Les allergies alimentaires: agissons!

Les allergies alimentaires: agissons!
Par Dre Taz, Omnipraticienne

Longtemps, on m’a perçue comme une mère-médecin-poule paranoïaque lorsqu’il s’agissait des allergies de Fiston senior. Pourtant, si je me fie aux statistiques sur les allergies alimentaires, je suis loin d’être la seule à m’inquiéter à ce sujet! Je crois même que c’est une préoccupation réelle de la société.  

Des données récentes affirment que les allergies alimentaires chez les enfants ont augmenté de 18 % dans le monde ces dernières années. Santé Canada soutient que 1,8 million de Canadiens souffrent d’allergies alimentaires potentiellement mortelles. Six pour cent des enfants sont atteints de ce que j’appelle un « handicap invisible ».

Dans notre vie, au quotidien, nous côtoyons de plus en plus de personnes allergiques. Dans l’avion que j’ai pris au mois de mai dernier, le pilote a fait l’annonce suivante : « Attention, un passager à bord est très allergique aux arachides. Nous vous demandons de ne consommer aucune collation personnelle qui pourrait en contenir. »  Si vous avez organisé une fête d’enfants récemment, il y avait sûrement au moins un petit invité allergique dans le groupe.

Mais, malgré le nombre croissant d’enfants allergiques, je me rends compte qu’un travail important de sensibisation et d’éducation reste encore à faire. Une revue scientifique à laquelle je me réfère souvent, Pediatrics, a publié une excellente étude qui illustre bien comment nous ne prenons pas toutes les précautions nécessaires pour prévenir les réactions allergiques. Des chercheurs ont suivi, durant 3 ans, 500 enfants de 3 mois à 15 mois allergiques au lait, aux oeufs ou aux noix. Plus de 70 % d’entre eux ont été accidentellement exposés à un allergène causant une réaction significative, dont 11 % très importantes.

Quatre-vingt-sept pour cent de ces réactions étaient dus à une ingestion non intentionnelle d’un aliment incriminant : 

  • 65 % par négligence ou oubli
  • 16 % par erreur lors de la lecture des ingrédients
  • 15 % par contamination croisée (par exemple, utilisation d’un couteau qui a servi pour le beurre d’arachides et ensuite pour la confiture)
  • 4 % par erreur dans la préparation du repas
  • 0,1 % en raison d’une erreur dans l’étiquetage

L’épinéphrine injectable n’a été utilisée que dans 30 % des cas! Les raisons invoquées :

  • la non-reconnaissance des symptômes d’allergie;
  • attendre que les symptômes soient plus graves;
  • la peur d’utiliser l’injecteur;
  • ne pas avoir l’injecteur sous la main.

Mais la conclusion la plus importante de cette étude, selon moi : dans 50 % des cas, c’est un adulte qui n’est pas le parent qui a offert l’aliment fautif et qui était présent lors de la réaction!

Il faut faire plus!

Le 4 août dernier, une nouvelle réglementation quant à l’étiquetage des aliments est entrée en vigueur au Canada, obligeant les fabricants à mentionner de façon claire la présence des allergènes dans la liste des ingrédients. D’accord, être plus précis dans l’étiquetage des aliments, c’est un beau geste, mais c’est loin d’être suffisant puisqu’il n’éviterait que 0,1 % des réactions allergiques! Il faut en faire plus, même quand on n’a pas d’enfant qui souffre de cette maladie. Agissons!

  • Apprenons à reconnaître une réaction allergique grave, qui peut être très variable : vomissement, difficulté à respirer, urticaire, enflure des lèvres, etc.
  • Vaut mieux un remord qu’un regret : même si on n’est pas certain que c’est approprié, même si l’épinéphrine injectable peut avoir des effets secondaires, administrons-le dès qu’on a un doute.
  • Visionnons sur YouTube une vidéo qui montre comment utiliser l’auto-injecteur d’épinéphrine (EpiPen) ou le double injecteur (en anglais seulement).
  • Parlons des allergies à TOUT le monde : profs, amis, famille, gardienne, voisins, etc.

Ne faudrait-il pas, en tant que citoyen responsable, prendre en main ce qui me semble aussi socialement important que le recyclage ou l’excès de vitesse sur les routes? Les allergies ne sont qu’un tremplin pour émettre une suggestion : les cours de premiers soins (incluant l’éducation sur les allergies) devraient être obligatoires à l’école. Avec renouvellement au secondaire, au cégep, à l’université, au travail.

Selon vous, dois-je aller soigner ma soi-disant paranoïa ou, au contraire, demander à un candidat d’ajouter cette promesse à sa campagne électorale?

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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