Mon enfant, mon miroir

Mon enfant, mon miroir
Par Solène Bourque, Psychoéducatrice
16 août 2017
Ça m’a pris du temps à comprendre ce qui me chicotait quand j’intervenais avec mon fils. Ma petite boule d’émotions brutes était mon miroir sur bien des aspects.

Ça m’a pris quelques années à mettre le doigt sur ce qui me chicotait quand j’intervenais avec mon petit loup.

Ça avait été si facile avec ma grande choupinette, de deux ans son aînée. Oui, bien sûr, il y a eu des moments où j’avais vécu de l’exaspération comme maman, comme on en vit tous. Elle avait eu un « terrible two » court, mais très intense qui m’avait fait réagir plus que je ne l’aurais souhaité. Mais la plupart du temps, je me sentais une bonne maman. Tout coulait, tout était simple.

Puis, est arrivé dans ma vie ce petit bonhomme tout en intensité. Qui riait aux éclats quand il était heureux. Mais qui pouvait créer un tsunami sur son passage quand les choses ne se passaient pas comme il l’avait imaginé.

Au début, je me disais que c’était probablement parce qu’il était bien différent de sa sœur. Ou encore que c’était tout simplement normal que je me sente dépassée par moments avec deux enfants en bas âge.

Les belles stratégies d’intervention de psychoéducatrice prenaient le bord avec lui. Il n’y avait pas grand-chose qui fonctionnait. Son papa était en fait beaucoup plus habile que moi pour le calmer. Et, oui, ça me faisait réagir, je l’avoue. Ça faisait presque 15 ans que je travaillais avec de jeunes enfants. Pourquoi il venait me chercher autant?

Puis un jour, j’ai compris.

Mon petit loup avait hérité d’une bonne partie de ma fougue et de ma passion… pour le meilleur et pour le pire! Ma petite boule d’émotions brutes était mon miroir sur bien des aspects. Et c’était ça qui faisait que c’était si difficile pour moi d’interagir avec lui, dans les moments moins heureux de sa vie, du moins.

À partir du moment où j’ai pris conscience de ces ressemblances, j’ai décidé de miser sur le côté positif de tout ça. Après tout, n’étais-je pas la meilleure personne pour l’aider à mettre des mots sur ses émotions? À le guider pour trouver ses solutions, en me basant sur ce qui fonctionnait bien pour moi?

On s’aimait déjà très fort, lui et moi. Mais un pas à la fois, on s’est apprivoisés différemment.

Avant de me dire qu’il réagissait trop fort à des situations que je jugeais futiles, je réfléchissais à ce qui me faisait moi, vivre des émotions négatives intenses. C’était très souvent des trucs sur lesquels je n’avais pas le contrôle. Qui ne s’étaient pas passé comme je l’avais imaginé.

Alors, j’ai appris à nommer avec mon petit loup : « Tu es déçu, n’est-ce pas? Tu aurais voulu que ça se passe différemment. » Et graduellement, au fil des semaines et des mois, l’intensité de ses colères a diminué. Et notre relation s’est grandement améliorée.

Un jour, pendant une discussion au souper, il devait avoir à peu près 6 ans, Fiston m’a dit : « On se ressemble toi et moi. Des fois, on aimerait bien ne pas s’en faire avec la vie, mais c’est plus fort que nous, hein, maman? »

Lui aussi venait de comprendre. Bien des années plus tard, il reste mon petit bonhomme entier, passionné et sensible. Mais on a maintenant appris tous les deux à tirer le meilleur profit de cette intensité qui nous unit.

 

Photo : GettyImages/Nadezhda1906

Solène Bourque, Psychoéducatrice
Psychoéducatrice et auteure, j'œuvre dans le domaine de l'intervention et de l'éducation depuis plus de 20 ans. Je suis aussi la maman de deux grands enfants.
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Commentaires (10)

  1. Soso 16 août 2017 à 20 h 39 min
    Comme je me reconnais dans vos propos! Mon grand garçon de presque sept ans me fait vivre tout un tas d'émotions depuis ses 18 mois, et jusqu'à tout récemment je croyais que son terrible two n'allait jamais finir... Je vois maintenant une lueur d'espoir quant à notre relation car il accepte de plus en plus que je sois la maman et lui l'enfant. Il est tellement têtu et passionné, mon miroir comme vous dîtes ... Parfois j'ai douté de mes compétences parentales mais mon instinct me disait qu'il était bien spécial et que tout allait un jour s'arranger. Ça va de mieux en mieux aujourd'hui, et mon deuxième enfant (quel courage d'en faire un autre!!!!) confirme que mon aîné était bien particulier !!! Bref nos enfants ne retiennent pas du voisin comme on dit!
  2. Solène Bourque 16 août 2017 à 21 h 46 min
    Merci Soso de partager votre expérience! C'est tellement déstabilisant ces relations "miroir" par moments qu'en effet, on se demande si on arrivera un jour à ce que tout coule et soit facile. Je suis heureuse de savoir que votre relation avec fiston évolue! La lueur d'espoir. quand elle se pointe, c'est un immense soulagement pour nos coeurs de maman, n'est-ce pas?
  3. Lucille 16 août 2017 à 21 h 54 min
    En te lisant, chère Solène, je réalise que j'ai vécu la même situation "problématique" avec ma fille qui a aujourd'hui 25 ans! Comme j'aurai aimé te connaître et lire ce genre de texte à cette époque tumultueuse de ma relation avec cette boule de dynamite qu'était ma fille, mon troisième enfant, ma petite dernière après deux garçons tout à fait calmes et doux! Souvent, je suis tombée de haut devant des réactions complètement inattendues et incompréhensibles. Je me rends compte aujourd'hui que ce sont les mêmes émotions qui m'habitent qui nous faisaient réagir et qui nous fontréagir à l'occasion (et oui, il arrive encore que la tension monte entre nous). Ton texte me fait réfléchir et me fait du bien. Merci.
  4. Solène Bourque 19 août 2017 à 19 h 46 min
    Tant mieux Lucille si j'ai pu mettre des mots sur ce que tu as vécu avec ta grande. C'est une belle aventure être parent, mais elle nous emmène souvent sur des chemins moins connus et ce n'est pas toujours facile de comprendre, de se comprendre! Merci pour le partage de ta vie de maman! :)
  5. Sarah ethier 21 août 2017 à 11 h 32 min
    Je vie tellement la même situation presque cependant moi c mon fils est parreil comme mon conjoint cependant j'ai beaucoup de misère à laider face à tout cela . Mon conjoint ne le voit pas etmoi je suis pris entre les deux qui eu des tempérament très explosif. Mais je garde la tête haute et essayer d'aider mon fils du mieu je peut.
  6. Solène Bourque 22 août 2017 à 16 h 49 min
    C'est un autre défi qui peut être difficile effectivement! De retrouver les mêmes traits de personnalité chez notre conjoint et notre enfant. Merci de votre partage. Je vous souhaite de tout coeur que tous les deux puissent faire une force de leurs ressemblances.
  7. NATACHA 22 août 2017 à 15 h 45 min
    Ah là là, c'est très soulageant de lire un billet comme celui-ci. J'ai réalisé cette même réalité avec ma fille de 6 ans, il y a de ça peut-être 1 an. J'ai encore de la difficulté à moduler mes interventions. Je dois continuellement me répéter qu'elle doit vivre la même intensité que moi lors d'épreuves ou de moments joyeux. Tout est plus méga heureux ou malheureux! Cela exige un travail sur soi en tant que parent. Heureusement, j'en ai fait un bien long bout, mais l'orgueil en prend un coup. Je veux surtout qu'elle trouve des outils plus tôt que moi pour apprendre à mieux gérer ses émotions de façon autonome, mais petit à petit! merci!
  8. Solène Bourque 22 août 2017 à 16 h 53 min
    Merci de votre commentaire. C'est en effet le premier réflexe qu'on a lorsqu'on fait ce constat, je crois. De se dire que notre enfant vivra les mêmes défis que nous (ce qu'on souhaite bien entendu lui éviter!). Déjà, d'en prendre conscience, tout en se disant que notre enfant fera lui aussi son chemin dans tout ça, et développera ses propres stratégies, c'est un bon pas vers la confiance en lui, en nous aussi pour l'accompagner, au besoin!
  9. Imene 11 septembre 2017 à 07 h 17 min
    Hum j'adore ce billet , moi nouvelle maman d'une petite princesse de 3 mois ça me donne des idées pour connaître ma fille, merci beaucoup pour ce billet
  10. Solène Bourque 12 septembre 2017 à 21 h 13 min
    Merci Imene! Je vous souhaite une superbe aventure parentale avec votre petite fille! :)