Éducateurs en garderie: défaire les préjugés

Éducateurs en garderie: défaire les préjugés
Par Mireille Dion, Sexologue

 J’ai dernièrement offert une formation à des responsables en service de garde et c’est ainsi que j’ai rencontré Hélène. Elle m’a raconté qu’il y a quelques années, elle a ouvert une garderie en milieu familial avec son conjoint. Comme il s’agit d’un projet commun, ils sont propriétaires à parts égales et participent équitablement aux différentes tâches et responsabilités afin d’assurer le bon fonctionnement de leur entreprise. Ce qui est, à mon avis, tout à fait logique.

Or, Hélène a souligné que lorsqu’elle reçoit une nouvelle demande pour une place disponible au sein de sa garderie, elle devance presque chaque fois la question du parent, en indiquant que son mari travaille avec elle, MAIS qu’il ne participe pas aux changements de couches, ni à tout ce qui a trait à l’apprentissage de la propreté (aider l’enfant à descendre son pantalon, par exemple, ou encore, essuyer ses fesses).

Voyant que j’étais à la fois étonnée et déçue, elle a ajouté qu’il lui est souvent arrivé que des parents n’aient pas choisi sa garderie parce que son conjoint travaille avec elle. Résultat : elle défend qu’il ne participe pas aux soins personnels des enfants et ainsi, les places disponibles sont plus facilement comblées.

Mon questionnement a alors été : quel message envoyons-nous aux parents, mais aussi au conjoint d’Hélène (et à tous les autres hommes travaillant en petite enfance)?

Hélène aime son mari; ils ont une belle relation et elle a confiance en lui. Malheureusement, rassurer les parents en leur indiquant clairement que son conjoint n’exerce pas certaines tâches, leur donne raison de croire que son propre conjoint est « dangereux ». Par le fait même, elle entretient indirectement, la pensée selon laquelle tous les messieurs sont de potentiels agresseurs.

Le comportement d’Hélène a aussi eu un impact sur l’estime de son conjoint et sa confiance en lui. Effectivement, bien que n’ayant aucun reproche à se faire, il est devenu mal à l’aise à l’idée de changer les couches (et surtout à ce que pourraient dire ou penser les parents de l’enfant en question) et préfère de loin ne pas avoir à le faire, même en l’absence d’Hélène.

Je comprends qu’il est difficile de laisser son enfant à des étrangers. Je comprends aussi que les histoires d’horreur selon lesquelles le mari de l’éducatrice a abusé ou a maltraité des enfants alimentent la méfiance. Par contre, je crois que les hommes ont une place dans l’éducation des enfants et que ces derniers peuvent bénéficier de leur présence, par exemple dans le cas d’une famille monoparentale dont l’enfant n’a pas de modèle masculin. De plus, c’est connu, les hommes jouent différemment, ce qui permet aux enfants de faire des jeux plus physiques et compétitifs lorsqu’ils sont en contact avec un éducateur.

J’ai osé aborder la question lors de ma récente conférence sur la sexualité et le développement des enfants avec les participantes. Une maman m’a répondu qu’elle vivait présentement cette situation; les propriétaires du service de garde que fréquente sa fille sont un couple dont le conjoint participe à toutes les tâches et responsabilités. Elle m’a avoué avoir eu des inquiétudes, mais qu’elle avait choisi de se fier à son bon jugement et de faire confiance. Je suis d’avis que les qualités requises pour bien s’occuper d’un groupe d’enfants ne sont pas liées au sexe de la personne. Je pense aussi qu’il est important de voir au-delà des préjugés et de faire confiance à son jugement.