Jeux de mains, jeux de vilains

Jeux de mains, jeux de vilains
Par Dre Taz, Omnipraticienne

Il est 17 h 30. Chez moi, c’est l’heure fatidique. Je rentre du boulot, exténuée. Mais ma deuxième vie commence : le souper, le bain, les messages sur le répondeur, la lessive... Vous connaissez la chanson. En général, tout est sous contrôle. Mais toute généralité a une exception.

Il y a des jours où la vie ne m’épargne pas : un patient qui a chopé un cancer, une panne de métro, la toilette qui a encore débordé, etc. Et c’est à 17 h 49 précise que mon fils, malgré mes avertissements répétés, persiste à jouer au ballon dans le salon. Il ne réussit pas à me décapiter, mais en revanche, fait tomber mon ordinateur portable.

C’est la goutte qui fait déborder la mère. La cerise sur la maternité. Ma main part toute seule et l’écho du bruit fracassant de ma colère résonne encore dans ma tête au moment où j’écris ces lignes.

En 2006, l’ONU a adopté une politique interdisant le châtiment corporel envers les enfants (que seuls les États-Unis et la Somalie ont refusé de ratifier). Plus de 80 études sur le sujet ont conclu que la punition physique majore le risque de conduite agressive, de maladies mentales, de toxicomanie et de manifestations antisociales diverses.

Mais bon, on se doutait bien de tout ça. Nous ne sommes pas des bourreaux d’enfants! On sait que la punition corporelle est loin d’être la méthode de discipline idéale. Mais on a parfois l’impression qu’elle est la seule appropriée dans certaines occasions, surtout lorsque ça touche la sécurité. Mais je suis toujours un peu ambivalente lorsqu’un parent me dit qu’une fessée est parfois nécessaire pour que l’enfant « retienne le message ».

Il est clairement démontré que lorsqu’on tape un enfant, il n’enregistre que la douleur et l’humiliation immédiates et oublie l’objet de notre colère. On lui montre que frapper, c’est permis. Paediatrics, une revue sérieuse, affirme que les fessées se sont révélées inefficaces dans le passé à l’école et que leur suppression n’avait pas augmenté les mauvaises conduites. Le magazine analyse 166 publications et ne met pas en évidence de résultats positifs sur l’utilisation de la fessée.

Mais, plus que tout, la fessée altère le lien de confiance inconditionnel que votre enfant vous porte. Et la confiance, vous le savez, c’est long à reconstruire.

Quelle que soit notre opinion sur la question, il existe d’autres moyens d’appliquer la discipline. Si vous vous sentez en perte de contrôle, la première chose à faire est de respirer. Une bonne inspiration ralentit  votre poussée d’adrénaline et bloque votre impulsivité. Ensuite, quittez la pièce. Recentrez-vous sur autre chose que la « catastrophe » qui vient de se produire. Enfin, je vous suggère de prendre contact avec quelqu’un de votre entourage : un voisin, un ami ou un membre de la famille. Il faut ventiler.

Le temps s’est arrêté. Mon fils et moi nous nous regardons, stupéfaits. Mes yeux rougissent en même temps que les siens. Que de douleurs inutiles! La vie est parfois injuste, mais mon petit chéri n’a rien à voir avec mes problèmes de plomberie ou d’horaires. Cette soirée-là, c’est moi qui suis allée dans ma chambre pour réfléchir.

Et vous, comment gérez-vous la discipline dans votre foyer?

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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