Dans mon temps, le Mercurochrome…

Dans mon temps, le Mercurochrome…
Par Dre Taz, Omnipraticienne

C’est la canicule. Mes neurones fondent. Aujourd’hui, pas de texte argumentatif ou de débat complexe. Mais une histoire mignonne et légère pour qu’il me reste du temps pour me procurer quelque chose de froid, et sucré de préférence.

Clinique sans rendez-vous du mercredi après-midi. Une princesse, escortée de sa fée grand-mère, apparaît dans mon bureau, un casque rose fleuri sur la tête, les bras garnis d’autocollants et du vernis bleu aux ongles d’orteils.

Mais la belle histoire s’arrête là. Elle a la larme à l’oeil, une prune sur le front, un genou sérieusement écorché et, surtout, une grand-mère dont le coeur souffre abondamment.istock_000002975620xsmallJe rassure tout ce petit monde, offre des gants de latex mauve à la princesse et prodigue quelques conseils sur les commotions cérébrales à grand-mère qui voyait déjà la garde de sa petite-fille compromise. Pendant que je conclus par les conseils d’usage pour la plaie au genou, elle me répond : « Rien de mieux que le Mercurochrome pour les bobos! J’ai l’âge d’être votre mère, docteure, et je vous le dis, c’est dommage qu’on n’en trouve plus! »

Mercurochrome! Un brin de nostalgie m’envahit à la simple évocation de ce mot oublié. Des souvenirs de mes vacances d’été d’enfant émergent : déguster un Mr Freeze en maillot de bain, aller de parc en parc en vélo, dormir dans la tente dans la cour... et arborer de grosses taches rouges aux genoux ou aux coudes, preuves de nos aventures! Le fameux Mercurochrome : qu’est-il devenu?

Cet antiseptique brun-rouge a été commercialisé au début du XXe siècle pour soulager les coupures et éraflures mineures (et, parallèlement, teindre de façon indélébile les tissus!). Ce n’est pourtant pas un produit aussi banal qu’on le croit. D’abord parce que du fait de sa couleur, on ne peut  « évaluer » si la peau autour de la blessure est infectée ou non. Et puis surtout à cause de sa teneur en mercure qui est évidemment un poison.

Selon Histoire de la Pharmacie du Québec(référence fournie par mon ami le PharmaChien), le risque potentiel d’intoxication a motivé la Food and Drug Administration (FDA) à retirer la merbromine (la composante active du Mercurochrome) de la liste des « produits reconnus sécuritaires » pour la placer sur la liste des « produits non testés » en 1998. Santé Canada a suivi peu après, ainsi que plusieurs pays européens. Il n’y a aucune étude sur l’efficacité du Mercurochrome! On a du mal à justifier son utilisation si on tient compte de tous les risques théoriques, sachant qu’il y a tant d’autres solutions prouvées efficaces! Mais c’est intéressant de noter que ce médicament est encore largement utilisé dans bien des pays, probablement à cause de son prix très peu élevé.

Il est possible que vous trouviez encore du Mercurochrome dans une pharmacie près de chez vous. Par contre, ce n’est plus du tout la merbromine, mais de la chlorhexidine, un antiseptique aussi, qu’on utilise entre autres dans les salles d’opération. Mais la couleur est tout aussi rougeâtre et masque toujours d’éventuelles infections ou lésions.

Grand-mère repart donc avec une princesse réjouie (qui s’est fait promettre des crêpes maison) et son regard en dit long sur son incrédulité quant à mes explications sur les plaies. « Elle est peut-être bien bonne avec les commotions cérébrales, mais moi je suis sûre que les bobos guérissent plus vite avec du Mercurochrome! », doit-elle se dire.

Heureusement, il y a des choses qui ne changent jamais : par exemple, le Mr Freeze bleu est bien meilleur que le rose. Je vous le dis.

Et vous, quels sont les médicaments oubliés de votre enfance?

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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