Craignez les maladies, pas les vaccins…

Craignez les maladies, pas les vaccins…
Par Dre Taz, Omnipraticienne

J’en suis presque à ma 70e chronique. Jusqu’à maintenant, j’ai soigneusement évité le sujet (à peine abordé, ici et ). Quand je fouillais les références sur des sites connus, les réponses véhémentes de certains internautes me faisaient pâlir derrière mon écran. Pas envie de m’infliger ça!

 Aujourd’hui, à la lumière d’une récente étude américaine concluant que le calendrier de vaccination est sécuritaire,  je prends mon courage à deux mains. J’ai décidé de parler des vaccins.

J’ai réalisé que quand je reçois des patients pour la vaccination, j’essaie de rentabiliser au maximum les 20 minutes dont je dispose:

  • je vérifie les allergies;
  • j’énumère les vaccins;
  • j’explique les effets secondaires et leurs probabilités;
  • un parent hésite, connaît quelqu’un qui n’a jamais fait vacciner ses enfants sans que ça fasse problème, a lu sur Internet qu’on pouvait développer la maladie après avoir eu le vaccin, que les produits de conservation sont toxiques, etc.
  • je ressors mes études, mes chiffres, mes explications pour chacun des arguments;
  • si le parent est d’accord, je vaccine de la façon la plus harmonieuse possible;
  • je console bébé et parent, tout en notant les interminables numéros de lots dans les carnets au cas où il y aurait des manifestations bizarroïdes;
  • j’explique au parent comment réagir en cas de rougeur, douleur, fièvre, etc.
  • à la fin, je spécifie qu’ils doivent rester 20 minutes dans la salle d’attente au cas où il y aurait une allergie.


C’est en réfléchissant à cette séquence que l’absurdité de toute cette situation me frappe de plein fouet. Je suis mal à l’aise. Je passe en fait 20 minutes douloureuses, à poser un geste dont je me défends tant bien que mal, sans jamais dire pourtant ce qu’il faut vraiment dire, l’irréfutable: LES VACCINS PROTÈGENT CONTRE DES MALADIES GRAVES.

Il fut une époque où on pouvait contracter le tétanos en se coupant. La plaie s’infectait de cette bactérie qui attaque le système nerveux. On mourait dans d’atroces souffrances, car les spasmes musculaires sont si intenses qu’ils cassent des os et empêchent les poumons de s’étendre pour respirer. Chaque année, dans le monde, on déplore encore 1 000 000 de cas de tétanos, dont 500 000 mortels. Au Canada, personne n’en est mort depuis 15 ans.

Il n’y a pas si longtemps, on dénombrait 34 000 cas d’oreillons par année, au Canada. Maintenant, on compte à peine une trentaine de malades annuellement. Oui,  95 % des cas guérissent sans problème, mais 5 % des personnes malades deviennent sourdes ou stériles.

Quant à la poliomyélite, elle a disparu! Il y a à peine 50 ans, des épidémies paralysaient des milliers de personnes. Il n’y a eu aucun cas de poliomyélite au Canada de puis 1994, grâce à des campagnes d’immunisation intensive.

Et je ne parle pas de la rougeole, de la rubéole, de la coqueluche, de la diphtérie, de la méningite, etc.

Certaines maladies sont devenues si rares qu’on les a oubliées. Et pas seulement les parents. Je suis certaine que beaucoup de médecins aussi. Jusqu’à ce que je fasse des missions humanitaires, je n’avais jamais été confrontée à un cas de rubéole ou de diphtérie, sauf dans un coin de page d’un livre médical poussiéreux. On oublie de craindre les maladies. On craint à tort les vaccins.

L’accès à l’information (surtout par Internet), sans aucun discernement de la qualité, a contribué à la méfiance non seulement vis-à-vis des vaccins, mais aussi des médecins qui les recommandent, des gouvernements qui les fournissent, des scientifiques qui les conçoivent et des compagnies qui les vendent.

Je ne dis pas qu’il faut gober tout ce que l’élite scientifique affirme. Si vous avez bien lu toutes mes chroniques jusqu’à ce jour, vous savez que je ne prône pas le savoir absolu médical. Je sais qu’il y a une différence entre l’idéal et la réalité. Je sais qu’il ne suffit pas d’être pro ou antivaccination. Les nuances sont infinies.

Mais l’immunisation est la plus étudiée de toutes les interventions médicales. On détient une quantité astronomique de données quant à sa sécurité, son efficacité, son fonctionnement et son impact. Ce qu’on sait vraiment, c’est qu’omettre de vacciner son enfant, c’est l’exposer à 23 fois le risque de contracter la coqueluche ou 35 fois la rougeole. Une couverture vaccinale doit être élevée (ex. : 95 % des enfants vaccinés dans le cas de la rougeole)  pour que l’ensemble de la société soit protégé, incluant les personnes très âgées, les nouveau-nés, les femmes enceintes, les malades chez qui les vaccins sont contre-indiqués ou inefficaces.

Les risques de ne pas vacciner sont infiniment plus grands que tous les cas anecdotiques douteux qu’on rapporte ici et là. Les bénéfices sont clairs.

Allez-y. Je vous écoute.

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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