Ai-je le droit d’être malaaaaade?

Ai-je le droit d’être malaaaaade?
Par Dre Taz, Omnipraticienne

Ça nous arrive à tous, même aux meilleurs parents, même aux meilleurs médecins.

Oui, même à vous.

 Je me rappelle l’époque où être malade était presque une bénédiction du hasard. Je manquais une journée d’école malgré moi, je m’emmitouflais dans ma couverture et tombais dans un profond sommeil, dont seuls ma mère et ses câlins ou l’odeur d’une bonne soupe maison pouvaient me tirer. Tomber malade n’est évidemment pas agréable, mais c’était, dans cette ère ancienne, une pause de la vie.

C’est un peu injuste quand on pense que c’est maintenant, tandis que l’existence nous entraîne dans son train d’enfer, qu’on ne peut plus se permettre de prendre un time-out. Et parfois, le corps craque.

Je suis donc là, dans le fond de mon lit, à souffrir; et au lieu de me laisser aller dans un sommeil réparateur, je m’autoflagelle. Je me torture. Je me redéfinis en masochiste intégrale.

Je pense à mon boulot. À tous ces patients qui patientent. À ces chroniques à écrire. À ces réunions à organiser. À ces étudiants à former.

Je pense à ma maison. À la manne à linge qui déborde. À la poussière qui recouvre tout partout. Au courrier qui s’accumule. 

Mais surtout, je pense à mon fils. Surtout mon fils. Qui ouvre la porte de ma chambre et me jette un regard déçu, voire inquiet. L’idée qu’il s’ennuie tout seul, qu’il a peut-être faim, qu’il a peut-être peur de constater que sa maman n’est pas au poste me déchire le coeur.

Quand donc suis-je devenue le Dieu d’un univers?

Eh oui, chers internautes, nous sommes Parents, c’est presque pareil. Si on tolère de négliger son foyer ou son boulot, on ne pourra jamais faire de même avec nos enfants, n’est-ce pas? Même si je brûle d’envie de me laisser glisser dans un long coma, que j’attends les doux massages de ma mère, que je rêve d’une soupe maison, eh bien, je me lève. Je fais le souper (même si ça se résume à un bol de céréales), je joue avec bébé (même si ça veut dire se planter devant la télé), je lui donne un bain express, je lui raconte pour la millionième fois la même histoire (en omettant quelques chapitres) et je le borde (en évitant de ne pas trop le contaminer par mes bisous).

Fini le temps des malades bienheureux! Je veux simplement m’endormir et me réveiller sans culpabilité. Et vous?

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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