Essentielle la maternelle pour un enfant précoce?

Essentielle la maternelle pour un enfant précoce?
Ma conjointe et moi avons eu à prendre une décision au sujet de notre fille : en raison de son développement intellectuel et social précoce, devrions-nous lui faire « sauter » la maternelle?

Récemment, ma conjointe et moi avons eu à prendre une décision au sujet de notre fille Leeloo : en raison de son développement intellectuel et social précoce, devrions-nous lui faire « sauter » la maternelle?

Déjà, ma fille sait lire et elle se débrouille bien en mathématiques. Certains commentaires de personnes de notre entourage ont semé un doute dans notre esprit : Leeloo pourrait probablement se développer à vitesse grand V si elle côtoyait des enfants qui sont plus âgés qu’elle.

Pour y voir plus clair, nous avons décidé de prendre rendez-vous chez la psychologue scolaire. À la suite de rencontres et de tests, le rapport de la psychologue a confirmé ce que nous avions déjà observé concernant les habiletés intellectuelles et sociales de notre fille. Les résultats justifiaient en soi la demande de dérogation pour la faire passer directement en 1re année.

Mais ça, c’était avant la discussion avec la psychologue qui nous a permis de comprendre quelques subtilités importantes.

S’amuser en apprenant

D’abord, il n’y a pas que la capacité d’apprentissage qui est importante dans cette situation. Il y a également la disposition générale de l’enfant et plus spécifiquement son envie de s’amuser.

En effet, en maternelle, on met encore beaucoup l’accent sur le fait que les enfants aiment jouer. Ils apprennent et se développent magnifiquement dans un cadre où le jeu est roi. C’est donc avec plaisir que, le matin, les enfants quittent la maison vers leur classe de maternelle afin d’aller apprendre par le jeu.

La psychologue constate que Leeloo est toujours à cette étape, elle adore jouer et apprend beaucoup en jouant. Ce fait est indéniable, dès qu’on a un moment de libre, Leeloo nous demande de jouer avec elle à des jeux de mémoires, de lettres, de devinettes, etc.

Éviter l’ennui

De plus, la psychologue nous a expliqué que la dérogation scolaire est une stratégie que l’on ne peut utiliser qu’une seule fois. Or, le grand danger qui guette les enfants doués, c’est l’ennui. Un ennui qui peut mener, dans certains cas, à des symptômes dépressifs.

Si jamais, l’enfant atteint un niveau élevé d’ennui, c’est à ce moment qu’il est préférable d’utiliser la stratégie de lui faire sauter une année scolaire. Or, en ce moment, ce n’est pas le cas de notre fille qui avait plutôt hâte de commencer la maternelle.

Car au fond, c’est exactement ce que l’on veut. Ce que l’on ne veut pas, c’est que notre fille développe une image négative de l’école parce qu’on l’aura toujours poussée sous prétexte qu’elle se développe de façon optimale, et cela au détriment de l’amour de l’apprentissage.

Ainsi, nous avons décidé de ne pas la faire passer de la garderie à la première année. Parce qu’au-delà de la performance, il y a le plaisir de l’apprentissage et si Leeloo ne développe pas le plaisir de l’apprentissage alors elle trouvera très long son parcours scolaire.

 

Photo : GettyImages/Kathy McDonnell

Dr Nicolas Chevrier, psychologue
Mes 3 enfants me permettent de peaufiner mes talents de psychologue tous les jours…
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Commentaires (13)

  1. Soso 20 septembre 2017 à 12 h 53 min
    Wow merci pour ce texte! Mon aîné est en 2e année et j'y avais pensé et réfléchi mais c'est un bébé de septembre alors je n'ai même pas demandé l'avis d'un psychologue. Il a eu beaucoup de plaisir en maternelle mais st est-il ennuyé? Non. S'y est-il développé à son plein potentiel? Non plus. Dans sa classe les enfants étaient très loin derrière et lui, prêt pour apprendre à lire mais il était si jeune! Il a appris à lire dès la rentrée de la 1ère année alors oui il s'est ennuyé mais pas à mourir non plus! Merci de m'avoir appris que la dérogation était une stratégie unique! Pourtant je connais un petit garçon qui y a eu droit deux fois au primaire. C'est dur d'être maman d'un enfant précoce car on se sent comme un extraterrestre...
  2. Joëlle 29 septembre 2017 à 14 h 00 min
    Les sauts de classe par la suite n'ont pas de limite, donc si je comprends bien, la dérogation scolaire ne concerne que la maternelle? Si vous souhaitez en savoir plus sur la douance, je vous suggère fortement le documentaire "Doués et oubliés : maman, quand est-ce que j'apprends?", disponible en ligne : http://telequebec.tv/documentaire/doues-et-oublies-maman-quand-est-ce-que-j-apprends/ Étant maman d'un enfant doué, je crois que le meilleur guide, c'est notre enfant. Dans notre famille, c'est l'évaluation par un neuropsychologue qui nous a permis d'y voir plus clair et de nous orienter dans les démarches. Pour notre enfant, un saut d'année est devenu nécessaire en cours de route. Bien sûr que nous avons eu des préoccupations, mais comme c'est notre enfant qui nous guidait vers cette décision, nous étions confiants de prendre la bonne décision. Ce que nous avons trouvé le plus difficile, ce furent les préoccupations et réticences du milieu. Est-ce qu'un seul saut d'année réglerait tout pour notre enfant doué? Personne n'a de réponse à cette question et peut-être en faudra-t-il plusieurs... qui sait? En attendant de savoir, nous avons choisi de vivre une étape à la fois, dans le meilleur intérêt de notre enfant. Et pour notre enfant, cela vaut de l'or, parce qu'il se sent reconnu dans ses particularités. Comme n'importe quel autre enfant, en fait. Et comme nous le faisons avec nos autres enfants : nous adressons ses défis comme nous célébrons ses réussites.
  3. Julie 20 septembre 2017 à 14 h 07 min
    Mon aînée savait lire, compter, chanter, etc. etc. dès 3 ans. Tout ce qu'elle fait, elle le fait vite. Mais elle est née en novembre. Et je l'ai laissée "perdre" (plusieurs m'ont dit ça) un an, je l'ai laissée faire sa maternelle, et je ne compte pas lui faire sauter d'année non plus. Et pour plusieurs raisons. Le jeu, oui. Mais aussi le fait que dans la vie, tout ne va pas à notre vitesse et qu'il faut savoir le vivre. Ensuite, la possibilité d'avoir moins de contraintes: plus d'heures de sport, plus d'activités, moins de stress devant les tâches, plus de confiance en ses moyens, etc. Il y a toute sorte de défis dans la vie, pas juste celui d'apprendre. Par exemple, avoir le temps en pleine semaine d'aller glisser dans la neige pendant 2 heures parce que les devoirs et les études, ce n'est pas une grosse montagne à affronter en fin de journée. Dormir plus tard ou plus tôt quand il fait gris, froid et qu'on est enrhumé. Avoir une activité sportive de fin d'après-midi 4 soirs par semaine. Et c'est, enfin, la perspective du secondaire qui m'a retenue. Arriver au secondaire, première de classe, mais avoir encore des idées de petites filles dans l'âme quand les autres pensent déjà en ado. C'est dur. C'est long. Et l'enfant et moins fort face aux moqueries des grands. Toujours. Ça donne plus de prise aux mauvaises blagues, aussi. Même doués, les enfants ont le droit à leur enfance. Il ne s'agit que de la "peupler" de plein de défis autres que scolaires. Il y a tant de choses à savoir dans la vie!
  4. Genevieve 21 septembre 2017 à 14 h 11 min
    Très pertinent comme réflexion. Merci!
  5. Mel 25 septembre 2017 à 09 h 44 min
    Tout à fait d'accord ! Et n'oublions pas que comme parents, nous avons un rôle important dans l'éducation. Ce n'est pas seulement l'école qui doit combler cette tâche. Faut se faire confiance et prendre sa place comme "influenceur" dans leur apprentissage. Avoir un enfant doué nous apporte plein de moment libres pour compléter, voire bonifier ces apprentissages par des activités supplémentaires, qu'elles soient sportives, sociales, musicales et créatives. C'est une grande chance !
  6. Soso 20 septembre 2017 à 14 h 33 min
    Julie votre commentaire me fait tellement de bien!!! J'ai toujours un pincement au cœur quand je songe à l'extraordinaire potentiel de mon enfant, et savoir qu'il va à l'école de quartier, défavorisée de surcroît, me fait faire de l'anxiété parfois. Une psychologue m'a dit de le sortir de là mais dans mon cœur de mère je me dis qu'ailleurs ça pourrait ne pas marcher aussi. Une école à vocation particulière pourrait le submerger de travaux et de stress. Pourrait-il jouer au parc après l'école? Pourrait-il prendre un long bain, jouer avec la fratrie ou aller au théâtre en pleine semaine? Je ne sais pas. Vos préoccupations sont similaires aux miennes. Mais certains disent que de donner aux enfants la chance d'apprendre à leur rythme leur éviterait dépression et décrochage... Bon on se calme, le mien est tout jeune! Mais n'empêche! Moi je veux qu'il développe son PLEIN potentiel. Pourrait-il le faire tout en profitant de son enfance? C'est un pari risqué! C'est à suivre aussi...
  7. Rapha 21 septembre 2017 à 21 h 30 min
    Tous les programmes spécialisés n'inondent pas les enfants de travail après l'école. L'ennui peu aussi être destructeur. Notre plus jeune a développer une phobie scolaire en début de 6e année. Jusque là, c'était un élève moyen qui ne posait pas de problème particulier. Mais à force de se suradapter, il a pété un coche... Il y a aussi des aménagement possibles dans les classes régulières et sans gruger le temps de l'enseignant. Les écoles de quartier offrent aussi leur lot d'avantage. L'important n'est pas que les enfants aillent au bout de leur potentiel, mais qu'ils développent le gout du travail et de l'effort, qu'ils soient heureux d'apprendre. Un vrai défi pour les enfants avec un haut potentiel intellectuel.
  8. Marie 21 septembre 2017 à 15 h 02 min
    Bravo d'avoir résisté à la tentation et d'avoir respecté les besoins de votre enfant. Ma fille n'est pas une surdouée mais moi, j'étais douée et très studieuse...Ma fille n'a pas de difficulté scolaire mais elle aime jouer et ce, encore à 9 ans. À 3 ans, elle parlait très bien et savait compter mais quand je lui demandais de le faire, elle me répondait "3,6,9,3..." J'ai vite compris que je ne ferais pas un petit singe savant avec elle :-) même si je désirais tant lui apprendre! J'ai décidé de la laisser jouer en me disant que quand ça serait le temps, elle apprendrait comme les autres. Alors, oui, laissons-les être des enfants et jouer, s'épanouir parmi des enfants de leur âge. À 6 ans, elle est revenue de son premier cours de théâtre et savait déjà presque par cœur son poème qui en passant n'était pas le plus court. J'ai su à ce moment que j'avais bien fait de ne pas la pousser en la laissant s'amuser. Chaque chose en son temps.
  9. Rapha 21 septembre 2017 à 21 h 25 min
    Je ne connais pas de parent d'enfants précoce qui ont "poussé" leur enfant pour qu'il apprenne plus vite. Je ne connais que des parents qui ont du mal à répondre aux besoins d'apprentissage de leur enfant précoce. Cet article donne l'impression de généraliser un cas particulier. Chaque enfant est différent. Chaque enfant précoce fait face a des difficultés qui lui sont propre. Tous les enfants - et même les adultes - aiment apprendre par le jeu. Ce critère me semble un peu biaisé. Et puis, les filles sont championnes dans la suradaptation, sans oublié que certains garçons y excellent aussi. Ceci dit, le saut de classe n'est pas la panacée et n'est pas adapté à tous les enfants précoces, loin de là.
  10. Maggie 22 septembre 2017 à 05 h 11 min
    Excellent article, très pertinent.
  11. christine 23 septembre 2017 à 09 h 56 min
    J'ai eu ces mêmes préoccupations et questions. Mon aîné avait une soif d'apprendre difficile à satisfaire. Je me reconnaissais à son âge. Je l'ai "retenu" d'apprendre à lire avant la 1re année car je savais que l'ennui le rattraperait. On a joué, profité des moments pour faire autre chose. On a lu des livres "de + vieux" en 1re année en étant bénévole pour la bibliothèque de l'école + les livres de la biblio municipale. Il a fait du sport, musique, joué dehors. Il avait du temps pour faire plusieurs choses. En 5e année, il a saisi qu'il avait "tout appris au primaire" et a commencé à faire du troubles dans la classe. Ne pas faire la 6e année a été la décision. Choix difficile. Il était grand physiquement, est arrivé à 11 ans au primaire. C'est au secondaire que le décalage sociale s'est fait + sentir. Lui, avait grandi mais il n'avait tjrs pas l'âge des autres dont les filles qui le trouvaient intéressants jusqu'à ce qu'elles apprennent qu'il était "si" jeune :-) Au Cégep, il n'avait toujours pas 18 ans à la fin des 2 ans. Bref, l'apprentissage des matières à l'école est une simple partie de la vie et des habilités sociales à acquérir. Si vous pouvez trouver des solutions pour que vos enfants "précoces" soient heureux, gèrent mieux le stress d'apprendre "trop vite" (ex: lire des sujets trop âgés pcq'ils ont mis le nez dans des volumes rapidement malgré votre vigilance). Chaque enfant représente un être unique, qu'il soit précoce sur ces capacités cognitives pour lire, compter ou autres talents. Il y a plus dont les habilités sociales, le savoir vivre en société, savoir jouer, ... Bonne chance dans vos décisions. Faites-vous confiance et faites de votre mieux. Laissez les commentaires et jugements des autres de côtés (perdre une année, être folle de faire sauter une année...). Il y a tjrs des jugements des 2 côtés. Christine, mère de 3 enfants brillants et très différents
  12. Raphaelle 25 septembre 2017 à 12 h 03 min
    Il y a bien bien longtemps, mon frère qui savait parfaitement lire en maternelle est passé directement en 2ème année. Par la suite, j'ai toujours entendu ma mère dire qu'elle le regrettait car sur bien d'autres points, il n'avait pas la maturité des garçons de sa classe.
  13. Pascale 26 septembre 2017 à 11 h 45 min
    Bonjour, Je comprends très bien votre réflexion, mais je souhaite apporter un autre angle puisque je pense qu'il faut y aller au cas par cas. J'ai vécu le fait de sauter une année (la 1re) puisque je savais déjà lire en maternelle. Je m'en souviens encore, mon enseignante me faisait lire l'histoire d'après-midi aux autres élèves sur ses genoux ! Je me souviens aussi d'avoir passé plusieurs tests pour s'assurer que j'étais prête et d'être allée passer quelques journées en première année pendant mon année de maternelle. Même si ma mère me dit que la première journée de 2e année a été un choc, elle me dit que je me suis très bien adaptée par la suite. Oui, mes amis m'appellent 'la petite jeune', mais cela ne m'a pas empêchée d'avoir une très belle enfance remplie de jeux, de temps libres et d'activités sportives, et une très belle adolescence également, sans ressentir de pression supplémentaire de quiconque ou de quelconque situation. Je garde d'excellents souvenirs de toute ma scolarité et je pense que mes parents ont fait le bon choix à ce moment-là avec les informations qu'ils avaient en main. Je pense donc que l'essentiel est de regarder les besoins de notre enfant et de prendre notre décision en fonction de ceux-ci.

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