Prévenir l'anorexie, ça commence tôt

Prévenir l'anorexie, ça commence tôt
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste

On ne se doute pas que les belles joues rondes de notre bébé qu’on aime tant bécoter puissent un jour se creuser au point de nous inquiéter. On n’imagine pas que ses cuisses dodues qu’on aime bien chatouiller puissent se décharner. On ne s’imagine pas que celle qui boit avidement à notre sein ou qui mange son repas avec appétit puisse un jour refuser de s’alimenter. On refuse de croire que son regard rieur puisse un jour déformer son corps. Pourtant, l’anorexie nerveuse et la boulimie menacent toutes les petites filles (et même les garçons). Dont la mienne.

On croyait que les troubles alimentaires comme l’anorexie nerveuse et la boulimie ne touchaient que les adolescentes. C’est faux. Des fillettes de moins de 10 ans en souffrent. Les médecins eux-mêmes sont mystifiés. Et préoccupés, il va sans dire. L’anorexie nerveuse menace tout de la croissance : la solidification des os, le développement des muscles et du cerveau, la maturation sexuelle, etc. En fait, l’anorexie nerveuse menace même la vie.

Cette réalité me donne froid dans le dos. Puis-je prévenir une éventuelle dégringolade menant à l’autodestruction?

Oui et non. Il existe une prédisposition génétique à l’anorexie et à la boulimie à laquelle je ne peux rien. Ma fille peut être vulnérable, peut ne pas l’être. Et si elle est vulnérable, elle développera peut-être la maladie si un événement ou une condition la déclenche. Ça fait beaucoup de « peut-être » sur lesquels je n’ai pas de pouvoir. Les seuls facteurs sur lesquels j’en ai, ce sont les attitudes, les comportements et les paroles qu’elle observe et qu’elle entend à la maison. On ne peut pas la protéger de tout, mais on peut la protéger de nous. (Oui, j’ai écouté la chanson Les belles années, de Vilain Pingouin récemment!)

Mes enfants ont seulement 3 ans et 5 ans et, déjà, j’ai cette protection et cette prévention en tête. Concrètement, leur père et moi (parce que c’est l’affaire des deux parents) :

  • évitons les commentaires relatifs à leur poids;
  • évitons les commentaires relatifs au poids de leurs petits amis ou éducatrices;
  • évitons de critiquer notre poids ou notre silhouette devant eux;
  • demandons gentiment à leurs grands-mamans de faire la même chose;
  • ne parlons pas « d’aliments qui font grossir ou non »;
  • n’essayons pas de contrôler les quantités d’aliments que nos enfants mangent;
  • ne privons pas les enfants de dessert ou de croustilles quand nous en mangeons.

Comme parents, nous sommes des modèles pour nos enfants. Avec nos qualités et nos défauts. À travers tout ce que nous faisons, disons et même pensons, nous influençons leur développement. Il faut donc être conscient qu’à travers nos travers, ils sont susceptibles de développer une préoccupation à l’égard de leur poids et de l’alimentation. Pour les aider à s’aimer comme ils sont et pour les aider à aimer manger sainement, il faut essayer d’appliquer ces principes à soi aussi.

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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