Sur la piste des coliques

Sur la piste des coliques
Par Kathleen Couillard, Journaliste scientifique
Encore aujourd’hui, les spécialistes sont toujours incapables d’expliquer avec certitudes l’origine des coliques.

En 1954, le Dr Morris A. Wessel publiait une description des coliques que les médecins utilisent encore aujourd’hui. La Société canadienne de pédiatrie décrit en effet un bébé à colique comme un bébé en santé et bien nourri qui pleure de façon excessive sans raison évidente plus de 3 heures par jour, au moins 3 jours par semaine pendant plus d’une semaine.

Soixante ans après la publication du Dr Wessel, les spécialistes sont toujours incapables d’expliquer avec certitude l’origine des coliques. Il faut dire que les pleurs inconsolables constituent le seul véritable symptôme. Il n’est donc pas étonnant que la cause des coliques ne puisse être identifiée que dans seulement 5 % des cas.

Plusieurs hypothèses existent toutefois pour tenter de mieux comprendre ce qui peut faire pleurer les bébés. En voici quelques-unes.

Un problème gastro-intestinal?

Cette hypothèse se base sur le fait que les bébés avec des coliques remontent souvent les jambes sur leur ventre et ont parfois des gaz. Certains chercheurs croient donc que l’immaturité du système digestif et nerveux nuirait au fonctionnement de l’intestin causant ainsi des contractions douloureuses.

En général, les coliques surviennent entre la 6e et la 8e semaine de vie du bébé, mais elles peuvent aussi apparaître 3 semaines après sa naissance. Puis, sans raison apparente, les coliques diminuent peu à peu vers le 4e mois.

De plus, l’intestin des nouveau-nés absorberait mal les gras et les nutriments. Cela influencerait le type de bactéries qui se développent dans leur intestin. Des études ont d’ailleurs révélé que les bébés qui souffrent de coliques ont une flore intestinale bien particulière. C’est pourquoi l’utilisation de probiotiques est parfois conseillée pour traiter les coliques. Toutefois, les études à ce sujet arrivent à des résultats contradictoires. La Société canadienne de pédiatrie mentionne donc qu’il n’y a pas assez de preuves pour recommander les probiotiques pour prévenir les coliques.

Par ailleurs, certains experts croient que les coliques s’expliqueraient par une allergie alimentaire chez le bébé. Les protéines du lait de vache seraient souvent montrées du doigt. C’est pourquoi on suggère parfois aux mères allaitantes d’ajuster leur alimentation et à celles qui donnent le biberon d’opter pour des préparations hypoallergéniques. Selon la Société canadienne de pédiatrie, ces interventions fonctionneraient toutefois seulement chez un petit nombre de bébés avec coliques. En effet, à peine 2 % à 3 % des bébés souffrent d’une allergie aux protéines du lait de vache. De plus, les régimes alimentaires stricts chez la mère peuvent mener à des carences nutritionnelles ou au sevrage chez les bébés allaités. Les experts recommandent donc de réserver ces interventions aux nourrissons chez qui on soupçonne sérieusement une allergie.

Les migraines?

Selon certaines études, les mères qui souffrent de migraines risquent davantage d’avoir un bébé à colique. De plus, les bébés qui ont des coliques sont plus nombreux à avoir des migraines plus tard dans leur vie. Les experts croient donc à un lien entre ces deux états.

Cependant, les scientifiques ne comprennent pas encore exactement ce qui ferait pleurer les bébés. Il est bien sûr possible qu’ils aient mal à la tête. Toutefois, ces bébés pourraient également être excessivement sensibles aux bruits et à la stimulation lumineuse. Dans un cas comme dans l’autre, diminuer les sons, tamiser les lumières et éviter les odeurs fortes pourraient aider ces enfants.

Une étape normale du développement?

En étudiant la fréquence et l’intensité des pleurs de plusieurs bébés nord-américains, un chercheur montréalais a conclu que les coliques seraient une étape normale du développement. Selon lui, tous les bébés pleureraient beaucoup puisque cela leur permettrait de recevoir des soins de la part de leurs parents. Les pleurs seraient même un signe de santé et de vigueur.

De plus, selon la Société canadienne de pédiatrie, les symptômes comme les régurgitations et les gaz s’expliqueraient par le fait que les bébés avalent de l’air en pleurant. Ils expulseraient ensuite cet air en régurgitant et en faisant des gaz.

Par ailleurs, certains bébés pleurent plus que d’autres tout simplement en raison de leur tempérament qui les rend plus sensibles, croient certains scientifiques. Il s’agirait donc d’une différence individuelle normale.

Cette idée a toutefois été critiquée par d’autres experts. Ceux-ci soulignent entre autres que les pleurs de bébés sont moins fréquents dans d’autres régions du monde. De plus, ils craignent qu’un tel discours pousse certains parents à ne pas prendre au sérieux les pleurs de leur enfant. Ces experts mentionnent d’ailleurs que des études ont démontré que la fréquence des pleurs diminue lorsqu’un parent prend soin de son bébé.

Aucune théorie pour expliquer les coliques ne semble faire l’unanimité. En fait, probablement que plusieurs facteurs sont en cause et que ceux-ci varient d’un bébé à l’autre. Les parents devraient donc demeurer attentifs à leur bébé pour tenter de déterminer ce qui lui fait du bien. Bien entendu, si les pleurs sont accompagnés d’autres symptômes (ex. : un gain de poids lent ou de la fièvre), consulter un médecin est alors préférable.


Kathleen Couillard est aussi l’auteure du blogue Maman Éprouvette.

Photo : GettyImages/Nenadpress

Kathleen Couillard, Journaliste scientifique
D'abord microbiologiste, je suis maintenant journaliste scientifique et maman. Je concilie donc, pour mon plus grand plaisir, science, parentalité et enfance.
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