Simplement être là pour mon garçon

Simplement être là pour mon garçon
28 août 2020
Parfois, les enfants vivent des émotions sans trop savoir pourquoi. Même les parents n’ont pas toujours les explications. Témoignage de Keven Beauregard, papa.

Mon garçon prend énormément de temps à s’endormir le soir. Il a de la difficulté à dompter le petit hamster qui se met à courir dès qu’il touche l’oreiller. Même s’il nous appelle moins qu’avant, sa petite tête ne manque pas de se soulever lorsque ma conjointe ou moi passons tout près de sa chambre.

Le hamster peut faire défiler des projets emballants, des idées de jeux avec ses amis, des souvenirs joyeux de la journée. Mais parfois, c’est l’angoisse qui prend toute la place, ou un mélange d’émotions difficilement identifiables, même du haut de ses 8 ans.

C’est que mon plus vieux vit avec des émotions un peu intenses pour son âge. Des émotions qui débordent parfois par les yeux, sans qu’il comprenne trop pourquoi. On apprend à gérer ça, lui et nous. Notre job de parent est de comprendre un peu à sa place et lui expliquer avec des mots simples. Et on en a passé des mots! Car mon plus vieux veut tout savoir, tout comprendre! Alors on explique.

Mais parfois, les mots ne viennent pas, les explications non plus.

Comme l’autre soir. Il devait être près de 22h, heure où mon garçon ne dort jamais. Il est couché, mais il ne dort pas. J’entends des petits pas qui font couiner le plancher. Je me retourne en sachant très bien ce que je vais voir, dans la pénombre du corridor : mon p’tit gars, incertain de ma réaction, qui s’avance vers moi les mains jointes près de sa bouche.

- Qu’est-ce qu’il y a mon homme?
- Je sais pas trop...

L’incertitude dans son visage laisse place à une tristesse, une mélancolie dont je suis maintenant un peu habitué. Je lui fais signe de venir me voir. Il accélère le petit pas et vient se blottir contre moi. On forme une boule sécurisante. J’en profite autant que lui sachant très bien qu’en vieillissant, ces petits moments seront moins fréquents. Les minutes passent, des minutes où le silence règne, agissant comme un baume à tout ce qui pourrait être la source de sa mélancolie. Je ne sais pas combien de temps s’est écoulé. 1, 5, 15 minutes? Un moment donné, mon garçon s’est relevé la tête, m’a regardé avec un petit sourire, m’a embrassé la joue.

- Bonne nuit papa.
- Bonne nuit mon loup.

Et il est reparti se coucher, la mélancolie en moins, morte dans la boule d’amour que nous avions faite.

On en passe du temps à expliquer, à répéter, à décortiquer le simple pour le rendre encore plus simple. On veut repousser les doutes et les peines en analysant encore et encore. Notre premier réflexe est toujours de rationaliser.

Mais, des fois, tout ce qu’on à faire, c’est d’être présent pour l’autre. Lui faire sentir qu’on est là. Et c’est souvent tout ce que nos enfants ont besoin de comprendre.

 

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Photo : GettyImages/gradyreese

Fier Père
Je suis Keven Beauregard, fier père de 2 garçons qui tente, tant bien que mal, de transformer l'ordinaire en extraordinaire! Des fois, ça fonctionne.
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Commentaires (7)

  1. Sylvie 28 août 2020 à 15 h 20 min
    Tout simplement WOW!
  2. Cathy 3 septembre 2020 à 14 h 00 min
    Merci pour ce texte magnifique. À trop vouloir expliquer, on oublie que nos enfants ont parfois juste besoin qu'on les prenne dans nos bras. On devrait toujours commencer par là :-)
  3. Dina St-Hilaire 8 septembre 2020 à 17 h 28 min
    Ouf!! C'est si simple mais tellement important et pas toujours facile d'être... juste là, tout simplement! Merci de ce rappel :-)
  4. Annie-Claude 8 septembre 2020 à 21 h 14 min
    Tout simplement merci.
  5. Elyse 8 septembre 2020 à 22 h 37 min
    Vous écrivez très bien. Ici, un gros ''colleux ''comme on dit chez nous avec papa ou maman ça fait souvent toute la différence. Ça remet parfois le trio familiale que nous sommes en place sans avoir rien à dire. Aussi, je berce encore mon grand 5 ans et demi, même si ses jambes dépassent de partout! C'est tellement rassurant et ça l'aide à se déposer vers le dodo seul ensuite.
  6. mélissa 9 septembre 2020 à 11 h 27 min
    Vous avez tellement raison! Cela me rappelle la différence entre l'empathie et la sympathie : être là pour l'autre, sans jugement, sans non plus essayer de trouver des solutions ou de tenter des explications. Ça fait du bien à tout le monde, ça permet de se sentir compris et donc, moins seul(e). L'empathie, il en faudrait plus souvent pour tout le monde! :0) Pour une explication encore plus imagée sur la différence entre la sympathie et l'empathie (en anglais) : https://www.youtube.com/watch?v=2Yxxl53tW9Y&feature=emb_title
  7. Sophie 16 septembre 2020 à 16 h 40 min
    Wow !!! Je me demandais si ce n'était pas moi qui a écrit ce texte. Pourtant je suis très lucide. Nous vivons exactement la même chose ici. Identique … souvent lorsque nous montons nous coucher ma grande fille de 7 ans ne dort pas encore et nous sors tellement des reflexions qu'on se demande où est-ce qu'elle est allée chercher ça. Parfois, la nuit elle se reveille et vient se blotir contre moi juste parce qu'elle a eu une petite peur. Je savoure chaque instant et puis tout comme vous, elle se lève et retourne se coucher sans discussion. Ils sont si fascinants nos petits trésors.

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