Leur parler d'horreur?

Leur parler d'horreur?
Par Josée Bournival, Auteure, animatrice et blogueuse
31 janvier 2017
Il y a bien des horreurs, dans notre vie d’adulte, qu’on préférerait éviter aux petits.

Les évènements tragiques de Québec ont marqué tout le monde. Les petits comme les grands. Au lendemain du drame, sur mon fil Facebook, de nombreux parents se demandaient, et se demandent encore, comment aborder le sujet avec leurs enfants.

Dans les cours d’école, certains amis abreuvaient les autres de détails surprenants, parfois farfelus, quelques fois troublants. Ici, il m’a fallu remettre les pendules à l’heure. Expliquer. Rassurer.

J’étais jeune adolescente pendant la guerre du Golfe en 1990. Je me rappelle encore la discussion que j’ai eue avec ma mère sur le sujet. J’avais peur que la guerre débarque chez nous, alors qu’elle se déroulait à des milliers de kilomètres. J’imagine à peine les angoisses de mes enfants qui entendent qu’une fusillade a eu lieu dans notre province.

Il y a bien des horreurs, dans notre vie d’adulte, qu’on préférerait éviter aux petits. Mon amoureux et moi nous interdisons toujours de parler des catastrophes mondiales ou de la guerre devant nos enfants. Nous n’écoutons pas non plus les bulletins télévisés en présence des filles. On y voit trop de sang, trop de violence. Je ne crois pas utile que mes enfants y soient exposés. Lors des réunions de famille, nous n’hésitons pas à demander aux autres de changer de sujet si les oreilles de nos enfants sont à proximité.

Je regarde parfois certains parents éduquer leurs enfants d’âge préscolaire aux réalités mondiales comme la pauvreté, la guerre, les enjeux politiques. Je suis fascinée. Je suis peut-être lâche ou idéaliste, mais je préfère leur montrer les beautés de notre monde. Bien assez vite, ils auront à subir les horreurs de l’humanité. Je préfère que leur petite enfance soit construite du chant des oiseaux et de la douceur de la crème glacée.

Cela ne veut pas dire qu’ils ne savent rien de ces réalités. Disons que je choisis les informations à leur donner et que je les donne au compte-gouttes.

Mais il n’y a pas que les horreurs passant aux nouvelles qui sont pénibles à résumer aux enfants : une séparation, un deuil, un déménagement… Bien des choix parentaux, bien des évènements de la vie quotidienne sont difficiles à expliquer aux petits.

Pour ma part, ça aura été la fausse-couche. Clémentine avait 3 ans et demi. Juste assez grande pour s’y intéresser, pas encore assez mature pour bien comprendre. Elle m’en a posé des questions! Plusieurs m’ont franchement embêtée. J’aurais su quoi dire à un adulte sur le sujet, mais à une fillette de 3 ans… Lorsque j’étais sur le point d’accoucher de Blanche, l’année suivante, elle m’en parlait encore.

Et vous? Avez-vous eu des discussions difficiles avec vos jeunes enfants? Sur quel sujet? Comment cela s’est-il passé pour vous?

 

Photo : GettyImages/Matt_Brown

Josée Bournival, Auteure, animatrice et blogueuse
Je suis la maman de 3 grandes filles et d’un petit garçon. Je souhaite échanger avec vous sur une foule de sujets reliés à la vie de famille.
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Commentaires (10)

  1. Mélissa 1 février 2017 à 08 h 53 min
    Bon matin! J'ai eu moi aussi à expliquer à ma fille de 3 ans c'est quoi une fausse-couche et pourquoi ça arrive et aussi, suite à la perte d'un animal, j'ai du expliqué la mort à la même période. J'ai du aussi rassurer ma fille (à ses 5 ans) sur les possibilités d'un feu à la maison à cause d'un exercice de feu à l'école. Comment rassurer sur le sujet quand on chauffe aux bois à la maison. Une catastrophe naturelle au Philippines a occupé une partie de nos discutions aussi. Ma fille est tellement curieuse et éveillé que même si je fais tout pour éviter certain sujet devant elle, elle en entend parler ailleurs. J'ai fini par abandonner les ''cachotteries'' et expliquer quand vient les questions. Parfois quand tout ce qu'elle est en mesure de comprendre à été dit et qu'elle pose encore des questions, je finis par lui dire qu'il y a des choses très compliqués qu'elle comprendra quand elle sera plus grande. La pire chose que j'ai eu à expliqué c'est le pourquoi et le comment d'un exposition au salon mortuaire. J'ai du le faire parque sa marraine (qui la gardait parce que j'étais à l'hôpital suite avec un bébé de 2 jours) l'a apporté avec elle au salon de la mère d'une connaissance à elle que ma fille ne connaisait pas. Comme elle allait juste faire le tour de la famille et partir en moins de 10 minutes pour ensuite se rendre ailleurs, elle s'était dit que c'était pas bien grave. 6 mois plus tard elle m'en parlait encore. La maladie, le cancer en particulier, à touché notre famille de près: le père de mon conjoint en est décédé avant notre rencontre, ma mère à eu un cancer du poumons il y a 2 ans et la mère de mon conjoint aura des traitement pour un cancer su sein. Quand ma fille entant le mot cancer elle pose automatiquement la question: est-ce que la personne va mourir. On répond quoi à ça quand on n'en sait rien...
  2. Josée Bournival 3 février 2017 à 10 h 50 min
    Bonjour Mélissa... ouf!!! Votre poulette est bien curieuse. ;-) Ici aussi, la maladie et la vieillesse sont au coeur des discussions. Personnellement, quand je n'ai pas la réponse aux questions de ma fille, je lui avoue humblement. J'ajoute ensuite que si elle le désire, je peux fouiller pour trouver un début de réponse et souvent, ça suffit à la contenter. Elle comprend que maman n'a pas réponse à tout, qu'il y a des mystères (ou de l'incertitude) qu'il faut accepter. Déjà, juste de les écouter, c'est un pas vers le bien-être, non? Josée XX
  3. Soso 2 février 2017 à 14 h 08 min
    Bonjour! Ces sujets sont extrêmement délicats et bien évidemment, on aimerait préserver nos enfants. Je suis aussi d'avis qu'il faut éviter les nouvelles avec les tout-petits et les lieux ou conversations sur la guerre, la mort ou autres atrocités. Mais lorsque ce n'est pas possible, il faut être franc et répondre quand les questions viennent, sans toutefois donner trop de détails. Mon grand garçon de presque 7 ans me pose beaucoup de questions et semble mature pour son âge, mais il n'a que 7 ans!!! Lorsque la peur et l'anxiété s'installent, il est difficile de s'en sortir. En tant que parent, il faut protéger nos enfants avant tout.
  4. Josée Bournival 3 février 2017 à 10 h 53 min
    Bonjour Soso! J'aime bien ce que vous écrivez: répondre aux questions quand elles se présentent. J'essaye de ne jamais fournir d'informations d'emblée, à moins qu'elles me soient explicitement demandées. Et avant de répondre, je questionne mes enfants afin de voir ce qu'ils ont compris par eux-mêmes de la situation. Ça évite de se mettre les pieds dans les plats ou de dévoiler des aspects de la situation que l'enfant n'a même pas recherché. Josée XX
  5. marie-france 3 février 2017 à 10 h 10 min
    Bonjour, pour ma part il m'a fallu expliquer la mort de mon père à mon fils. Son papi est partie et il est maintenant un ange. Il l'a bien pris. Lorsque nous parlons de papi il dit tjs ''mais papie il est mort''. C'est encore abstrait.
  6. Josée Bournival 3 février 2017 à 10 h 55 min
    Allo Marie-France. Ah... la mort. Sujet pas évident. J'ai justement perdu mon grand-père en début de semaine et expliquer le tout aux enfants est difficile. Heureusement pour moi, les enfants le connaissaient peu. Il n'y a donc pas leur chagrin à gérer en même temps que les explications à fournir. Josée XX
  7. Valérie 4 février 2017 à 06 h 26 min
    Nous n'avons pas eu le choix de parler avec notre aîné de la fusillade de dimanche dernier puisqu'elle s'est passée dans notre quartier. Les élèves de l'école, certains directement touchés, ont pu bénéficier de beaucoup de soutien des professionnels de l'école, ce qui a aussi facilité la tâche des parents sur la manière d'aborder le tout. On a quand même pris du temps à la maison pour discuter avec fiston de ce qui est arrivé, des émotions que cela suscite chez lui et surtout des attitudes à adopter avec les personnes des autres cultures. Comme il est élevé dans un ste-Foy multiculturel et qu'il côtoie quotidiennement des enfants venant de plusieurs pays et pratiquant différentes religions, mon fils a surtout manifesté une incompréhension sur les motifs du tueur : pour lui, que son ami parle français, chinois ou arabe à la maison, ça reste son compagnon de classe qui partage les mêmes intérêts et préoccupations que lui au quotidien.
  8. Josée Bournival 15 février 2017 à 13 h 39 min
    Bonjour Valérie. Désolée pour mon délais à vous répondre. Je trouve la réaction de votre fils très touchante. Pouvez-vous me dire quel âge il a? Sentez-vous que malgré les jours qui passent il demeure nerveux ou si le stress engendré par la fusillade est retombé complètement? Josée XX
  9. cindy 12 février 2017 à 14 h 00 min
    j'aime beaucoup votre article. Moi aussi je ne parle des sujets lourds qu'au compte-goutte. Comme quelqu'un l'a dit plus haut, j'attends souvent que ça se présente. Car je trouve que c'est bien de vivre l'enfance avec davantage de beau sous les yeux. C'est une période tellement magique... et je crois que cette période magique peut donner des forces pour plus tard lorsque les sujets plus lourds arriveront. Même qu'on fait attention pour que les histoires pour enfants ne contiennent pas exagérément de méchants. Oui, bien sûr, c'est inévitable et même que l'enfant apprend aussi quand il y en a, mais disons qu'on ne fait pas exprès. Ma fille est sensible aux cauchemars.
  10. Josée Bournival 15 février 2017 à 13 h 42 min
    Allo Cindy. C'est effectivement quand on a un enfant sensible aux cauchemars qu'on développe un sixième sens pour tout ce qui peut ou pourrait les angoisser. Mon amoureux et moi avons fait écouter aux filles dernièrement une vieille version de Blanche-Neige et j'avoue que quand elle s'enfuie dans la forêt, j'ai eu envie d'arrêter le visionnement. Les arbres maléfiques, sa cape qui s'accroche aux branches... c'était terrifiant! Josée XX

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