Les calories, on s'en fout!

Les calories, on s'en fout!
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste
4 avril 2017
L’alimentation, ce n’est pas des mathématiques. Les aliments sont beaucoup plus que la somme ou la soustraction de leurs nutriments.

- Maman, il y a combien de calories là-dedans? me demande Benjamin à propos de son bol de chili.

- Je ne sais pas, mon p’tit loup. Pourquoi tu veux savoir ça?

- Parce que si on mange trop de calories, on grossit.

- C’est combien « trop »?

- Je ne sais pas, maman. 

Mon fils apprend des notions de science à l’école. Le Mois de la nutrition était à l’honneur dernièrement. Le concept des calories est un peu vague dans son esprit. Il ne sait pas combien « trop » c’est, et il n’a aucune idée de la quantité dont il a besoin.

À Benjamin comme à vous, j’ai envie de dire que les calories, on s’en fout! Surtout pour des enfants en pleine croissance.

Des changements annoncés

Ça, c’est mon opinion. Plusieurs de mes collègues nutritionnistes la partagent, mais nous allons à contre-courant par rapport à Santé Canada qui semble croire comme jamais que les calories sont importantes. En effet, le gouvernement a annoncé des changements au tableau de valeur nutritive et à la liste des ingrédients sur les étiquettes des aliments. Parmi les nouvelles exigences, il y a celle d’inscrire les calories en plus gros, en caractères gras, et de les souligner. Bref, de les mettre plus en évidence. C’est ce que vous verrez apparaître d’ici 5 ans. D’autres changements sont plus censés à mon avis, comme regrouper les sucres dans la liste des ingrédients. Les calories en disent si peu sur la qualité d’un aliment.

Plus de logique, moins de mathématiques

Les calories sont souvent perçues négativement. On croit à tort que moins il y en a, mieux c’est. Pourtant, les enfants (comme les adultes) ont besoin de calories : c’est l’énergie que fournissent les aliments!

La présence ou l’absence de calories ne dit aucunement si une personne mange bien. Les autres chiffres du tableau de valeur nutritive non plus d’ailleurs. Je crois qu’ils détournent plutôt l’attention des véritables questions à se poser. On fait fausse route de s’intéresser plus aux chiffres qu’aux aliments. L’alimentation, ce n’est pas des mathématiques, et les aliments sont beaucoup plus que la somme ou la soustraction de leurs nutriments.

À l’école, Benjamin a appris que la viande contient des protéines et du fer. Même s’il a une maman nutritionniste, il n’a aucune avance sur les autres élèves dans ce domaine! Avec moi, il a plutôt appris d’où proviennent les aliments, comment on les cuisine, et ce qu’on met dans notre assiette pour que ce soit bon, nourrissant et beau. C’est ce type de rapport aux aliments que je cultive moi-même et que je souhaite lui enseigner. Bien manger n’est pas une affaire de chiffres. Lorsqu’on s’intéresse à l’origine des aliments, lorsqu’on prend le temps de les choisir, de les cuisiner et de les manger, on les apprécie. On a aussi plus de chances de bien s’alimenter, naturellement.

Suivre son instinct pour savoir « combien »

- Benjamin, comment fais-tu pour ne pas « trop manger »?

- Euh, je ne sais pas. J’arrête quand je n’ai plus faim.

Voilà!

Les calories, ça sert à manger avec notre tête quand on a oublié comment manger avec notre instinct. Et c’est rabat-joie.

C’est important d’aider les enfants à prendre conscience que leur ventre leur parle, et de les laisser respecter ce qu’il demande. Aucun chiffre ne dit mieux la vérité que leur bedon.

Aucun chiffre ne révèle quel soin on accorde à choisir, à préparer et à partager les aliments et pourtant, tout part de là.

 

Photo : GettyImages/Paul Bradbury

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
Tous les billets de l'auteur

Commentaires (6)

  1. Katy 4 avril 2017 à 14 h 07 min
    Si un enfant de 6 ans redemande une autre assiette mais n'a pas mangé ses légumes, on lui en redonne ou non? Et s'il veut un dessert (fruits) mais ne mange pas ses légumes, on fait quoi? C'est pas mal fréquent ici!
  2. France 4 avril 2017 à 18 h 28 min
    Selon ma méthode y a un minimum de bouchés à prendre (légumes) et on essaie de mettre des légumes qu'il aimes et si il aimes pas cuit alors crue peux l'aider et un fruit pour le dessert c'est Ben correct faut pas coupé dans les bonnes vitamine:)
  3. Stéphanie Côté 5 avril 2017 à 08 h 51 min
    Bonjour, on évite de forcer à manger les légumes, que ce soit pour avoir une 2e portion du plat principal ou un dessert. S'il y a un nouveau légume ou un légume que l'enfant aime peu, on met une petite portion. On peut inclure un 2e légume que l'enfant aime pour avoir plus de chances qu'il mange un légume au repas. De votre côté, mangez les légumes avec plaisir et montrez-lui que vous aimez ça. Les modèles positifs sont plus efficaces que les obligations. Ce n'est pas instantané, mais vous verrez comme ça fonctionne après quelque temps!
  4. Katy 5 avril 2017 à 14 h 04 min
    Hier soir il a mangé sa soupe après des mois de refus quant aux soupes/potages. J étais si heureuse! Mais rien n est gagné... Je dois lâcher prise mais je ne l ai jamais forcé, je suis seulement très insistante. Je vais cesser de lui dire de manger des légumes et on verra🙂
  5. Audrey 9 avril 2017 à 14 h 47 min
    J ai eu ce problème déjà. Je mettais peu de soupe dans un bol normal et il ne voulait rien savoir alors qu il adore les légumes( ici, je dois lui rappeler de ne oublier de manger un peu de viande). J ai changé le format du bol. Un mini bol bien rempli, avec la meme quantité qu avant et il en redemande parfois...
  6. Carriere 6 avril 2017 à 11 h 29 min
    Lorsque mes enfants étaient jeunes j utilisait des assiettes plus petites.menu: patates, légumes et viande. Ils devaient goûter au légume avant de dire je n aime pas ca. Sauce à spaghetti avec onoins,carottes, céleri,champignons piments verts,rouges et viande.voici comment je m organisais.

Partager