L’éducation à la sexualité: qui doit s’en charger?

L’éducation à la sexualité: qui doit s’en charger?
Par Mireille Dion, Sexologue

À l’occasion de l’anniversaire de son fils, Karine a animé un jeu durant lequel chacun doit nommer un objet qu’il apporte dans sa valise pour partir en voyage. Un premier copain a dit : « Une serviette! » Le second : « Une brosse à dents! » Le suivant : « Un maillot de bain! »  L’un d’entre eux a alors ajouté : « Si c’est un voyage à Cuba, j’ai déjà vu des filles faire du monokini! »

En raison des regards interrogateurs des enfants et de leurs questions, Karine a décidé d’expliquer à cette bande de gamins plutôt fascinés que, dans certains pays, il est acceptable de se promener sur la plage les seins nus, tandis que dans d’autres, comme le nôtre, les gens ne le font pas. Le rôle lui revenait-il? Sa réponse était-elle correcte? Tant de questions!

 La sexualité étant un sujet encore tabou et délicat, il est peu probable qu’un adulte décide tout bonnement de faire de l’éducation sexuelle auprès des enfants dont il a la charge. Comme il est aussi recommandé de ne pas devancer leurs questions, les adultes attendent habituellement les occasions pour enseigner aux enfants une notion de cette nature.

Dans les faits, l’éducation à la sexualité se fait la plupart du temps dans certains contextes, par des questions, des occasions que j’appelle des «portes». Les enfants les ouvrent et les adultes doivent saisir ces occasions.

Dans l’exemple mentionné plus haut, l’occasion se prêtait pour expliquer la nudité aperçue sur les plages de Cuba. Si Karine n’était pas intervenue, les enfants auraient continué de s’interroger et seraient allés chercher une réponse ailleurs. Et c’est à ce « ailleurs » que la réponse aurait pu ne pas être aussi constructive. Mieux vaut donc que vous répondiez aux questions des enfants (voir à ce sujet mon blogue Dire la vérité sans tout dire ) que de laisser n’importe qui satisfaire leur curiosité.

Karine a donc bien fait de répondre aux interrogations de ses petits invités. Son explication était simple et basée sur des faits, et une fois les questions épuisées, tous ont repris le jeu de la valise.

Je suis d’avis que chacun a un rôle à jouer en matière d’éducation à la sexualité. Autant les milieux de garde que les parents. Les enfants ouvrent des « portes» spontanément, qu’ils soient en vacances chez grand-mère, au service de garde avec leur éducatrice, avec leur gardien un soir de semaine ou au beau milieu d’un repas avec leur parent. C’est en effet souvent auprès de gens significatifs qu’ils chercheront des réponses à leurs questionnements, parce qu’ils leur font confiance. Toute personne côtoyant un enfant est donc susceptible, à un moment ou à un autre, d’être témoin d’une occasion, d’une porte qui s’ouvrira sur l’apprentissage de la sexualité. Le rôle revient donc à chacun de nous.

Nous n’avons pas tous la même aisance pour aborder le sujet, mais rassurez-vous, les explications de points de vue différents peuvent enrichir et faciliter la compréhension de l’enfant. Il est d’ailleurs recommandé d’offrir aux enfants plusieurs livres sur un même sujet (comme sur la conception des bébés ou l’apprentissage de la propreté), puisque chacun a sa façon de dire les choses.

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