Zizi, foufounes, bizoune et cie

Zizi, foufounes, bizoune et cie
Par Mireille Dion, Sexologue

Marieve avait 5 ans lorsque son professeur d’éducation physique avait expliqué aux élèves de la classe qu’un ami avait reçu le ballon à la « mauvaise place ». L’ami en question avait très mal : « C’est douloureux de recevoir un coup à cet endroit », avait-il ajouté. Elle avait déduit qu’il s’agissait d’une partie du corps, mais par peur de faire rire d’elle, elle n’avait pas osé demander d’explication. Jamais on ne lui avait parlé de cette mauvaise place, mais ses camarades de classe semblaient pourtant comprendre…

Ce jour-là, elle s’était précipitée vers son père en arrivant à la maison, lui racontant ce qui était arrivé. Angoissée, elle lui avait demandé si elle aussi avait une « mauvaise place » ou, pire, si elle allait en avoir une un jour. Son père avait souri et lui avait expliqué que l’endroit désigné par son professeur était les organes génitaux. Elle lui avait alors spontanément répondu : « Pourquoi il a appelé ça la "mauvaise place"?» « Les gens utilisent parfois d’autres mots pour nommer les choses lorsqu’ils sont gênés et c’est souvent le cas lorsqu’ils parlent des parties sexuelles », lui avait-il expliqué.

L’histoire m’a fait rire lorsque ma collègue me l’a racontée. L’intonation et l’émotion qui teignaient ses paroles en disaient long sur son souvenir! Elle avait fait sourire son père et probablement certains d’entre vous. Pourtant, l’anecdote a provoqué une inquiétude chez cette enfant qui ne demandait qu’à comprendre le développement de son corps et un langage qui n’était pas le sien.

Utiliser les vrais mots

Même en très bas âge, les parents de Marieve ont toujours utilisé les mots justes pour désigner les parties sexuelles. Pour elle, seins, pénis, vulve et fesses avaient été des mots aussi faciles à apprendre que coude, jambe et menton; d’où son incompréhension pour la « mauvaise place ». Or, cette réalité n’est pas la même pour tous, en raison de l’éducation sexuelle que chacun a reçue et des malaises qui leur ont été transmis. En utilisant des mots inappropriés pour nommer certaines parties du corps, nous transférons à l’enfant un malaise qui n’est pas le sien et lui enseignons que la sexualité et les organes génitaux sont tabous. Employer des mots à double sens comme « poche » au lieu de testicules peut aussi contribuer à confondre l’enfant dans sa compréhension du corps humain et de la sexualité. Vous pouvez par contre l’informer que certaines personnes utilisent d’autres mots, évitant ainsi des situations comme celle vécue par Marieve.

Le bain et le changement de couches peuvent être utilisés pour commencer l’enseignement des parties du corps, y compris les organes génitaux. Les jeux d’identification (« Où est ton nez? », « Ton nombril? », etc.) donnent aussi à l’enfant une occasion d’élargir son vocabulaire. L’utilisation de termes exacts est donc tout indiquée. L’enfant intégrera alors naturellement les parties sexuelles à l’ensemble de son corps, ce qui lui permettra de grandir en étant à l’aise avec ce dernier. Pourquoi alors utiliser « zizi » au lieu de pénis ou « péteux » au lieu d’anus?

Cela dit, je ne suis pas contre l’utilisation de mots « coquins » pour désigner les parties sexuelles, mais seulement dans la mesure où l’enfant connaît aussi les termes exacts afin d’éviter toute ambiguïté. Je me questionne par contre encore sur l’intérêt de le faire.

Et vous, êtes-vous à l’aise de nommer les organes génitaux par leurs vrais noms avec vos enfants?

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