Carte blanche à mes enfants à l’épicerie

Carte blanche à mes enfants à l’épicerie
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste

De quoi aurait l’air votre panier si vous donniez carte blanche à vos enfants pour faire l’épicerie? J’ai tenté l’expérience. Un jeu risqué, vous pensez?

Que contient le panier que Laura et Benjamin ont garni?

Ceux qui croient qu’il n’y a que des sucreries et aucun légume, détrompez-vous.

Et ceux qui croient qu’en « dignes enfants de nutritionniste », ils n’ont choisi que des légumes, des fruits, du fromage de chèvre, des lentilles, du tofu et du pain intégral, détrompez-vous aussi!

J’ai d’abord dit à mes enfants : « Laura et Benjamin, aujourd’hui, c’est vous qui faites l’épicerie. Pensez à ce que vous voulez manger, et on achète ce que vous voulez. »

« Oh yé! C’est trop cool! », m’a répondu ma pas-pré-ado-pantoute-de-7-ans.

« Tout? », m’a questionné mon bonhomme de 5 ans sur un ton de trop-beau-pour-être-vrai.

« Disons que je vais peut-être vous demander de faire des choix à la fin si je juge que ça coûte trop cher ou qu’il y a de l’exagération. »

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, deux repas sont nominés: du pâté chinois et des crêpes au jambon et asperges avec une sauce béchamel au fromage. Les enfants savent ce que ça prend sans que je m’en mêle. Steak-blé d’inde-patates? Non, steak ET lentille-blé d’inde-patates. Eh oui, qui aurait cru? Même avec des  lentilles mélangées à la viande hachée, le pâté chinois demeure un favori des enfants!

Les achats

Je m’attendais à retrouver 4 groupes d’aliments dans le panier de Laura et Benjamin. Rien à voir avec le Guide alimentaire canadien, je pensais voir des aliments :
collage2 1. Habituels: ceux qu’ils mangent sur une base régulière et qu’ils ont donc appris à aimer.
2. Rares: ceux que j’achète occasionnellement et qu’ils aiment particulièrement.
3. Nouveaux: ceux qui les séduisent en épicerie.
4. Comme-mon-ami : ça le dit.

Je me suis trompée d’une catégorie. Pas de « nouveaux » aliments. Cette fois-ci, Laura et Benjamin étaient imperméables aux stratégies marketing. Je le constate, mais je ne l’explique pas! Et je précise « cette fois-ci », parce qu’évidemment, comme tous les enfants, ils ne m’épargnent pas de demandes spéciales en temps normal.

En rentrant à l’épicerie, ce sont les fruits et les légumes qui nous accueillent. Laura et Benjamin s’y attardent. Chou chinois (à mon grand étonnement), oranges, melon, bananes, asperges, brocoli et quelques autres aliments. On se reprendra pour parler d’achats locaux, ça fait déjà beaucoup à gérer. Ensuite, dans l’ordre et le désordre : du houmous, des bagels de blé entier, du yogourt nature, des céréales muesli, de la farine, des œufs… Et oui, des bonbons, des craquelins Gold fish et des biscuits Oreo.

« Ils sont un peu normaux! », clame un ami incrédule quand je lui raconte.

Cela dit, le processus décisionnel pour savoir quoi conserver s’est fait en continu tout au long de l’activité. Laura et Benjamin ont rapidement mis des jujubes dans le panier, puis les ont soumis au ballottage au profit des rouleaux aux fruits. Parenthèse, Laura fait demander pourquoi ça s’appelle des rouleaux aux fruits alors que ça devrait s’appeler des « rouleaux au sucre ». De la même façon, les biscuits Oreo ont éjecté les pattes d’ours en un éclair.

« Des biscuits Oreo ET des rouleaux aux fruits? On ne peut pas garder les deux. » Le constat ne vient pas de moi, mais de ma fille.

« Ça fait beaucoup de sucre  Benjamin, il faut choisir. Veux-tu qu’on garde les rouleaux aux fruits? », demande Laura à son petit frère sur un ton très suggestif.

Finalement, les craquelins au fromage en forme de poisson se sont aussi frayés un chemin jusqu’à notre panier. « Ils sont salés, pas sucrés, c’est pas pareil. »

J’aime, je mange!

Les enfants mangent les aliments qu’ils aiment. Maman nutritionniste ou pas, la valeur nutritive importe peu.

Les enfants apprécient certains aliments très rapidement, alors que pour d’autres, ça découle d’un long processus. Règle générale, les enfants apprécient les aliments qu’ils apprennent à connaître. Or, pour les connaître, ils doivent les voir souvent. Au final, chaque enfant a la possibilité de se créer un répertoire alimentaire très vaste et varié si on lui en donne l’occasion.

Un autre facteur influence les goûts et les préférences alimentaires et j’ai nommé les interdits! Les interdits créent ou nourrissent le désir, c’est bien connu. Si je refusais à mes enfants le droit de manger des chips, du chocolat, des bonbons, des gâteaux ou de la crème glacée, vous pouvez être certains que c’est ce qui aurait rempli le panier. Ils en mangent de temps à autre et ne ressentent donc pas le besoin de s’en gaver quand l’occasion se présente.

Comme tous les enfants

Est-ce que des enfants de nutritionniste mangent différemment d’autres enfants? Certains de mes amis croient que oui, mais je suis sceptique. Je crois que ce sont les habitudes et les pratiques alimentaires de la famille qui influencent le plus les choix, et non la formation professionnelle des parents. Pas besoin d’être nutritionniste pour bien manger.

En « dignes enfants de leur maman », Laura et Benjamin ont choisi plein d’aliments nourrissants, colorés, à cuisiner, savoureux ou plein de potentiel. Ils ont aussi inclus des aliments-moins-nourrissants-mais-c’est-pas-grave-quand-on-n’en-mange-pas-beaucoup-ou-pas-souvent. Et dignes de leur maman, ils ont aussi… oublié d’acheter un essentiel pour le menu prévu : le maïs en conserve.

Faire faire l’épicerie à nos enfants est-ce un jeu risqué? J’ai plutôt trouvé cela amusant. Pour les plus petits pour qui ce serait un trop grand défi, vous pouvez leur laisser choisir certains aliments, comme les fruits et les céréales ou les laisser décider du  menu de 1 ou 2 repas. Essayez-le vous aussi et parlez-nous en!

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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