Faites ce que vous pouvez, pas nécessairement ce qu’on vous dit

Faites ce que vous pouvez, pas nécessairement ce qu’on vous dit
Par Dre Taz, Omnipraticienne

Je sais que vous êtes imparfait.

Je suis médecin de famille, dans la trentaine, en couple depuis plusieurs années. J’ai un fils de 3 ans qui grandit trop vite. Je sais que je travaille plus de 50 heures par semaine. Je sais que je fais moins de 90 minutes de sport par semaine. Je sais que je ne mange pas mes 5 à 12 portions de fruits et légumes par jour et que je bois trop de café. Je sais que mes amis se plaignent secrètement de mes éternels retards et absences. Et je sais que ça fait plus d’un an que je n’ai pas vu mon dentiste…

Je sais que votre réalité n’est pas très loin de la mienne. Je suis moi-même imparfaite. Il serait injuste, voire hypocrite, de vous submerger de conseils louables, mais difficiles à appliquer.

Par contre, je sais aussi ce qu’il faudrait faire et ce que je suis capable de faire. Et par ma profession, j’aimerais vous aider à faire la part des choses. Votre responsabilité devient donc aussi la mienne : initier un être humain à la vie le plus sécuritairement possible.

À ce jour, la médecine a occupé la moitié de ma vie. Je passe régulièrement de longues heures à décortiquer des études scientifiques sur ce qui est recommandé ou non. Allaitement, dodo sur le dos, la suce, les jouets sans plomb… Des choses qui peuvent sembler des évidences, accessibles à n’importe quel parent qui sait manier un ordinateur ou feuilleter un livre. Mais des faits sur lesquels nous reviendrons dans les prochaines semaines. Pourquoi?

Parce qu’il y a 30 ans, on privilégiait le biberon à l’allaitement.
Parce qu’il y a 20 ans, on recommandait de faire dormir les enfants sur le ventre.
Parce qu’il y a 5 ans, on déconseillait la suce.
Parce que tout comme moi, vous n’avez peut-être pas les moyens d’acheter des jouets pur bois biologique.

Je n’oublierai jamais cette jeune mère qui est venue me consulter à la clinique sans rendez-vous, 1 mois après son accouchement, incapable d’allaiter malgré toutes les techniques possibles et inimaginables. Insomniaque, sans appétit, épuisée et triste, elle présentait tous les stigmates d’une dépression post-partum. Elle était incapable de faire son deuil de l’allaitement : quel échec personnel! Pendant 9 mois, on lui avait tant souligné l’importance de l’allaitement! Pourtant, un seul de ses sourires avait beaucoup plus de bénéfices pour son enfant que tous les anticorps qui se trouvaient dans son lait maternel.

Ça, c’est mon travail. Revoir les priorités, relativiser, discerner le vrai du faux. Et vous faire part de mes conclusions.

Essayons de faire de notre mieux. Je vous conseillerai sans jamais oublier que votre vie est chaotique et que vous êtes un être humain avec ses qualités et ses contradictions. Et vous me lirez sans jamais oublier que la science, aussi, est imparfaite.

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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