La règle des 5 secondes et les aliments

La règle des 5 secondes et les aliments
Par Dre Taz, Omnipraticienne

Je dois avouer que je le fais souvent, et sans scrupule. Dans la cuisine, dans le salon, dans les chambres à coucher. Parfois dans la cour sur le gazon. Mais rassurez-vous, jamais je n’oserais dans la salle de bains et encore moins sur le trottoir : j’ai un peu de pudeur. Et je ne parle pas de sexe, petits coquins!, mais simplement de ramasser un morceau d’aliment tombé par terre pour continuer à le savourer!

 Mon fils fait tomber de la nourriture constamment, sans égard à l’endroit ou à l’aliment en question. Il a une préférence pour ce qui roule et se rend loin : les bonbons et les céréales, mais parfois il se laisse aller avec la tartine matinale et autres. Bien sûr, les intrus camouflés sous le tapis, entre les craques du sofa ou sous Spider-Man dans le coffre à jouets finissent immanquablement dans la poubelle.

Mais si je suis témoin de la scène et que c’est une pièce de la maison relativement hygiénique, je me contente de souffler rapidement dessus pour rendre la chose de nouveau comestible.

Mais devrais-je le laisser faire cela? Après tout, combien de germes peuvent sauter sur un seul biscuit en trois secondes? Question existentielle cette semaine, surtout quand je lis la chronique de ma collègue sur les dangers microscopiques qui nous guettent et attendent patiemment notre relâchement. Par ailleurs, j’ai appris à un moment dans mes 10 ans de médecine que Salmonella et autres bactéries peuvent survivre jusqu’à 1 mois sur une surface, même sèche, qui n’est pas consciencieusement nettoyée.

Une étude australienne affirme qu’il y a un risque, même pour un aliment ayant à peine effleuré le sol et été ramassé immédiatement. Cette conclusion contredit une étude antérieure qui permettait un délai de 5 secondes pour ramasser l’aliment. Elle-même démentait 2 études américaines datant de quelques années nous assurant qu’un aliment ayant « traîné » pendant 5 minutes restait sécuritaire.

D’autres études précisent que tout dépend de l’endroit où tombe la nourriture. Le pire semblerait... la cuisine! (Moi qui croyais le contraire!) On considère que c’est là que se trouve potentiellement la plus grande concentration de résidus alimentaires crus.

Alors, chers amis parents, faut-il commencer à s’entraîner à s’élancer constamment sur le plancher comme des joueurs de volley-ball?

Par contre, si je crois cette autre étude qui a suivi 2 000 sujets malais pendant 20 ans, les enfants exposés à de hautes concentrations de « microbes » ont des taux de Protein-Réactive-C (CRP) très bas. Ce biomarqueur sanguin est prédictif du risque de contracter une maladie cardiovasculaire dans le futur. Les enfants qui ont attrapé plusieurs gastroentérites sont donc moins susceptibles de faire un infarctus à l’âge adulte.

Voilà qui vient ébranler un monde médical qui, depuis 160 ans, et particulièrement ces dernières années avec le H1N1, prône l’hygiène la plus stricte et absolue.

Bien sûr, il faut prendre ces 2 études avec un grain de sel. Est-ce qu’un aliment sur lequel s’est posé un micron de salmonelle suffit à rendre malade? Et il faudra certainement attendre une autre vingtaine d’années avant de savoir la réelle signification d’un CRP bas par rapport au risque cardiovasculaire.

Reste qu’en attendant, qu’est-ce qu’on fait avec le pétale de céréales multigrains qui vient de s’échoir sur le plancher?

Moi, je vais continuer à souffler dessus et le rendre à fiston. Je vais peut-être ajouter une petite formule magique pour m’assurer qu’il n’y a pas assez de bactéries pour donner une gastroentérite, mais suffisamment pour le protéger d’une crise cardiaque dans 40 ans...

Et vous, vous faites quoi?

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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