Faut-il attribuer des superpouvoirs aux aliments?

Faut-il attribuer des superpouvoirs aux aliments?
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste

Comme tous les parents, il y a au moins une chose que je sais sans avoir besoin d’être nutritionniste : un enfant mange ce qu’il aime et refuse ce qu’il n’aime pas. C’est un constat évident, me direz-vous. Pourtant, combien d’entre nous essayons de convaincre notre enfant de manger en lui disant que tel aliment est bon pour sa santé ou que tel autre le rendra fort et grand, et cela peu importe ses goûts? Alors, la question se pose : est-ce qu’on doit utiliser le raisonnement pour faire manger un enfant?

Il y a plusieurs facteurs qui influencent nos choix alimentaires. La valeur nutritive des aliments en est un. Ultimement, on continue à manger un aliment en particulier si on en retire un certain plaisir ou, à tout le moins, si l’expérience est neutre. Il est toutefois peu probable qu’on mange quelque chose si on a besoin de se boucher le nez et fermer les yeux. Une réticence, voire un dédain devant certains aliments prend le dessus sur n’importe quel argument rationnel ou discours nutritionnel. Ainsi, pour environ les 3/4 des jeunes enfants qui vivent une phase de néophobie, cette crainte devant la nouveauté occulte le « bon pour la santé ».

Un enfant accepte de manger un aliment lorsqu’il l’aime. Et il aime un aliment lorsqu’il lui est familier. La familiarisation nécessite du temps et elle est grandement favorisée par une expérience positive avec l’aliment. Si on force un enfant à manger et même à goûter un aliment, son souvenir associé à cet aliment risque de demeurer négatif. Or, si l’association est négative, il y a peu de chance que l’enfant souhaite répéter l’expérience. Bref, on ne convainc pas un enfant de manger ses légumes, son poisson ou son riz brun en lui disant que c’est bon pour lui. Ce qui l’amènera à apprivoiser et à apprécier des aliments, c’est d’en avoir dans son assiette régulièrement sans être forcé d’en manger. C’est de voir ses parents s’en régaler et c’est d’avoir du temps devant lui. Parfois, beaucoup de temps.

Si les arguments d’ordre nutritionnel ont peu d’effet sur un jeune enfant, ça ne signifie pas qu’on doive éviter de parler des qualités et des bienfaits des aliments pour autant. Au contraire, dès la petite enfance, on peut expliquer simplement à l’enfant ce que la nourriture lui apporte. Que ce soit pour lui dire que manger est important ou que certains aliments sont plus nourrissants que d’autres. Par exemple :

« Les aliments que tu manges donnent de l’énergie à ton corps et te permettent de jouer, de bien grandir et de devenir fort. »

« Comme un dessin que tu colores avec plein de couleurs, ton corps aime recevoir des aliments de plusieurs couleurs. C’est pour ça qu’il aime tant les fruits et les légumes. »

Mais, attention, utiliser le raisonnement ou faire de l’éducation, ce n’est pas exagérer et encore moins manipuler. Mieux vaut éviter les fausses promesses ou les raccourcis comme « mange tes épinards si tu veux être fort » ou « tu as absolument besoin de manger du poisson pour grandir ». Entre raisonnement et pression à manger, la ligne est parfois mince. Mieux vaut se tenir du côté du raisonnement.

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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