Les caprices alimentaires, une affaire de gènes?

Les caprices alimentaires, une affaire de gènes?
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste

« Nos goûts alimentaires inscrits dans nos gènes? », était titrée une nouvelle sur le site web de Radio-Canada récemment. D’Ici Radio-Canada, je veux dire. Selon les résultats d’une étude scientifique faite sur des poissons-zèbres, il se produit une activation d’un gène particulier lorsqu’ils mangent un aliment acide ou amer qu’ils n’aiment pas. Cette réaction diminue au fur et à mesure que l’aliment devient plus familier et mieux accepté.

caprices_genesC’est intéressant d’expliquer ce phénomène d’un point de vue de la génétique, mais d’un angle pratico-pratique, c’est quelque chose qu’on connaît assez bien. C’est l’histoire du développement du goût, comme on la connaît notamment chez l’enfant.

Avant même la naissance, le fœtus est en contact avec des saveurs dans le ventre de sa mère. Dès ce moment, des chercheurs ont remarqué par différentes observations que le fœtus apprécie les saveurs sucrées et n’aime pas les saveurs amères. Même chose à la naissance : bébé rejette d’emblée les saveurs amères, mais il tète instinctivement et aime instantanément le lait maternel. C’est naturel et c’est ainsi depuis la nuit des temps, puisque dans la nature, les poisons sont souvent amers. Il s’agit ni plus ni moins d’un mécanisme de protection. C’est un peu une question de survie de la race, quand on y pense!

Ce sont donc les préférences innées. Mais il y en a aussi qui sont acquises, puisque les goûts se développent. Les enfants apprennent à aimer ce qu’ils connaissent. Et pour connaître des aliments, ils doivent être en contact souvent avec eux. C’est ce que les chercheurs soulignent quand ils écrivent qu’après 2-3 jours, les poissons-zèbres ne démontrent plus de variation génétique.

Dans la vraie vie et avec des petits humains plutôt que des larves de poissons, la période d’adaptation peut prendre plus – voire beaucoup plus – que 2-3 jours. Ça peut prendre 15 ou 20 fois, et même plus avant qu’un enfant démontre un intérêt et un signe d’acceptation d’un nouvel aliment. Il ne faut donc pas vous décourager après 2-3 tentatives infructueuses. Continuez plutôt de mettre l’aliment au menu régulièrement, sans forcer votre enfant à en manger et en en mangeant vous-même avec plaisir. Le temps et le contexte positif viendront à bout de presque tous les refus!

Une explication peut aussi vous faire voir les « caprices » de votre enfant d’un autre œil. Saviez-vous qu’il a sur la langue et dans la bouche plus de papilles gustatives que vous? Et qu’elles sont plus sensibles que les vôtres?  C’est ainsi que pour lui, une nouvelle expérience gustative est plus intense que pour un adulte. Et c’est aussi pourquoi il apprécie généralement les saveurs plutôt douces.

Bref, les aversions ne sont pas de simples caprices. Elles ont leur fondement génétique. Mais ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’elles déclenchent un mécanisme d’adaptation et de développement du goût. Les aversions sont inscrites dans les gènes, pas dans le béton!

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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