre à votre enfant comment penser et non quoi penser », précise Caroline Bouchard.
  • Stimuler sa curiosité, son plaisir d’apprendre dans le sens large. Aller chercher des réponses dans un livre, dans des expériences concrètes telles qu’un jeu de devinettes (par exemple : c’est rouge, c’est rond et ça se mange).
  • Pour l’initier à l’esprit mathématique, saisir les occasions du quotidien : le nombre d’assiettes à table, les recettes de cuisine, etc. « Il est préférable que cela émerge d’une expérience et de l’intérêt de l’enfant », explique la spécialiste.
  • Accompagner votre enfant lorsqu’il planifie ses activités et les concrétise. Cet exercice favorise sa concentration, son sentiment de maîtriser les événements en restant centré sur son objectif, en même temps que cela lui demande de préciser ses idées et ses choix.
  • L’amener à reconnaître les effets et les conséquences d’un geste (faire tomber les cubes, faire déborder un seau…).

Favoriser son développement langagier et son goût de la lecture

« Les études prouvent que les difficultés à l’école, les retards scolaires sont liés à des difficultés d’apprentissage en lecture et en écriture. Éveiller votre tout-petit à ces 2 apprentissages à la maison sera déterminant pour prévenir ces difficultés », explique Natalie Lavoie, professeure à l’Université du Québec à Rimouski et spécialiste de l’apprentissage de la lecture et l’écriture. Le plaisir de lire et d’écrire serait même directement lié à la persistance de la motivation pour l’école.

Activités favorisant le développement langagier et le goût de la lecture

  • Créer un environnement riche en écrits de toute sorte : livres pour enfants, journaux, dépliants, revues, ainsi que du matériel pour écrire.
  • Mettre ce matériel à la portée de votre enfant, pour que ce dernier puisse lire ou gribouiller en tout temps.
  • Agir en tant que modèle : écrire et lire devant votre enfant, en parlant de ce que vous faites grâce à cet écrit. Écrire aussi avec votre enfant (des cartes, des lettres, des listes de courses, etc.).
  • Lire des histoires. « C’est l’activité la plus payante », assure Natalie Lavoie. La lecture est, en effet, une des rares activités qui associe le cognitif et l’affectif, un élément puissant pour favoriser l’apprentissage de la lecture et de l’écriture à l’école.
  • Interagir par rapport à l’écrit : poser des questions à votre enfant lorsque vous lisez avec lui, répondre à ses questions, etc. Faire remarquer et reconnaître les symboles et pictogrammes (H de Hôpital, F pour toilette des femmes, etc.).
  • S’amuser à reconnaître les sons qui se ressemblent et à faire des rimes.


Papa, raconte-moi une histoire!
« Il est important que les pères soient un modèle pour leur petit garçon, en matière de lecture et d’écriture », explique la spécialiste Natalie Lavoie, professeure à l’Université du Québec à Rimouski et spécialiste de l’apprentissage de la lecture et l’écriture.
Pourquoi? Parce que le manque de modèles masculins donne l’impression aux petits garçons que ces activités ne sont pas pour eux. « Ils associent ces activités à l’école uniquement ainsi qu’à des activités de filles. C’est le premier pas vers le décrochage dont on parle tant. »
C’est souvent la mère qui fait la lecture aux enfants, fille et garçon. C’est aussi elle qui, quelques années plus tard, s’implique dans l’aide aux devoirs, assiste aux réunions d’école, va chercher les bulletins, etc. Même à l’école, les garçons sont davantage en relation avec des modèles féminins (enseignantes).
« Si, en tant que père, vous vous associez à ces activités et montrez à votre garçon combien c’est plaisant, utile et nécessaire dans la vie d’un homme, il va modifier sa perception de ces activités », insiste Natalie Lavoie. Cela commence avec les premiers livres en plastique et les premiers crayons de cire que vous montrerez à bébé!

Si le développement de votre enfant vous inquiète, des intervenants dans les CSSS pourront vous fournir de l’aide.

Naitre et grandir.com


Source :
magazine Naître et grandir, septembre 2011 et novembre 2013
Recherche et rédaction : Équipe Naître et grandir

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