La paresse: un art à enseigner!

La paresse: un art à enseigner!
Par Dre Taz, Omnipraticienne

Il fait enfin soleil, c’est la coupe mondiale de soccer ET le Festival de jazz, ma liste de patients reste toujours aussi longue et ma rédactrice s’arrache les cheveux parce que ma chronique est encore en retard!

Heureusement, en tant que maman, et comme la plupart des « super » parents, je développe mon sens du « multitâche ». Donc, entre 2 patients et pendant ce qui devrait être 5 minutes de liberté, j’en profite pour rédiger cette chronique, rattraper quelques dossiers, imprimer la programmation du Festival de jazz, allonger mes jambes sur le bord de la fenêtre pour parfaire mon bronzage, allumer la radio pour connaître le score... et tout ça en mangeant mon sandwich multigrain bio.

La vie est courte, je vous l’accorde. Nos voulons tout, tout le temps, tout de suite... et pareil pour Fiston. Je l’ai inscrit au meilleur camp de vacances, entre des cours de natation et le tournoi de soccer. J’ai déniché une gardienne anglophone pour l’initier au bilinguisme et acheté un cahier d’exercices pour peaufiner son alphabet. Et en musique de fond à la maison, c’est toujours du Mozart: il paraît que ça multiplie les neurones. Voilà. Fiston ne s’ennuiera pas : son été sera super.

Vraiment?

Les études affluent sur le manque de sommeil et le stress chez les enfants. Je suis très souvent confrontée à de petits patients qui somatisent : « z’ai mal au ventre » ou « ma tête me fait mal »... En fin de compte, l’examen médical ne révèle rien, et on conclut à l’expression d’un stress. À 3 ans. On en fera des adultes angoissés, perfectionnistes, incapables de création ni d’un moment de solitude.

Il s’avère que l’art de ne rien faire, le farniente, la paresse est aussi nécessaire que n’importe quelle acquisition du développement, comme le langage ou la motricité fine. Des périodes de vide total. De temps non structuré. Aucune obligation de performance, de mémorisation, de compréhension. Rien. L’autostimulation.

Je ne me rappelle même plus la dernière fois que j’ai parlé au téléphone en portant une attention complète à mon interlocuteur. J’en profite pour nettoyer le comptoir, ouvrir le courrier, ranger des vêtements. Quand est-ce que j’ai écouté une nouvelle musique, assise dans un fauteuil, les yeux fermés? Non, j’en profite pour congeler le souper, arroser mes plantes, repasser...

Je n’ai pas envie de transmettre ce pathétisme à Fiston.

Enseignons à nos enfants à prendre conscience de leur corps, de leur environnement, de leur respiration. Faire une chose à la fois, tranquillement, avec satisfaction et sérénité. N’est-ce pas le principe même du yoga, de la méditation, de la prière, de toutes les philosophies du bien-être? 

L’été de nos enfants sera beau et comblé par leurs propres initiatives. Une activité par-ci, par-là reste évidemment un grand plaisir. Mais assurons-nous qu’il n’y ait pas trop de routine, qu’il y ait de la place pour les siestes, le jeu libre et l’imagination.

Ils auront toute leur vie pour prouver ce qu’ils valent dans l’étrange mécanisme de notre société. D’ici là, laissons-les être ce qu’ils sont, à leur rythme.

Bon, mon bronzage semble un peu plus uni et ma chronique est terminée. Ma secrétaire m’appelle encore, les patients s’impatientent... Je savoure un dernier rayon de soleil en fermant les yeux, sur un air de Miles Davis... Le cahier d’exercices d’alphabet et le tournoi de soccer sont sûrement facultatifs après tout...

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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