Parentalité: des enjeux à surveiller en 2020

Parentalité: des enjeux à surveiller en 2020
Par Julie Fortier, Responsable éditoriale, Naître et grandir
9 janvier 2020
Que pourrait-on voir ou souhaiter voir changer durant les années 2020 dans le monde de la petite enfance et de la parentalité? Voici quelques pistes.

Le visage de la parentalité s’est beaucoup transformé depuis le début des années 2000. Que pourrait-on voir ou souhaiter voir changer durant les années 2020 dans le monde de la parentalité? Voici quelques pistes.

Plus de congés pour les nouveaux pères?

Les futurs parents ne le savent peut-être pas encore, mais ils bénéficieront prochainement d’un congé parental plus long de 4 semaines. Il y a cependant une condition : chacun des parents devra prendre au moins 10 semaines du congé parental. Un des buts visés par cette mesure est de faire en sorte que les pères prennent aussi des semaines du congé parental, en plus des 5 semaines du congé de paternité. L’objectif est ainsi de favoriser la conciliation famille-travail et une implication équitable des deux parents dans la vie familiale. Selon un avis du Conseil du statut de la femme publié en 2015, un meilleur partage du congé parental se traduirait par un meilleur partage des tâches ménagères et familiales.

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Moins d’écrans?

C’est au courant de la dernière décennie qu’ils se sont surtout incrustés dans les familles. L’arrivée des appareils mobiles a en quelque sorte changé nos vies, pour le meilleur et pour le pire. Pour l’instant, c’est surtout le pire qui retient l’attention parce que trop de temps d’écran durant la petite enfance nuit au développement des jeunes enfants et aux interactions familiales. Des effets sous-estimés au départ, mais qui aujourd’hui sont de plus en plus documentés. L’année 2020 commencera d’ailleurs par des consultations publiques sur l’impact des écrans sur la santé des jeunes. Un plan d’action gouvernemental devrait ensuite être déposé. Nous entendrons donc encore plus parler de prévention en lien avec les écrans; et comptez sur nous pour continuer à le faire!

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Moins de comparaison et de jugements?

C’est un des effets secondaires des écrans et des réseaux sociaux : d’innombrables photos d’enfants, de papas, de mamans, de scènes de la vie familiale qui défilent sous nos yeux… Ne soyons pas dupes : plusieurs sont savamment mises en scène, loin de la vraie vie, mais malgré tout, la pression parentale se fait sentir. Vient avec toute cette surexposition, le défilé de commentaires dans lequel s’invite maintenant le mom shaming. Comme parents, et surtout comme mères, il n’est pas toujours bon pour le moral de traîner trop longtemps sur les réseaux sociaux.

Un autre effet pervers des réseaux sociaux dont on devra se préoccuper davantage : l’empreinte numérique des enfants. Avec la publication de photos sur les réseaux sociaux, déjà à 2 ans, 84 % des enfants auraient une empreinte numérique, ce qui augmente le risque de vol d’identité, d’utilisation des renseignements personnels et de violation de la vie privée à l’âge adulte, nous met en garde Option consommateurs.

Un peu plus d’authenticité, de bienveillance et de prudence sur les réseaux sociaux, en 2020 c’est sans doute utopique. Mais une chose est certaine, prendre du recul comme parents face aux réseaux sociaux ne peut qu’être sain.

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Plus de prévention?

Au début de l’année 2019, le gouvernement québécois a annoncé la mise en place du projet Agir tôt afin de dépister dès la petite enfance les retards de développement. L’objectif est que les enfants soient pris en charge le plus rapidement possible afin, entre autres, de favoriser leur réussite éducative. À la fin de l’année, la présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent, a pour sa part émis cinq recommandations dont la plupart sont axées sur la prévention durant la grossesse et la petite enfance. Il s’agit d’ailleurs de programmes déjà existants, mais qui auraient été mis à mal par l’austérité des dernières années et des changements de structure dans le réseau de la santé. C’est au courant des prochaines années que nous pourrons, espérons-le, évaluer l’impact de toutes ces mesures si, bien sûr, elles sont bien déployées, soutenues et maintenues.

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Moins de surprotection?

On vous en parle souvent et c’est un sujet dont on entendra certainement encore parler : le jeu libre, actif et risqué. Dans les prochaines années, on verra de plus en plus d’endroits aménagés de façon à permettre aux enfants de jouer dans des espaces moins structurés et où ils pourront davantage s’activer. De même, les organismes dédiés à la famille sont nombreux à offrir des séances de jeu libre. Après des années d’hyperparentalité et d’hypersécurité, c’est un retour du balancier. On nous demande maintenant de laisser nos enfants jouer librement, de les laisser explorer et prendre des risques afin qu’ils développent leur autonomie, leur estime de soi, sans oublier leur motricité.

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Plus de bienveillance envers les enfants?

Bonne nouvelle : depuis le début des années 2000, le recours à la fessée et aux autres punitions corporelles est à la baisse. Près d’un enfant sur deux subit toutefois de la violence psychologique. Même si les pratiques parentales semblent s’améliorer, on peut faire mieux. La solution pourrait entre autres se trouver dans la parentalité positive (ou éducation bienveillante), une approche qui gagne en popularité depuis quelques années. Grâce à la recherche, on sait maintenant que les comportements des enfants s’expliquent par l’immaturité de leur cerveau et que les approches de discipline traditionnelles ne fonctionnent pas toujours. Prudence toutefois, il n’existe pas de parents malveillants, souligne la psychologue et figure de proue de l’éducation bienveillante, Isabelle Filliozat. Et comme le dit la psychoéducatrice Stéphanie Deslauriers : « Même si vous n’êtes pas toujours à 100 % dans la parentalité positive, ça ne fait pas de vous un mauvais parent. L’important, c’est de vous faire confiance et de faire de votre mieux. »

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Plus de conciliation famille-travail?

Plusieurs en parlent maintenant comme un mythe : les dernières années n’auront visiblement pas été celles de la conciliation famille-travail, même si on en a beaucoup entendu parler. Peut-être que la décennie 2020 sera celle où, collectivement, on passera enfin de la parole aux actes? Le besoin de rétention de la main-d’œuvre en cette ère de pénurie pourrait d’ailleurs inciter les entreprises à favoriser davantage la conciliation famille-travail. On peut aussi se dire, en lisant une récente lettre ouverte cosignée entre autres par le Conseil du patronat du Québec, qu’il y a une lueur d’espoir : « Il est temps que la société québécoise aborde de front cette question, afin que l’équilibre travail-famille devienne une véritable norme sociale à la fois pour les travailleurs, les employeurs et les élus.  » Une meilleure conciliation famille-travail fait partie des solutions connues pour faire baisser le stress, qui est élevé chez les parents et particulièrement chez les mères. Et, espérons-le, un partage plus équitable des tâches et de la charge mentale entre les mères et les pères.

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Comme vous le voyez, les familles ne cessent de se transformer. Ces changements ont un impact direct sur la vie familiale d’aujourd’hui et les pratiques parentales. De même, ils forcent les gouvernements et les politiques à s’ajuster. Un autre exemple : une réforme du droit familial est à venir puisqu’il n’a pas été réformé depuis les années 1980 et ne correspond plus à la réalité des familles. À suivre aussi

 

Photo : GettyImages/Rawpixel

Commentaires (3)

  1. Louise 9 janvier 2020 à 18 h 03 min
    À bas les devoirs et leçons! Mamie qui habite face à un service de garde en milieu scolaire. Comment ces parents qui viennent chercher leurs enfants entre 17:45 et 18:00 réussissent à préparer le souper, faire les devoirs et leçons , passer un peu de temps de qualité, donner le bain avant 19:30... c’est fou!
  2. Suzie Thompson 11 janvier 2020 à 20 h 34 min
    Bien d'accord avec cette dame! allégé devoirs et leçons beaucoup de pression pour les parents et enfants!3NGDD
  3. Louise 12 janvier 2020 à 07 h 06 min
    Respectueusement, je ne suis pas d’accord avec la suggestion de retirer les devoirs à la maison. Les parents doivent demeurer connecter avec l’apprentissage scolaire de leur enfant et soutenir en ce sens, la consolidation de l’enseignement reçu. La perspective d’allégement est cependant une piste à explorer et à valider. Par exemple, l’aide aux devoirs pourrait être intégrée aux activités du service de garde en milieu scolaire (pour l’enfant qui le fréquente) et faire l’objet d’une vérification parentale et être complétée par les parents, au besoin. La réussite scolaire requiert un investissement soutenu tant de l’enseignant, de l’enfant et de ses parents.

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