Les convulsions fébriles: la minute qui a duré une éternité

Les convulsions fébriles: la minute qui a duré une éternité
Par Dre Taz, Omnipraticienne

On suppose que 7 ans d’études et autant en pratique médicale vous préparent à tout. Mais quand ça vous tombe dessus, rien ni personne n’aurait pu suffisamment vous préparer à ça.


Ce matin-là, j’ai à peine remarqué que Fiston était un peu chaud. C’est vrai qu’il a refusé de boire son lait et qu’il était étrangement calme, au milieu du salon. Je lui ai peut-être refilé mon dernier virus ou peut-être qu’une dent pointe son nez, me suis-je dit. Bref, je banalise mes inquiétudes et profite de cette accalmie pour vider le lave-vaisselle, mission périlleuse pour tout parent d’un bébé de 15 mois. Mais, c’est de courte durée. J’entends des battements de jambes sur le plancher et mes relations avec mes voisins d’en bas sont plus importantes que mes corvées ménagères. Je regarde nonchalamment le micro-ondes : 9 h 52. Je retourne au salon et une scène d’horreur apparaît.

Fiston est allongé sur le sol. Son petit corps est parcouru de tremblements saccadés. Sa tête cogne contre le sol dans un bruit fracassant. Ses yeux sont révulsés et effrayants. Ses mains sont raides et tordues. De l’écume blanche coule sur son menton.

Il convulse.

J’ai vu cette scène des dizaines de fois dans le cadre de ma profession, mais c’est comme une première fois. C’est mon Fiston. Je suis convaincue que mon coeur s’est arrêté de battre. Je hurle. Tout se déroule au ralenti. Mes réflexes de docteur ont probablement pris le dessus, mais mon cerveau est engourdi dans une lenteur insupportable.

Je tourne Fiston sur le côté. Je vérifie qu’il n’a rien dans la bouche qui pourrait l’étouffer. J’écarte les jouets autour de lui pour éviter qu’il se fasse mal. Malgré mon irrépressible envie de le serrer dans mes bras, je me contente de poser un coussin sous sa tête, car l’immobiliser pourrait nous blesser, lui et moi. Son front est brûlant. Je l’appelle en criant, mais il est inconscient. Quand il cesse enfin de convulser, les craintes les plus ténébreuses m’envahissent. J’ai peur de mettre ma main tremblante sur sa poitrine... son coeur bat et il respire. J’essuie les grosses larmes qui brouillent ma vue et regarde ma montre : 9 h 53. La plus longue minute de ma vie. Fiston dort paisiblement et je devrais le laisser émerger lentement, mais j’en suis incapable. Je crie son nom. J’appelle l’ambulance, mais je bégaie tellement que je parviens tout juste à donner mon adresse.

Je ne souviens plus très bien de la suite. On m’a annoncé que les tests étaient normaux et la fièvre causée par un simple rhume. J’ai sangloté dans les bras de l’urgentologue. Je connaissais par coeur son discours pour l’avoir moi-même répété des dizaines de fois, mais ça m’a rassurée de l’entendre.

Rassurée qu’on me rappelle que les convulsions fébriles sont courantes (surtout s’il y a des antécédents familiaux), puisqu’elles touchent 5 % des enfants de 6 mois à 5 ans, au cours d’une brusque poussée de fièvre. Si soudaine, que parfois les parents ne savent même pas que leur enfant est fiévreux. Les mouvements durent généralement moins de 5 minutes, mais peuvent se prolonger. L’enfant met parfois plus d’une heure à revenir tout à fait « à la normale », comme s’il était très endormi. Il n’y a aucune séquelle et ça ne signifie pas qu’il souffrira d’épilepsie plus tard.

Pendant que Papa nous reconduit à la maison, je reste assise à côté de Fiston, à observer sa respiration. Ce n’est qu’après plusieurs jours que j’ai cessé une surveillance rapprochée, même si ce n’était absolument pas nécessaire. Encore aujourd’hui, ce moment horrible hante mes cauchemars.

Chers lecteurs, j’aurais pu vous expliquer clairement le mécanisme des convulsions fébriles. Insister pour que vous gardiez votre calme. Énumérer la liste des gestes à poser (surtout sécuriser son environnement pendant la crise et consulter un médecin dès que possible). Mais tout ça, vous l’avez sûrement déjà lu ou entendu.

Ce que je voulais vous dire, avant tout, c’est que c’est un des pires moments dans la vie d’un parent. Un réel traumatisme. Mais je voulais aussi vous dire que c’est bénin, réversible, et que ça finit par être un mauvais souvenir, rien de plus.

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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