Apprivoiser les aliments

Apprivoiser les aliments
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste

L’arrivée de l’été multiplie les activités à faire avec les enfants. Une de nos préférées : l’autocueillette. Le terme est général exprès, puisque nous aimons toutes les autocueillettes : fraises, bleuets, mûres (sauvages), pommes et framboises de grand-papa. Nous aimons cueillir les fruits, nous aimons les manger et, par-dessus tout, nous aimons les cueillir en en mangeant! « Nous », excepté mon petit bonhomme de 2 ans… jusqu’à tout récemment. Je vous raconte.

Notre saison d’autocueillette a commencé avec les fraises. Les « fraises-du-Québec », comme dit ma grande de 4 ans. Avec grand-papa et grand-maman, les enfants ont aussi cueilli leurs premières fraises des champs près du parc où ils jouaient. Toute une découverte pour Laura! Si ce n’avait été du grand-père insistant, elle n’en aurait pas rapporté à sa maman. (Merci papa!)

Benjamin, pour sa part, n’a pas voulu y goûter. « Depuis quand mange-t-on des affaires qu’on ramasse par terre ? » J’interprète son refus. Depuis qu’il a compris qu’on ne mange pas de sable ni de caillou, il semble appliquer la règle à tout ce qui se trouve au niveau inférieur à ses orteils. C’est dommage pour lui, mais il ne faut pas insister. Et Laura, qui voit son propre butin grossir, n’a vraiment pas envie d’insister.

Plus tard, la même journée, quand nous sommes allés au Paradis des fraises pour l’autocueillette, Benjamin a eu la même réaction. Une grimace et un « non, veux pas ». Si j’approchais une fraise vers lui pour lui montrer que c’était une fraise, un fruit qu’il avait déjà vu, mangé et aimé, il hochait la tête en disant « aarrkkk ». J’ai compris, je n’insiste pas.

Il est normal que les enfants soient réticents devant des aliments nouveaux pour eux. On appelle ça la néophobie; une crainte devant la nouveauté. Bien sûr que Benjamin a déjà mangé des fraises. Il a mangé des fraises lavées et coupées, déjà déposées dans son assiette. Il a aussi mangé des « fraises-du-Québec » fraîchement achetées à la fruiterie, mais elles étaient dans un panier. Pas dans un champ, pas sur un plant, pas par terre.

Puis, il s’est produit ce qui devait se produire. À force d’entendre des « miam », des « hummm », des « c’est donc bien bon » et des « regarde comme elle est grosse », Benjamin a craqué. Il a cueilli une première fraise (dans mon panier) et l’a goûté. Du bout des lèvres d’abord. À pleines dents ensuite. Il a cueilli une deuxième fraise, sur le plant cette fois, et l’a dévorée. Vous imaginez la suite : un petit garçon de 2 ans, rouge de la langue aux oreilles et des doigts aux coudes à cause du jus de fraises (car juteuses, elles l’étaient!) qui répète à qui veut l’entendre « hummm, est bon » et « r’garde, est grosse ».

Il peut falloir 10-12 essais à un enfant pour accepter un nouvel aliment. Le cas de Benjamin avec les fraises est un exemple de néophobie qui s’est réglé en un temps record, mais le principe demeure le même avec d’autres aliments. Laisser le temps à l’enfant de l’apprivoiser et prêcher par l’exemple. On ne sait jamais d’avance combien de temps sépare une grimace… d’un premier « miam »!

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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