Grossesse, travail et enfant: le parcours difficile d'une maman

Grossesse, travail et enfant: le parcours difficile d'une maman
25 janvier 2019
Depuis le jour de son test de grossesse positif, Mireille Lévesque affronte une tempête professionnelle sans fin. Son récit.

En 2018, nous avons publié un dossier sur le congé parental. Geneviève Doray, notre directrice, a rédigé un éditorial qui n’a laissé personne indifférent. Plusieurs parents nous ont écrit pour raconter leur situation. C’est le cas de Mireille Lévesque, la maman d’un garçon de 2 ans et demi du nom de Léo. Elle livre ici son vécu en espérant que vous ne vous sentiez pas seuls dans ces moments difficiles.

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Mon garçon restera à tout jamais ma plus grande fierté! Je vois, à travers son rayonnement, la somme de mes efforts. Pourtant, depuis le jour où un petit « + » s’est dessiné sur mon test de grossesse, j’affronte une tempête professionnelle sans fin.

L’emploi

Il y a trois ans et demi, je me suis retrouvée simultanément enceinte et au chômage.

En entrevue, on me disait textuellement que je n’étais pas retenue à cause de ma condition. Les agents de l’État me menaçaient aussi de couper mes prestations si j’abandonnais.

À l’hôpital, on me bombardait de questions concernant mon occupation et mes moyens. J’accouchais et je pensais uniquement au fait que j’allais mettre un bébé au monde sans garantie financière.

L’euphorie

Mon bonheur nommé « Léo » me comblait, mais je me transformais paradoxalement en boule d’anxiété.

À la fin de mon congé de maternité, j’ai trouvé un emploi stable à deux pas de chez moi. J’avais déjà atteint l’impossible : mettre la main sur une place convenable dans un milieu de garde qui fermait à 18 h et un poste, dans mon domaine, allant de pair avec cet horaire. Que pouvait-il maintenant m’arriver?

La course

Toutefois, les demandes pour effectuer des extras ne cessaient de se succéder.

Par-dessus le marché, fiston était toujours malade : une prime accompagnant la première année de garderie. Je ne revendiquais pas les congés pour autant. On ne les tolérait pas.

Jusqu’au jour où on m’a enlevé mes fonctions pour les donner à un homme sans enfant. On m’offrait, en échange, un poste qui ne m’intéressait pas. Il venait accompagné d’une description de tâche irréaliste et d’un horaire incompatible avec ma vie familiale.

La dégringolade

On me dénigrait, de plus en plus, auprès de mon nouveau collègue.

Un jour, mon patron a même lancé devant tout le monde : « Elle va dans les événements, mais c’est plus difficile parce qu’elle a un enfant. Même lorsqu’ils ont lieu le jour, elle doit partir à une heure précise pour se rendre à la garderie. »

Un jour, je me suis sentie si mal que j’ai eu l’impression que mon cœur allait lâcher. Je me suis surprise à me dire : « Au moins, s’il s’arrête, je n’aurai pas à rentrer au travail demain. »

Je craquais.

La remontée

Quelques mois plus tard, j’ai constaté que le monde ne tourne pas si facilement pour les femmes sur le marché du travail dans les années 2000.

J’ai repris ma vie en main en misant sur les bases. J’ai retrouvé une « instabilité financière », mais je m’en sors.

Je vis de contrats à la pige. Je m’inquiète toujours un peu pour mon avenir, c’est vrai. Par contre, je réalise que je me suis rendue malade à craindre pour le matériel. Pourtant, je me suis toujours débrouillée.

Le constat

Cette course effrénée m’a par contre enlevé un élément important : le temps. L’amour, au fond, demeure l’unique chose qui reste.

J’ai raté ma carrière en réussissant mon enfant. Je vis de contrats comme à mes débuts. Mais, en plus de gagner ma vie, je prends le temps de la savourer avec Léo.

Je ne regrette rien!

 

Mireille Lévesque

 

Photo : GettyImages/annebaek

Commentaires (3)

  1. Audrey Le Pioufle 2 février 2019 à 06 h 14 min
    J'ai vécu une chose semblable tant dans mes études universitaires que dans mon travail. Je vais être contrainte d'abandonner les deux juste après mon accouchement en février/mars 2019. C'est encore difficile de croire que ce genre de discrimination et de vision négative des femmes enceintes ou ayant de jeunes enfants existe encore en 2019. Ce qui est plus alarmant, c'est que c'est plus répandu qu'on n'oserait le croire. Heureusement, il existe encore des milieux de travail et d'études que je qualifierais de "plus ouverts" pour ce qui est des grossesses et des femmes ayant de jeunes enfants. C'est tout de même dommage qu'en 2019 tous les métiers ne peuvent être exercés par des femmes enceintes ou ayant de jeunes enfants par manque d'accommodation ou carrément par manque de respect de la part de la gestion ou de d'autres employés. Toutes ces épreuves ne font que nous rendre plus fortes. Les femmes ont néanmoins moins de choix de carrière. Certains rêves doivent être abandonnés. Au moins, ce qui compte vraiment est l'amour et le bonheur d'être mère! C'est toute une chance et tout un cadeau que de l'être.
  2. Melanie 2 février 2019 à 06 h 59 min
    Cette réalité existe bel et bien, malgré l’emphase mise sur l’égalité des deux sexes dans le monde du travail. Dans mon cas mon employeur m’a contacté un mois après mon accouchement pour m’annoncer la restructuration de l’équipe et donc l’abolition de mes principales tâches, il voulait me voir en personne pour en discuter, sur place avec mon nourrisson il m’a dit de faire aller mon contact pendant mon congé parce qu’Il n’y aurait rien d’interessant pour moi au retour. Avant mon départ en congé de maternité il n’avait jamais été question de perdre mes fonctions.
  3. Mireille Lévesque 4 février 2019 à 22 h 29 min
    Je suis de tout cœur avec vous, mesdames. Je crois que c'est en ouvrant la discussion comme nous le faisons que nous ferons avancer cette cause. Les lois existent, mais sont malheureusement contournées de bien des façons. Les employeurs jouent sur des lignes floues. Les femmes manquent de preuves et d'énergie pour poursuivre. Surtout, elles veulent garder de bonnes références pour dénicher un futur emploi (donc rester en bon termes). J'ai pu me permettre d'écrire ce texte puisque je suis maintenant à mon compte, je ne dépends plus des employeurs qui taperont mon nom sur Google sous peu et qui pourraient me considérer comme une mauvaise langue, puis me discriminer davantage. Malheureusement, nous devons sembler plus que parfaites en entrevue, en cas de doute concernant une mésentente, la candidate est écartée (pas l'employeur précédent). Et que dire des trous dans le CV, il faut bien en parler, mais encore là si on parle d'enfants... la discrimination nous guette. Malgré tout, il y a toujours de la lumière. C'est parfois quand on lâche prise ou qu'on continue de faire des efforts mais dans l'acceptation du cours des choses que tout se place. Quoi qu'il en soit, vous ne vous tromperez jamais en choisissant vos enfants, votre famille et en reprenant ce qui vous appartient : votre fierté et votre grande valeur, pour continuer votre route. Je vous souhaite une vie heureuse et pleine de soleil.

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