Parents exigeants, enfants perfectionnistes?

Parents exigeants, enfants perfectionnistes?
Plusieurs parents ont le réflexe de toujours en vouloir plus pour l’éducation de leur enfant. Malheureusement, cette attitude bien intentionnée leur met beaucoup de pression.

Chez les Chevrier, le vendredi, on sort les jeux de société. Avec des enfants qui grandissent chaque jour - Toshiro, 15 ans; Akira, 11 ans, et Leeloo, 7 ans -, il est important de bien choisir le jeu. Est-ce qu’on ira vers le jeu de cartes qui permet d’en apprendre sur l’histoire de l’art? Irons-nous plutôt vers le Scrabble qui développe le vocabulaire ou vers ce jeu-questionnaire sur la physique?

Pendant qu’on se décide, mon regard croise celui de mon plus vieux, Toshiro. Cela me rappelle tous les cours auxquels on l’a inscrit depuis qu’il est bébé pour qu’il développe des compétences. La natation dès l’âge de 3 mois, 4 ans de judo, 6 ans de ski alpin, 2 saisons de baseball et 3 saisons de soccer. À cela s’ajoute notamment un cours de plongée sous-marine à 10 ans, un été de triathlon, 3 ans de scoutisme et des cours de montage vidéo, de cinéma, de photographie et de théâtre.

Et c’est là que je me dis : franchement… Est-ce nécessaire d’en faire autant? Surtout que la recherche nous montre que cette attitude commence à avoir des effets négatifs sur nos enfants. Une récente étude de l’Association américaine de psychologie démontre que la recherche de la perfection a augmenté de façon importante chez les jeunes depuis 20 ans. Or, le perfectionnisme est le moteur de développement et de maintien de plusieurs problèmes de santé mentale : troubles alimentaires, troubles anxieux, dépression et certains troubles de personnalité.

Normal de vouloir le mieux?

Comme parent, on a tous des inquiétudes concernant l’avenir de nos enfants. Est-ce que notre enfant sera heureux? Est-ce qu’il pourra se faire une place au soleil? Ces questionnements sont normaux et parfaitement justifiés. Nos parents les ont eus pour nous; leurs parents les ont eus pour eux et ainsi de suite…

Pour calmer ces inquiétudes, plusieurs parents ont toutefois le réflexe de toujours en vouloir plus pour l’éducation de leur enfant. Certains vont croire que leurs enfants n’a jamais assez de connaissances ou de compétences. Malheureusement, cette attitude bien intentionnée leur met beaucoup de pression. Non seulement ces parents doivent élever des enfants, ce qui n’est pas une mince tâche en soi, mais ils ont souvent l’impression de devoir élever des enfants qui doivent toujours être plus. Des enfants qui pourront assurément vivre de grands succès financiers et profiter d’un statut social enviable.

Pour y arriver, certains parents ont des attentes toujours plus élevées envers leur enfant. Ils lui demandent, par exemple, de développer plusieurs compétences, d’être discipliné, de réussir dans le sport et de prendre de l’avance dans ses apprentissages scolaires. Bref, ils veulent que leur enfant optimise son temps pour devenir toujours meilleur et ils sont inquiets lorsque leur tout-petit fait des erreurs. Ces comportements envoient un message négatif à l’enfant : « Tu n’es jamais assez bon, il faut plus pour réussir. » Cela peut donc pousser l’enfant vers une recherche de la perfection pour obtenir l’amour de ses parents.

Trouver un équilibre

Les extrêmes, on le sait, sont rarement positifs pour un individu. Peut-être sommes-nous prêts pour un retour de balancier?

Mon balancier, c’est Leeloo, ma plus jeune. Je ne lui imposerai pas toutes ces activités pour qu’elle se « développe »! Je vais la laisser se développer à son rythme, avec des occasions qu’elle pourra saisir ou non. Pas de pression.

Une approche que j’adopte aussi au quotidien. J’ai donc choisi le jeu de ce soir : ce sera King of Tokyo. Un jeu débile avec des dés, des monstres géants et des baffes collectives à celui qui envahit la belle ville de Tokyo. Absence d’apprentissage garanti, rires et rigolades assurés! Vive King of Tokyo!

 

Photo : GettyImages/gilaxia

Dr Nicolas Chevrier, psychologue
Mes 3 enfants me permettent de peaufiner mes talents de psychologue tous les jours…
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Commentaires (4)

  1. caroline 10 mai 2019 à 13 h 24 min
    Voilà un bien bel article! Justement, hier soir j'en venait à me sentir ''coupable'' de ne pas inscrire mes 4 enfants à chaque activités demandé. Je me demandais si ils seraient malheureux de ne pas être inscrit aux cours de piscine, la gym, la danse ou le soccer etc...durant la saison estivale? Les deux grandes viennent de terminer le taekwondo avec presque le sourire aux lèvres, parce-qu'elles avaient hâtes d'avoir leurs ''samedi matin'' pour rien faire!! Bref, j'abonde dans votre sens pour le ''balancier'' Dans la vie rien n'est que noir ou blanc. Merci bonne journée.
  2. Muriel 18 mai 2019 à 19 h 34 min
    C'est aussi une question de classe sociale. Les mieux nantis offrent plus d'activités à leurs enfants et c'est une occasion pour se connaître entre eux (réseautage). Les moins nantis ont souvent moins de choix...Parfois leur "culture" inclut plus de temps passé devant des écrans. Voici l'article de Wikipedia: "Concerted cultivation is a style of parenting. This parenting style or parenting practice is marked by a parent's attempts to foster their child's talents by incorporating organized activities in their children's lives. This parenting style is commonly exhibited in middle class and upper class American families, and is also characterized by consciously developing language use and ability to interact with social institutions. Many have attributed cultural benefits to this form of child-rearing due to the style's use in higher income families, conversely affecting the social habitus of children raised in such a manner."
  3. francine Lanoue 21 mai 2019 à 09 h 51 min
    Dans la vie ca prend un equilibre alors trop c`est comme pas assez ....Il faut , je crois que les parents trouvent ce qui fait plaisir à son enfant afin de lui permettre d: acquérir de nouvelles connaissances . .
  4. Brunelle 21 mai 2019 à 11 h 03 min
    Je suis très très inquiète de l'orthorexie des plusieurs parents. Les enfants deviennent des cobayes, pour leur bonne conscience

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