Allergies: l’impuissance des parents

Allergies: l’impuissance des parents
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste

- Maman, mon ami Damien est allergique aux fraises. Il a de petits boutons rouges s’il en mange.

- C’est dommage. Sais-tu que ton cousin Olivier lui, est allergique aux kiwis?

- Ah oui? Et il a de petits boutons verts s’il en mange?

Si j’ai trouvé mon fils bien mignon quand il m’a parlé d’allergies, ma sœur Mélanie, elle, n’a pas trouvé ça mignon du tout quand son fils a eu sa première réaction allergique. Un choc anaphylactique, ça fait peur! Une fois la situation contrôlée, son conjoint et elle se sont posé la question : « A-t-on fait quelque chose de pas correct? »

Plusieurs parents d’enfants allergiques se sentent coupables et cherchent leurs erreurs de parcours qui auraient pu causer le problème. Même si certaines études ont conclu qu’allaiter son enfant et ne pas introduire d’aliments complémentaires avant 4 mois diminueraient le risque d’allergies, ce n’est pas non plus une garantie puisque la génétique y joue pour beaucoup. Selon la Dre Marie-Josée Francoeur, allergologue, le fait de ne pas pouvoir prévenir les allergies amène un sentiment d’impuissance chez les parents, mais les aide aussi à se déculpabiliser.

istock_000017039283xsmallQuand bébé commence les purées

Ne peut-on vraiment rien faire? Même lors de l’introduction des aliments? Selon les nouvelles recommandations à cet égard, non. On peut offrir n’importe quel aliment à n’importe quel moment à partir de l’âge de 6 mois. Ce sont l’Association québécoise des allergies alimentaires ainsi que l’Association des allergologues et immunologues du Québec et autres experts qui le disent. Ils se sont appuyés sur les plus récentes données scientifiques pour émettre leurs recommandations.

Beaucoup de parents sont mal à l’aise ou incrédules devant cette idée. Surtout s’ils ont eu un son de cloche différent de la part du médecin. C’est un fait, le discours n’est pas uniforme chez les professionnels de la santé. Certains tiennent encore au calendrier d’introduction des aliments solides (ex. : les œufs à 1 an, les fruits de mer à 2 ans, etc.), ce qui n’aide pas les parents à agir autrement et avec confiance. Le principe de « dans le doute, on s’abstient » prévaut souvent.

Lors de l’introduction des aliments solides, il y a au moins 2 choses à savoir à propos des allergies. Premièrement, une réaction allergique survient moins de 1 heure après avoir mangé l’aliment problématique. Pas 2, 3 ou 4 jours après. Si une réaction allergique survient, cherchez le coupable parmi les aliments tout juste mangés.

Deuxièmement, allergie ne rime pas avec nouveauté. Une allergie ne se manifeste jamais lors de la première exposition. Il faut que le système immunitaire ait déjà été en contact auparavant, possiblement à plusieurs reprises. Cela  peut avoir été le cas à travers le lait maternel. Autrement dit, même si on offre un nouvel aliment à bébé 3 jours de suite pour s’assurer que tout va bien, rien ne garantit que l’allergie se manifestera dans ce délai. Une réaction peut aussi bien survenir à la 2e exposition qu’à la 10e ou à la 1 000e. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi l’allergie à la mangue de la maman d’Olivier s’est déclarée après qu’elle en ait mangé pendant plus de 30 ans. Ce qui justifie également que lorsqu’une réaction allergique survient, il ne faut pas soupçonner uniquement les aliments récemment introduits.

Pour vous rassurer, vous pensiez faire passer des tests d’allergies à votre bébé avant de commencer les purées? Ce n’est pas pertinent. On procède à des tests pour confirmer une suspicion envers un ou des aliments précis, pas pour en tester 20 ou 50 en même temps « au cas où ». Les aliments dont l’ingestion a généré des doutes – lèvres enflées, toux, changements du timbre de voix, etc. – sont ceux visés par les tests. En inclure trop inutilement risque de donner des résultats faux-positifs aux tests cutanés, c’est-à-dire provoquer des rougeurs témoignant d’une sensibilité, mais pas nécessairement d’une réelle allergie. Cela conduirait à exclure inutilement certains aliments de l’alimentation de votre enfant.

S’il est difficile de prévenir les allergies, on peut à tout le moins prévenir les réactions une fois l’allergie confirmée. Oui, l’auto-injecteur comme l’ÉpiPen est là pour éviter le pire, mais ce n’est pas une raison pour banaliser les réactions et pour prendre les précautions suivantes à la légère.

  • Apprendre à bien lire l’étiquette des aliments.
  • Ne pas partager ou échanger de nourriture, d’ustensiles ou de contenants alimentaires.
  • Superviser les enfants lorsqu’ils mangent.
  • Se laver les mains avant et après les repas.
  • Laver soigneusement les surfaces sur lesquelles les aliments sont préparés.


Si vous avez un auto-injecteur à la maison, il doit être facilement accessible (pas dans une armoire barrée) et conservé dans des conditions adéquates (il est sensible aux variations de température). Il faut aussi surveiller la date de péremption et réviser la technique d’utilisation avec les personnes en contact avec l’enfant.

Dans l’entourage d’Olivier, tout le monde est au courant de ses allergies. Autant ses grands-parents que ses éducatrices, ses amis et même les parents de ses amis. Et maintenant que mon fils sait qu’il y a beaucoup plus que des petits boutons verts en jeu, lui aussi prend ça au sérieux.

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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